Le théâtre est le genre littéraire le moins édité, ce qui est dommage pour les troupes qui souhaiteraient avoir accès aux textes et pour l’étude du théâtre. Au Canada, Prise de parole est l’unique maison d’édition qui accorde une bonne place au théâtre. Elle vient de publier Pierre, Hélène & Michael suivi de Cap Enragé d’Herménégilde Chiasson et, quelques mois plus tôt, Je… Adieu, suivi de Vie d’cheval de Mélanie Léger, la seconde en collaboration avec André Roy. Ces quatre pièces s’adressent aux adolescents.

Les pièces de Chiasson ont été créées en 1990 et en 1992, tandis que celles de Léger l’ont été en 2008 et en 2010. Vingt ans les séparent. Les pièces de Chiasson sont entre le drame et la comédie dramatique, tandis que celles de Léger, tout en fondant leurs intrigues sur le vécu des jeunes, sont des comédies. 

Pierre, Hélène & Michael (PHM) pose le problème du choix de vie. Pierre et Hélène, qui doivent avoir autour de 17 ans, vivent une relation amoureuse. Arrive dans leur petite ville de l’Acadie l’anglophone Michael. Hélène quitte Pierre pour Michael. Or, Michael décide de retourner à Toronto pour poursuivre ses études. Hélène part avec lui, elle qui rêve de voir le monde autrement qu’à la télé. Un an plus tard, Michael renoue avec son précédent amour, Sandra. Hélène quitte Michael. Six ans plus tard, Hélène décide de retourner chez elle. Pierre est marié, Hélène vit avec un autre homme. La recherche de l’ailleurs l’aura éloignée d’elle et le retour n’est pas si facile que ça. Une belle pièce qui se fonde sur les relations amoureuses et le sens qu’il faut donner à sa vie.

Cap Enragé est une pièce policière. Martin Landry, un adolescent, a été victime d’une chute fatale du haut du Cap Enragé alors qu’il était là pour un pique-nique avec sept de ses amis, dont Véronique, Patrice et Sophie. Le caporal Victor Blanchard est chargé de l’enquête. Il interroge Patrice, un «révolté» qui a commis des mauvais coups quelques années auparavant, ce qui lui a valu un casier judiciaire. L’intrigue se construit autour des rencontres entre Patrice et Véronique et des interrogatoires qu’ils subiront tour à tour. Après avoir soupçonné les deux adolescents, le caporal conclura à un suicide. Un drame, bien mené sur la fragilité affective de certains adolescents.

Il est intéressant de noter que les deux pièces reposent sur les relations amoureuses et qu’elles reprennent la structure d’Andromaque de Racine: Hermione aime Pyrrhus qui aime Andromaque qui aime Hector. Dans PHM Pierre aime Hélène qui aime Michael qui aime Sandra, tandis que dans Cap Enragé tout le drame naît de cette «chaîne d’amour». Sarah (qu’on ne verra pas, mais qui en cachant une évidence est la cause de l’enquête) aime Martin qui aime Véronique qui aime Patrice.

Les relations amoureuses sont aussi le fondement des deux pièces de Mélanie Léger. Dans Je… adieu, l’intrigue se construit autour de trois personnages principaux alors qu’on s’apprête à fêter la Saint-Valentin à l’école. Sarah aime sans jamais être aimée. Par contre, son amie Lili va de conquête en conquête et elle sort avec le garçon le plus flamboyant de l’école, J.P. La pièce durera la journée, animée par les rêves et les drames vécus par ces adolescents. Autour d’eux, professeurs, parents, camarades viendront tour à tour animer la scène et leurs vies, tous interprétés par les trois comédiens. Une journée mouvementée qui ne se déroulera pas tout à fait comme chacun des trois l’avait prévu. Le Valentin de J.P. se limitera à un «Je… adieu» que Lili finira par accepter comme une bonne idée, alors que Sarah rencontrera enfin quelqu’un.

Une pièce légère, amusante et sans autre prétention que de faire passer un bon moment aux spectateurs, tout en les faisant réfléchir sur les premières amours et sur les rapports entre les adolescents. Une pièce amusante à monter, tout comme Vie d’cheval.

Vie d’cheval tourne autour de Julie, une adolescente organisatrice hors pair, mais imbue d’elle-même et de trois autres personnages: Marie-Dominique, l’amie servile de Julie, Frankirick, sportif conscient de sa supériorité et dominateur, et Paul, un timide et quasi-esclave de Frankirick.

L’intrigue tourne autour de deux événements. La chaîne de restauration rapide «Coucoun’in» organise un concours pour trouver l’adolescent qui sera sa mascotte publicitaire; Julie en fait la promotion et, bien sûr, pense le gagner. La danse annuelle qui est également l’occasion de présenter le garçon et la fille les plus populaires de l’école; Julie est à la tête de l’organisation et pense être choisie. Dans les deux cas, Julie perdra. Paul, qui l’aime sans réussir à lui dire, sera la mascotte (pour découvrir que ce n’est pas ce qu’il pensait), tandis que Marie-Dominique et Frankirick seront les élèves les plus populaires. Les amours? Remise de sa déception et comprenant que son attitude n’est pas saine, Julie se montre sensible à Paul, alors que Frankirick et Marie-Dominique s’avouent leur amour. Si le thème traite des relations entre les adolescents, la douce folie du texte l’emporte sur les intentions.

Ces quatre pièces devraient être reprises par des troupes étudiantes, d’autant plus qu’elles mettent en scène des adolescents du secondaire. Si les pièces de Chiasson ne demandent que trois comédiens, celles de Léger permettent de faire jouer plus de monde: jusqu’à huit dans Je… adieu et jusqu’à dix dans Vie d’cheval.
 

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