Lorsque je suis arrivé à Néguac il y a quatre ans, j’ai été frappé par une grande toile exposée dans la sacristie de l’église Saint-Bernard. Sans éclat, elle montrait les signes de l’usure du temps: un trou au milieu de l’œuvre rappelait les étincelles du feu de 1945, des lignes verticales révélaient qu’elle avait été pliée, les couleurs étaient ternies et le cadre empoussiéré. Tout cela ne lui rendait pas justice.

C’était une toile comme on en retrouve plusieurs dans nos sacristies et nos églises. Sauf que celle-ci avait une particularité: elle nous vient du XVIIIe siècle. C’est une pièce maîtresse du patrimoine religieux de Néguac.

Cette œuvre d’art avait besoin d’une cure afin de révéler toute sa beauté et de pouvoir passer à la prochaine génération. Motivées par cet impératif, quelques personnes soucieuses du patrimoine religieux ont travaillé pour préserver ce joyau qui a reçu peu de publicité, mais qui compte parmi les trésors artistiques de la région.

Le peintre et son œuvre
Cette toile intitulée Le Baptême du Christ est attribuée à Jean-Baptiste Roy-Audy, peintre québécois. Elle est en fait une reprise de l’œuvre de Noël Hallé, peintre et graveur français (Paris, 1711-1781). Elle fait partie de la Collection Desjardins. C’est le père Louis-Joseph Desjardins, missionnaire à Néguac (1800-1801), qui a apporté la toile à Néguac.

Le peintre Jean-Baptiste Roy-Audy est un artiste autodidacte qui s’est fait connaître à son époque comme copiste de toiles européennes, notamment. Si ce métier de copiste a perdu un peu de son lustre d’antan, il en était autrement au début du XIXe siècle. C’est grâce au travail des copistes que des paroisses avec peu de moyens ont pu acquérir de belles œuvres et que des peintres pouvaient gagner leur vie.

L’œuvre Le Baptême du Christ a certes une valeur historique. Mais elle est aussi une page d’évangile où le récit se donne à voir. Au centre du tableau, on retrouve Jésus et Jean-Baptiste. Jésus est légèrement penché, manifestant ainsi l’humilité du Fils de l’homme de recevoir ce baptême. L’événement du baptême du Christ est en soi un événement qui montre l’abaissement de Jésus: il n’avait pas besoin de ce baptême. Il le reçoit (il le demande même!) pour se faire solidaire de l’humanité. En plus de l’humanité du Christ, sa divinité est illustrée par la présence des anges qui entourent les personnages principaux et de la colombe manifestant l’Esprit-Saint présent au baptême.

L’environnement naturel exprimé sur l’oeuvre est révélateur du désir d’inculturation de l’auteur. Au lieu de montrer le Jourdain avec le désert de Judée l’environnant, il place la scène dans un environnement occidental: les arbres, les montagnes et les couleurs nous font imaginer la scène du baptême chez nous. Alors que l’école française de spiritualité voulait montrer la proximité du Christ avec le genre humain, ce détail n’est pas fortuit.

Valeur du patrimoine
Si nous avons choisi de faire restaurer ce bijou de notre patrimoine, c’est à cause de sa valeur. Le conservateur du Musée des beaux-arts d’Ottawa nous a dit qu’une telle toile a une valeur incomparable pour un village ou une paroisse parce qu’elle fait la gloire et l’honneur d’une collectivité. Elle enracine dans une histoire de gens qui aiment la beauté et qui veulent la préserver parce qu’elle peut sauver le monde.

Il était important pour nous de faire restaurer cette toile pour la laisser en héritage à ceux qui viendront après nous. Pour moi, il s’agit d’un devoir de mémoire à accomplir. Notre fidélité à notre passé est une clé qui nous ouvre un avenir parce que nous gardons notre mémoire vive.
La restauration de la toile a été rendue possible grâce à un partenariat entre la Paroisse Saint-Bernard, la Société culturelle Nigawouek et le Laboratoire provincial de conservation des œuvres d’art.

Sans une telle collaboration fructueuse avec les organismes culturels et les agences gouvernementales, le patrimoine religieux est menacé. La sauvegarde est à ce prix.

Annoncé aux gens de notre unité pastorale que j’avais accepté de nouvelles fonctions pastorales. Alors que je fais déjà mes boîtes pour déménager en un autre lieu, divers sentiments en apparence contradictoires m’habitent: la peine de quitter un milieu que j’aime profondément et la joie de poursuivre la Mission ailleurs.

Comparé mon travail de curé à la cure qu’on a fait subir à la toile: élaguer, dépoussiérer et renforcer pour mettre en valeur la beauté d’un trésor qui était déjà là avant que j’arrive et qui me survivra. Ce trésor, c’est la foi de nos pères et de nos mères reçue en héritage.

Admiré un reliquaire qui appartient à notre patrimoine religieux. Il y a dans les sacristies des objets de grande valeur qui sont parfois mis en montre à l’occasion d’expositions temporaires. La mise en valeur de ces œuvres d’art contribue à la fierté de notre identité.
Invité des paroissiens à aller prier en présence des reliques du saint

Frère André qui sera à la cathédrale de Bathurst aujourd’hui et au Monument-Lefebvre de Memramcook demain. Si les reliquaires appartiennent au patrimoine à cause de leur valeur artistique, les reliques n’ont pas du tout ce sens pour les croyants: la vénération des reliques est une façon de se faire proche d’un saint pour se laisser inspirer par lui.

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