Enfin, une bonne nouvelle du fédéral! Le gouvernement Harper va dépenser 28 millions de dollars pour créer une euphorie pancanadienne afin de souligner dignement le bicentenaire de la guerre de 1812 contre les États-Unis. Chu déjà tout excité. J’en frémis!

Même que le ministre du Patrimoine canadien, le gars, là, tsé, what’s his name again a déclaré que «le Canada n’existerait pas si l’invasion américaine n’avait pas été repoussée durant la guerre de 1812».
Ben va t’assire!

Dire qu’on aurait pu être Américains, pis pas avoir à endurer Stephen Harper comme premier ministre. Mautadit qu’on n’est don’ pas chanceux! Quand on pense que les Américains ont Barack Obama. Toujours les mêmes qui ont toute!

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Quand on connaît la dévotion profonde du premier ministre Harper pour la monarchie et la reine, on se dit qu’il aura voulu montrer à la reine que le Canada trippait sur elle avant même d’exister!

C’est aussi pour ça qu’il lui a offert un immense portrait en pied de 100 000 $ peint par un artiste canadien. Dévoilée dernièrement à Londres, l’œuvre de la taille d’un court de tennis doit être installée à Rideau Hall.
Fait à noter, grâce à cette toile géante, on apprend que la reine mesure 6 pieds 2 pouces! Curieusement, en personne, elle a l’air d’avoir seulement 5 pieds 4. Autre chose étonnante, on dirait qu’elle est en jaquette. Pas sûr que c’est très approprié pour une reine. J’espère que c’est pas Camilla qui la conseille pour ses toilettes!

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L’autre bonne nouvelle du fédéral c’est que les célébrations vont durer trois ans, vu que la guerre elle aussi a duré trois ans, de 1812 à 1815. Yé!

On va pouvoir fêter pendant trois ans! Comme pour l’Accord du lac Meech.

Ben oui, vous ne vous en rappelez pas? Le Canada avait trois ans pour se faire une idée, pis au Québec dans tous les cantons y avaient des filles et des garçons qui voulaient se marier, c’est la pure vérité. Pareil comme dans la toune!

La reconnaissance du Québec comme une société distincte était à portée de la main. Encore quelques jours, pis l’affaire était ketchup.
Mais c’est là que le party a mal tourné.

Le party s’est dégonflé. On débat encore si la faute en incombe à Clyde Wells, Elijah Harper, Frank McKenna, Sharon Carstairs, Jean Chrétien,  Pierre Trudeau ou all of the above. Toutes des personnes qui n’avaient pas intérêt à ce que ce soit un premier ministre fédéral conservateur qui vienne recoller les pots que les régimes libéraux avaient cassés.

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OK, je vous entends crier d’icitte que tout comme l’Accord du lac Meech, cette guerre sans nom, dont le souvenir invisible vient tout juste d’être ressorti des boules à mythes, n’est pas une guerre importante et que c’est du gaspille d’habiller du monde avec des coats de suit antiques rouge tomate pour «recréer» une guerre, on ne sait pas trop où, et qui n’aurait apparemment jamais eu lieu!

J’ai lu dans un journal qu’un prof de l’Université Laval avait dit que cette guerre n’est pas un acte fondateur du Canada, vu que «la guerre de 1812 n’a marqué qu’une petite pause».

Méchante pause café! Trois ans! Ça c’est de la convention collective!

L’expert a aussi soutenu que «si l’invasion américaine du Haut-Canada avait été une réussite, l’histoire serait différente».

Ben, tiens! S’il avait fait chaud hier, au lieu de mouiller avarse, la journée aurait été différente! Moé tou, j’t’un expert, d’abord!
Il dit aussi que personne n’est sorti gagnant de cette guerre. Une affirmation que je ne peux ni démentir ni confirmer, puisqu’aux dernières nouvelles personne ne semble avoir absolument aucune idée de ce qui s’est passé en 1812.
Gros mystère, han, Madame?

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Ce qui rend la chose encore plus mystérieuse, c’est qu’un prof du collège royal militaire de Kingston prétend, de son côté, que c’est une occasion «de célébrer notre héritage britannique».

Quoi? Un héritage de la reine! Yé.
J’ai assez hâte de savoir ce qu’a va nous laisser! Justement, ça me prendrait un set de vaisselle Royal Albert Old Country Rose pour matcher avec mes fleurs sur la terrasse. Mais je me contenterais d’un diadème. Pas trop p’tit quand même, je chausse du 8 de la tête.

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Bon, c’est sûr que toutes les guerres ne sont pas aussi le fun que celle de 1812.

Qu’on pense par exemple à celles qui ont mené à la Déportation des Acadiens en 1755. Une guerre, un traité. Une autre guerre, un autre traité. Jusqu’à ce que les Anglais gagnent pour de bon et entreprennent un grand dry cleaning de Grand-Pré et des alentours en mettant le feu partout.

On en parle encore! Et pour beaucoup, elle est encore ressentie vivement.

C’est pourquoi j’avais suggéré dans une de mes toutes premières chroniques, le 15 août 2001, à l’époque où il était beaucoup question d’excuses royales, qu’au lieu des excuses on pourrait chercher à poser un geste qui aurait l’avantage d’avoir un sens «réparateur».

Dans cet esprit, j’avais proposé que des démarches soient entreprises pour que le site de Grand-Pré soit inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

Même si cette chronique a eu peu d’échos, quelques personnes avaient alors communiqué avec moi pour me dire que c’était une bonne idée. Pis j’ai appris en février 2011 que le Canada venait de soumettre une proposition en ce sens à l’UNESCO.

Et j’ai l’honneur, aujourd’hui, de vous annoncer que si je ne me trompe pas, l’UNESCO s’apprête à reconnaître le Paysage de Grand-Pré (comme il est dit dans la demande du Canada) dans la liste du Patrimoine mondial! Ça pourrait être aussi tôt que demain ou vendredi. Yé!

Ce sera un geste d’une portée internationale qui pourrait avoir le mérite, pour peu qu’on le veuille, de clore la dimension doloriste de la Déportation. Et peut-être de brancher l’Acadie sur un avenir heureux?

Ensuite, on aidera Harper à oublier sa guerre invisible de 1812.

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