La mission des Nations Unies pour la stabilisation en Syrie a suspendu sa mission de paix. «Les observateurs arrêteront de patrouiller et resteront confinés dans leurs bases jusqu’à nouvel ordre», a déclaré le commandant de la force multinationale d’observateurs de 300 hommes, le général norvégien Robert Mood.

Cette décision par la force d’observation est tout à fait justifiée. L’armée syrienne empêchait les observateurs d’accéder aux lieux des massacres.

Pourtant, la simple présence des observateurs créait la fausse impression que la communauté internationale «faisait quelque chose». Alors, la communauté internationale fera maintenant face à des pressions encore plus vives pour qu’elle «fasse» autre chose contre la tragédie en Syrie. Cela signifie une intervention militaire contre le régime de Bachar el-Assad, sauf que la Russie y opposera son veto.

La diplomatie russe n’est généralement pas si maladroite. Aucune des grandes puissances occidentales ne déploiera des troupes en Syrie pour intervenir: l’armée syrienne est trop forte, et les conflits sectaires et les divisions ethniques du pays, bien trop chaotiques.

Alors pourquoi la Russie ne promet-elle pas simplement de s’abstenir lors de tout vote du Conseil de sécurité des Nations Unies portant sur l’intervention militaire en Syrie? Aucun vote du genre ne sera tenu de toute façon. De plus, Moscou mettrait au grand jour l’hypocrisie des puissances occidentales qui font semblant de réclamer des mesures concrètes et reprochent à la Russie (et à la Chine) de faire obstruction.

C’est stupide d’attirer de telles remontrances à son propre pays lorsque ce n’est pas nécessaire, sauf que la dictature élue du président Vladimir Poutine et le Parti communiste en Chine redoutent d’être eux-mêmes soumis à une intervention étrangère un jour. L’absence de précédent jurisprudentiel d’action internationale contre un régime qui massacre sa population dans son propre pays souverain est donc vraiment importante pour eux.

En réalité, il existe deux types de justice, soit une pour les grandes puissances et une autre pour les états faibles. Ni Moscou, ni Pékin ne subiront jamais une intervention militaire, même s’ils réprimaient des manifestations pacifiques organisées par leurs habitants. Encore moins s’ils noyaient une révolte armée dans le sang.

Il suffit d’imaginer les manchettes que susciterait une telle intervention pour comprendre que cette hypothèse est ridicule. «Le Conseil de sécurité vote pour une intervention en Chine afin de protéger les manifestants contre la violence du régime!». «Les troupes américaines entrent dans des villes russes pour appuyer la révolte contre le régime!» Des manchettes comme celles-là sont seulement un tantinet plus plausibles que «Les Martiens envahissent la Cité du Vatican, le pape est kidnappé!»

Il s’agit ici des scénarios cauchemardesques de gouvernements qui sont bien conscients qu’ils sont illégitimes. Ils ne le reconnaissent jamais en public et n’en discutent jamais directement, même en privé. Il n’en demeure pas moins qu’ils en sont conscients. De plus, ils savent qu’être illégitime signifie être vulnérable.

Le fait que la Russie ou la Chine peuvent tout simplement opposer leur veto à toute résolution de l’ONU qui les vise n’a pas d’importance. Cela ne change rien qu’aucun gouvernement sain d’esprit de la planète ne commettrait la folie d’envoyer des troupes pour intervenir chez l’un ou l’autre de ces géants. L’application du simple bon sens ne suffit pas à dissiper des craintes paranoïaques. 

Vladimir Poutine et les dirigeants chinois sont outrés par l’influence croissante du principe de la «responsabilité de protéger» à l’ONU, lequel porte atteinte à l’ancienne doctrine sacrée de la souveraineté absolue des États membres. Selon la responsabilité de protéger, une intervention étrangère est justifiée (avec une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, évidemment) pour mettre un terme à de graves violations des droits de la personne commises par des états membres.

Certes, le droit de veto de la Russie et de la Chine au Conseil de sécurité met ces pays à l’abri d’une intervention militaire étrangère, mais ils s’en préoccupent tout de même. Et ils assistent, horrifiés, au phénomène des révolutions pacifiques, lesquelles ont évincé des régimes autoritaires de façon très efficace, de celles ayant renversé les régimes communistes de l’Europe de l’Est et presque entraîné la chute du régime chinois en 1989 jusqu’aux manifestations arabes d’aujourd’hui.

Moscou et Pékin sont persuadés qu’il y a une «main cachée» occidentale derrière ces rébellions, même si les initiatives occidentales (comme l’appui des É.-U. au président égyptien Mubarak qui a été retiré pratiquement à la dernière minute de la révolution) et les intérêts occidentaux affirment le contraire.

En ce moment, en Syrie, les deux puissances assistent à la cristallisation de ces deux menaces. Tout d’abord, elles voient des manifestations tout à fait pacifiques – malgré le massacre de milliers de personnes par l’armée syrienne – miner le régime de Bachar el-Assad.

Ensuite, lorsque certains des manifestants commencent à se défendre et que le régime riposte en redoublant de violence en bombardant des centres urbains et en commettant des massacres flagrants de villageois, elles entendent les puissances occidentales parler de leur responsabilité de protéger avec le sous-entendu (délibérément trompeur) qu’elles envisagent une intervention militaire directe en Syrie pour l’arrêter.

Alors, la Russie et la Chine opposeront leur véto à toute résolution du Conseil de sécurité qui condamne le régime d’Assad et, à plus forte raison, toute résolution qui laisse entrevoir une intervention militaire quelconque. Assad doit survivre. Non pas parce qu’il achète des armes russes valant quelques milliards de dollars et donne une base navale à la Russie dans la Méditerranée, mais parce que ces pays s’imaginent que le renversement du président syrien créerait un précédent, lequel pourrait un jour être utilisé contre eux.

C’est une absurdité totale, mais cela veut dire que les Russes, en particulier, continueront à porter le blâme pour l’immobilisme de l’ONU et à fournir le prétexte à l’Occident que celui-ci prendrait des mesures contres le régime d’Assad si seulement les Russes pouvaient se tasser du chemin. Ils vont protéger Assad jusqu’à la toute fin… une fin qui risque d’être tragique.

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