Le gouvernement Alward a aboli le Conseil consultatif sur la condition de la femme. Je trouve alarmant de voir à quel point l’absence d’une voix indépendante sur les questions touchant les femmes dans la province a des effets importants sur l’enjeu critique de la violence envers les femmes.

Les journalistes s’adressent régulièrement aux services de police ou aux autres intervenants auprès des victimes de violence pour obtenir leurs réactions quant aux statistiques montrant que le Nouveau-Brunswick ou une région de la province compte une forte incidence de violence conjugale ou d’agressions sexuelles. Ou, parfois, les médias remarquent une autre vague d’homicides entre conjoints, de meurtres suivis d’un suicide ou d’agressions sexuelles et veulent obtenir un autre point de vue.

Souvent, l’intervenant ou l’intervenante auprès des victimes donne une réponse du genre: «Non, non, nous n’avons pas beaucoup de violence au Nouveau-Brunswick. Nous réussissons tout simplement à convaincre les victimes à porter plainte».

Il semble que l’on souhaite véhiculer le message que tout va bien, que l’on doit leur laisser le soin de s’occuper des victimes et que plus les victimes sont nombreuses, mieux c’est.

C’est un peu comme si un représentant d’une banque d’alimentation affirmait: «Oui, nous sommes plus achalandés que jamais, mais c’est tant mieux. Cela veut dire que les gens n’ont pas honte de dire qu’ils ont faim. La collectivité devrait être fière. Si nous travaillons fort à servir des repas, nous réussirons à enrayer la pauvreté».

Qu’est-ce que c’est que cela? La pensée de groupe?
Un manque de réflexion?
Une vision à court terme?
Un œil vigilant fixé sur le financement?
Une attitude défensive?

Lorsque les agents de police ou les intervenants affirment que tout va bien au Nouveau-Brunswick et qu’il ne faut pas s’en faire au sujet des statistiques, ils ne présentent aucune preuve à cet effet. Les journalistes, qui semblent en avoir assez d’entendre parler du dossier perpétuel de la violence faite aux femmes, posent très rarement des questions plus poussées. Par exemple: «Comment pouvez-vous être sûrs de ce que vous avancez?» Ou encore: «C’est ce que vous affirmez à votre patron pour vous donner bonne figure, mais comment pouvons-nous avoir la certitude que le taux de violence n’est pas élevé ou n’augmente pas au N.-B.?»

Comment «une intervention directe efficace auprès des victimes» explique-t-elle notre taux provincial de meurtres suivis d’un suicide et d’homicides de femmes par leur partenaire?

Si le taux d’agressions sexuelles est élevé depuis des décennies dans votre région, comment pouvez-vous dire que les taux sont élevés en raison des nouvelles méthodes destinées à venir en aide aux victimes?
Comment au juste le Nouveau-Brunswick fait-il les choses autrement et mieux que les autres provinces pour encourager un plus grand nombre de victimes à porter plainte?

Comment au juste un nombre accru de victimes portant plainte réduit-il les cas de violence?

Dans les années 1970, époque où les Néo-Brunswickoises ont commencé à se regrouper pour lutter contre la violence faite aux femmes par les hommes et donner des choix aux femmes battues, je doute qu’elles pensaient voir le jour où les collectivités auraient le seul objectif d’augmenter le nombre de victimes qui demandent de l’aide.

Je ne veux pas dire par là que les intervenants représentent une partie du problème. N’empêche qu’il est décourageant de voir des organisations féminines, et à plus forte raison, les forces policières être si négligentes et laisser passer des occasions de réclamer au moins des renseignements de meilleure qualité.

Un organisme indépendant s’occupant des enjeux féminins, comme le Conseil consultatif, aurait étudié ces questions avant de se prononcer sur l’une ou l’autre d’entre elles. De plus, il fixerait son attention sur le but ultime, soit l’élimination de la violence faite aux femmes. 

Il n’est pas suffisant d’avoir à l’occasion des personnes comme moi mettant les problèmes ou les lacunes en évidence ou réagissant à quelques articles récents. Ce ne sont pas les intervenants sous-payés, les organisations féminines occupées à offrir des services de sauvegarde ou encore les agents de police qui peuvent nous guider sur la façon de remédier à des questions aussi complexes que la violence envers les femmes.

Ce n’est guère rassurant d’entendre une travailleuse de première ligne fort occupée, à qui on a présenté de l’information qu’elle ne semble pas avoir examinée, répondre qu’elle «préfère penser» que les plus récentes statistiques sont une bonne nouvelle plutôt qu’une mauvaise. Je préfère croire que nous considérons le problème de la violence assez sérieusement pour l’examiner avec soin. 

Plusieurs reportages récents dans les médias ont provoqué cette critique virulente. L’un d’entre eux commençait par la nouvelle désolante que le taux de violence entre partenaires intimes au N.-B. est beaucoup plus élevé que la moyenne nationale, mais se terminait par une citation dûment obtenue auprès d’une travailleuse dans une maison de transition. Celle-ci affirmait qu’elle «ne pense pas que la violence a augmenté au Nouveau-Brunswick». Au diable les statistiques tirées des rapports de police, déclarons tous que tout va bien et poursuivons notre petit bonhomme de chemin comme si de rien n’était.

Plusieurs autres articles publiés au cours des 12 derniers mois visaient à présenter les réactions des forces policières au sujet des taux élevés de mauvais traitements faits aux femmes ou d’agressions sexuelles. Inévitablement, le porte-parole du service de police a réussi à étouffer l’histoire en déclarant qu’ils font un excellent travail. Tout récemment, le corps policier de Saint-Jean a rejeté le blâme du faible taux d’accusations portées suivant la réception de plaintes sur les victimes. Environ le tiers des plaintes d’agressions sexuelles donnent lieu à des mises en accusation par le corps policier de Saint-Jean par rapport à plus de 80 % par la GRC de Codiac.

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