Depuis une semaine, la capitale de l’Irlande est le lieu d’un grand rassemblement catholique. Tous les quatre ans, des centaines de prêtres et laïcs se rencontrent dans une grande ville pour réfléchir et prier autour du mystère de l’eucharistie. Cette année, le rendez-vous est à Dublin.

Le dernier Congrès eucharistique international a eu lieu en terre québécoise en 2008. L’intérêt suscité par l’événement ici ne s’est pas démenti, si on se fie au nombre élevé de Canadiens qui sont en Irlande pour le congrès de cette année: ils sont près de mille!

Les journées du congrès sont scandées par des temps de catéchèse et de liturgie présidés par des témoins et des évêques représentant les différents continents. En cette année de l’assemblée synodale sur la nouvelle évangélisation, l’eucharistie est vue comme un moyen privilégié pour favoriser la communion. D’où le thème du congrès: L’eucharistie, communion avec le Christ et entre nous. Ce thème appelle à une solidarité effective entre tous.

Eucharistie et faim
Dans le cadre d’un rassemblement international sur l’eucharistie, ce thème de la solidarité m’interpelle au sujet de la répartition des richesses. Comment célébrer l’eucharistie alors que des milliers à travers le monde ont faim: on mange alors notre propre condamnation (1 Co, 11,17-34). La participation à l’eucharistie est inséparable d’un engagement en faveur de la justice. Certaines personnes peuvent avoir une conception de l’eucharistie qui isole certaines de la lutte pour la justice. Il n’en est rien: lutte et adoration sont les deux faces d’une même médaille.

Vous connaissez peut-être cette histoire d’un pauvre qui s’introduisit par effraction dans une église du Nordeste brésilien pour voler. Il défonça la porte du tabernacle, s’empara du ciboire et s’enfuit avec le pain et les objets sacrés. Quelqu’un retrouva les hosties que le voleur avait jetées dans la boue. Les fidèles se scandalisèrent de ce «sacrilège» et parlèrent des peines les plus sévères qu’on devrait infliger au criminel.
L’évêque du diocèse, Dom Helder Camara, exprima un point de vue tout à fait différent, qui révélait sa compréhension profonde de l’eucharistie:

«Nous sommes choqués parce que notre frère, ce pauvre voleur, a jeté les hosties, le Christ eucharistique, dans la boue. Mais le Christ vit tous les jours dans la boue, chez nous au Nordeste! Ouvrons-nous les yeux! Tous les jours, les pauvres sont condamnés à une existence de boue! Et le Christ, qui vit en eux, vit aussi avec eux dans la boue. Le meilleur de la communion au corps du Christ dans l’eucharistie serait qu’elle nous ouvre les yeux sur les pauvres.»

Les pauvres sont ceux par qui et en qui Jésus se rend présent parmi nous. Ils en sont le premier «sacrement», le signe efficace. C’est pourquoi il y a un lien entre ceux et celles qui ont faim dans le monde et l’eucharistie. Ces deux sacrements du Christ, les pauvres et l’eucharistie, renvoient l’un à l’autre.

Une Église eucharistique
À Dublin, une Église eucharistique est rassemblée. Pour décrire l’Église catholique, on ne saurait mieux dire. Depuis les origines, on reconnaît les chrétiens à la fraction du pain qui les rassemble le premier jour de chaque semaine. Plusieurs ont été torturés parce qu’ils refusaient l’ordre de ne pas participer à l’assemblée dominicale: les martyrs d’Abilène (Cartage, 304) diront pour leur défense «Nous ne pouvons pas vivre sans le dimanche, sans l’eucharistie.»

Dans la petite histoire de notre Église, l’eucharistie désirée à chacune de nos fêtes ou chacun de nos rassemblements témoigne qu’il s’agit là d’une pièce maîtresse de notre identité croyante. La douleur que certains éprouvent lorsqu’elle n’est plus possible aux moments et aux lieux auxquels ils sont habitués est un révélateur de la grandeur de ce mystère.

Dire de l’Église qu’elle est eucharistique, c’est d’abord proclamer qu’elle sait rendre grâce. Faire partie de l’Église eucharistique, c’est entrer dans une logique de don de soi au quotidien. Vouloir une Église eucharistique, c’est souhaiter que tous ceux qui sont conviés à la table acceptent l’invitation… pour faire mémoire de Lui et pour devenir ce que nous recevons.

Demain matin, ce sera le sommet du Congrès eucharistique avec la Statio Orbis. Autour de la table eucharistique, des représentants de toutes les nations se rassembleront dans l’action de grâce. Puisse la fraternité qui s’exprime être un puissant stimulant pour une solidarité avec Lui et entre nous. Bon dimanche!

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