Ils ont choisi d’accorder à Jean-Marie Nadeau le troisième mandat qu’il souhaitait tant obtenir. Durant le rapport de la présidence, Jean-Marie Nadeau a parlé de négociation plutôt que de confrontation. Il a loué le travail de certains fonctionnaires et hauts fonctionnaires «compétents» et «sympathiques» au projet acadien. Il a expliqué avoir toujours préféré la transparence, mais que parfois, il faut accepter que les gens travaillent «dans les coins», en catimini. Il sent une compréhension de la part du premier ministre du Nouveau-Brunswick, une ouverture envers les demandes de la SANB. Pour lui, le gouvernement provincial n’est plus la menace qu’il était.

Il souhaitait obtenir deux ans supplémentaires pour mener à terme les projets en cours en misant, donc, sur les relations établies entre la SANB et le Cabinet Alward. Les membres de la SANB les lui ont accordés.

En demandant à la SANB d’être plus près de la population, plus transparente, Martin Leblanc-Rioux affirmait qu’il aurait, s’il était élu, une attitude moins indulgente envers le gouvernement. Il s’inquiétait, par exemple, des subtilités des lois adoptées et de leur impact, que ce soit dans le dossier de la petite enfance (les garderies) et de la révision de la Loi sur les langues officielles (LLO) pour ne citer que ces exemples. Il se préoccupait des effets à court et à long terme de ces négociations à huis clos pour la population acadienne.

Simplement en présentant sa candidature au poste de la présidence de la SANB, Martin Leblanc-Rioux a réussi à secouer la SANB et à réintéresser la population générale au dossier de la révision de la LLO, entre autres. C’est déjà quelque chose.

Durant sa campagne, il a souhaité faire connaître, avant tout, sa vision de ce que devrait être le mandat de la SANB, une vision qu’il n’est certainement pas le seul à porter. Il est convaincu, comme d’autres, que le mandat de la SANB doit évoluer et s’élargir. La SANB doit être un organisme qui défend nos droits, oui, mais elle devrait en être arrivée à une maturité lui permettant d’engager la population acadienne à participer activement à cette lutte. Selon Martin Leblanc-Rioux, la SANB a le devoir de mobiliser et d’éduquer la population générale. Cette vision n’est pas celle que les membres de la SANB ont choisi d’adopter.

Du moins, pas pour le moment. Il est clair que la population acadienne veut voir ses jeunes prendre leur place, participer davantage. Cette place reste difficile à prendre, et l’élection à la présidence de la SANB en fut une preuve parmi tant d’autres. Il est toujours plus facile d’opter pour ce qu’on connaît, plus difficile de pousser les gens au changement. Le changement fait souvent peur.

Martin Leblanc-Rioux a dit qu’il était jeune, et que s’il n’était pas entouré de gens d’expérience, il ferait des erreurs. Mais qu’il avait de l’énergie à donner, une connaissance des dossiers, et une vision qui permettrait de renouveler la SANB. Jean-Marie Nadeau a dit qu’il était fatigué, mais que la flamme brûlait encore et qu’il était important de ne pas briser le momentum qu’a présentement la SANB dans les dossiers en négociations avec le gouvernement.

Deux visions qui se confrontent, deux générations qui s’opposent, pourrait-on dire. Pourtant, malgré les petites tempêtes médiatiques, jamais les candidats n’ont eu l’intention de créer de conflit intergénérationnel, et c’est tout à leur honneur. Il s’agissait de deux candidats ayant avant tout l’ambition de contribuer au développement de l’Acadie. Personne ne peut en douter. On ne pourra pas non plus les accuser d’avoir eu la langue de bois. Il semble que par rapport aux politiciens du Nouveau-Brunswick, ceux qui veulent gouverner notre SANB sont encore poussés par un désir réel d’être au service de la communauté acadienne. C’est réconfortant d’en avoir eu la confirmation.

Plusieurs jeunes ont voté pour Jean-Marie Nadeau, et plusieurs baby-boomers ont voté pour Martin Leblanc-Rioux. Dans la salle, lorsque l’annonce est faite, les applaudissements sont chaleureux, mais de nombreux visages déçus sont également discernables. Quoi qu’il en soit, la victoire de Jean-Marie Nadeau est loin d’être une défaite pour Martin Leblanc-Rioux. Il a été un candidat sérieux et un opposant de taille. La lutte fut serrée et bénéfique pour la SANB, et surtout pour la population générale qui s’est un peu, peut-être pour faire changement, intéressée aux dossiers de la SANB.

C’est le rôle des jeunes de choquer, d’affronter les idées reçues, et de pousser les limites de notre société et de notre idéologie. Il y a eu une époque où Jean-Marie Nadeau a poussé de côté ceux qu’il considérait avoir des idées trop arrêtées, qu’il voyait comme trop conciliants, complaisants. Samedi, ç’aurait pu être son tour, et il le savait. Il aurait accepté sa défaite avec grâce, car il sait que c’est par le changement que notre société avance et s’améliore.

En attendant le changement, nous pouvons compter sur notre Jean-Marie national. Comme il l’a dit lui-même, s’il y a une chose qu’on ne pourra jamais lui reprocher, c’est sa passion pour l’Acadie.

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