L’écriture d’Édith Bourget est empreinte de tendresse et d’une belle douceur, tout en abordant dans ses romans pour la jeunesse des sujets sérieux. Contre vents et marées (Soulières éditeur) aborde le thème de la résilience en mettant en scène trois adolescentes.

Dans Le roi de cœur (Bouton d’or Acadie, 2007), Bourget a traité de la violence faite aux enfants, tandis que Lola et le fleuve (Bouton d’or Acadie, 2009) se penchait sur la difficulté de s’intégrer à un nouveau milieu. Le premier s’adressait aux 7 à 11 ans, le deuxième aux 10 à 13 ans et Contre vents et marées vise les adolescents. Chaque fois, l’auteure réussit à trouver la tonalité qui respecte l’âge de ses lecteurs, tout en étant des œuvres que les adultes trouveront plaisir à lire.
Enfant, Angéline a eu un accident qui a mené à l’amputation d’un bras. Elle a donc «un bras de robot», ce qu’elle n’a jamais accepté et ce qui la diminue à ses propres yeux. Elle se sent mal dans ce corps handicapé se demandant si un garçon pourrait l’aimer. Ce qui la sauve est sa voix: elle chante dans une chorale et elle chante très bien, à tel point qu’elle souhaite devenir une cantatrice, tout en ayant la crainte de ne pas en être capable. Son handicap se répercute sur sa façon d’être.

Dans la chorale, elle rencontre Céleste, qui vit un autre drame. Son père a quitté sa mère pour vivre son homosexualité, ce qui n’est pas vraiment un problème pour Céleste. Ce qui l’est, c’est que son père a le sida et qu’il se meurt. Elle n’accepte pas cette mort à venir, même si son père fait tout pour l’aider.

Arrive ensuite dans la chorale Marie-Ange, qui chante plutôt faux, mais qui est déterminée. Elle porte en elle les séquelles des agressions sexuelles que lui a fait subir son père.

Le roman se construit à partir de la parole d’Angéline, à l’exception de deux chapitres dans lesquels Céleste puis Marie-Ange prennent la parole. On a l’impression de lire son journal intime. Lentement, elle découvre les problèmes de ses deux amies, tout en cheminant dans le sien.

L’intrigue se développe à partir des réflexions d’Angéline, qui rapporte également les petits événements de sa vie. La plume de Bourget donne vie à son personnage. Elle est respectueuse de la pensée de l’adolescente et de ses intérêts. En cela, il s’agit d’un roman pour adolescentes plutôt que pour adolescents. Non pas que les garçons n’auraient aucun plaisir à le lire, mais il reflète avec finesse le monde des filles.

La grande qualité de l’œuvre est dans la façon dont l’auteure aborde les problèmes vécus par ses personnages. En particulier, la relation du père sidatique et Céleste, de même que la relation abusive vécue par Marie-Ange. Tout est dit avec une retenue qui cherche à explorer l’impact que ces situations ont sur les deux jeunes filles.

Les trois trouveront le chemin de la résilience. Angéline pourra développer son talent de chanteuse en prenant conscience que son handicap ne nuit en rien à son talent. Céleste choisira d’accompagner son père durant ses derniers instants et de lui apporter sa joie de vivre, ce qu’il souhaitait. Marie-Ange rencontrera son père pour lui accorder son pardon alors que ce dernier suit une thérapie.

Si la fin est porteuse de l’avenir des trois adolescentes, elle n’est pas pour autant moraliste: cette fin découle de leur cheminement. Émouvant et touchant, Contre vents et marées confirme le beau talent d’Édith Bourget dans ce type d’écriture.

Dans un tout autre genre, Bourget a publié Des oiseaux et des plumes (Éditions de l’Isatis), un très bel album grand format qui s’adresse aux enfants âgés de 4 à 11 ans, mais qui plaira également aux adultes.
Composé de poèmes qui mettent en scène des oiseaux de toutes les couleurs et formes, ce recueil est un clin d’œil amusé à la nature qui – on le sait – nous dépasse tous. Alors, ces oiseaux sont très originaux tant dans ce qu’ils racontent que dans leurs formes. Les aquarelles animées de couleurs brillantes et vives tracent des portraits d’une grande beauté.

En racontant ses histoires, Bourget joue avec les rimes, moins pour le respect d’un classicisme poétique que pour les sonorités. Ainsi, dans Les oiseaux tonnerre, toutes les rimes sont en «ère». De quoi s’amuser avec les sons, mais aussi avec les jeux de mots et le charmant humour qui habite les textes.

D’un livre à l’autre, Édith Bourget renouvelle formes et thèmes tout en demeurant fidèle à la portée sociale de ce qu’elle raconte. Elle n’écrit pas ou n’illustre pas que pour écrire ou dessiner, mais aussi pour communiquer ses questionnements, ses valeurs. Et c’est cette fusion entre fond et forme qui donne toute sa richesse à ses œuvres.

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