«Il faut refaire un pays!»

J’ai vécu un moment fort émouvant lors de la messe des finissants du Centre scolaire et communautaire La Fontaine dimanche dernier. À la sortie, les jeunes artistes du spectacle S’émoyer de l’Acadie ont repris en chœur le très beau chant de Raymond Breau: Il faut refaire un pays.

Ce cri du cœur est un impératif pour les finissants. C’est aussi une invitation pour tous. En cette veille de la fête du Canada, l’occasion est appropriée pour se demander quel est le rôle que nous avons à jouer dans le devenir de notre pays.

Refaire le pays
Ce qui me frappe en entendant cette chanson de Raymond Breau, c’est qu’elle ne semble pas avoir vieilli. Ce qui était vrai il y a des dizaines d’années l’est encore aujourd’hui.

Alors qu’autrefois on parlait de la coexistence entre les Anglais et les Français, de nos jours le spectre s’est élargi et ce thème de la coexistence doit être conjugué avec de nombreuses cultures responsables de la diversité du pays. La mobilisation pour la justice entre les pauvres les riches s’est aussi élargie pour s’assurer que des groupes autrefois marginaux ou ostracisés sont pleinement intégrés à la vie sociale: les chômeurs, les homosexuels, les familles monoparentales, les musulmans, etc.

En regardant la situation du Canada en cette veille du 1er juillet 2012, je me rends compte que le pays est toujours à refaire. L’équilibre du pays est comparable à l’acrobate sur son fil de fer au-dessus des chutes Niagara: il faut constamment être aux aguets pour ne pas tomber. Un moment de repos prolongé ou de négligence peut nous faire sombrer. La vigilance est nécessaire en période d’austérité pour ne pas voir disparaître des programmes sociaux qui sont la marque distinctive de notre pays.

Voilà le travail qui nous attend: refaire le pays. Nous n’avons pas à le faire. D’autres l’ont fait avant nous. Nous avons à le refaire!

On ne commence pas à partir de rien. D’ailleurs, quand on prétend tout inventer à partir de zéro, non seulement on se prive de l’énorme richesse de notre patrimoine historique, mais aussi on n’a aucun vis-à-vis critique pour évaluer les nouveaux chemins qu’on prétend ouvrir. Avant nous, des gens ont beaucoup travaillé, non pas pour s’enrichir personnellement, mais pour enrichir le pays. Nous avons à reprendre le flambeau de la paix de Lester Pearson ou de la justice sociale de Tommy Douglas. Ces hommes n’ont pas vécu pour eux-mêmes; ils ont donné ce qu’ils étaient et ont semé l’espérance. 

Comme le disait Sartre, «la pire illusion, c’est de prétendre se fonder soi-même, sans aucune référence, sans aucun fondement». Nous avons besoin d’innover et de créer dans la prise en compte du meilleur des expériences passées.

Le pays intérieur
Nous pourrons refaire le pays… à condition d’aller au bout de soi. Il y a un monde intérieur à bâtir et à préserver. Ce pays au-dedans de soi, il faut le refaire à différentes étapes de nos vies. Dans ce pays à géographie illimitée, nous avons à établir certaines frontières. Sans celles-ci, la vie devient difficile, parfois chaotique.

Établir des frontières pour permettre la vie, s’imposer une discipline pour faire régner l’ordre, placer des limites pour ne pas vivre dans le chaos, voilà la politique du pays intérieur. Cela ne va pas de soi. Il faut se retrousser les manches, «savoir porter l’épée et la croix». C’est un travail à refaire… chaque jour! Cela demande de la patience, des efforts et le courage de recommencer parfois! Il faudrait se le rappeler.

Quelques activités
de la semaine:

Fait mes au revoir à mes amis du pays d’Alnwick. C’est avec tristesse que je quitte ce milieu qui a fait de moi un prêtre heureux. Ce sont des gens attachants et enracinés dans une histoire de rendez-vous heureux: entre les Français et les Anglais, les catholiques et les protestants, les Blancs et les Amérindiens. Des rendez-vous qui en appellent d’autres.

Médité cette phrase de saint Augustin, patron de la paroisse de Lagacéville: «Nous nous sommes sentis bien sous la commune lumière. Nous nous sommes réjouis et nous avons exulté de joie ensemble. Maintenant que nous devons nous séparer, essayons de ne pas nous détacher de Lui, le Christ.»

Apporté un cadeau pour le bazar de la paroisse de Lavillette qui se déroule demain. C’est la saison des bazars qui commence. Avec le plus beau cadeau qui est offert à tous: le dévouement de gens qui ont à cœur l’avenir de leur communauté!

Enlevé les photos qui décoraient les murs du salon et la porte du réfrigérateur. Des photos d’enfants, de finissants, de jeunes couples mariés, de familles, etc. Derrière tous ces visages, je revois des souvenirs qui se révèlent comme la trace de l’amitié qui soutient et qui inspire à aller plus loin.

Assisté au concert de Raymond Breau accompagné d’une chorale de Québec en l’église de Covedell dimanche dernier. Cet ambassadeur de la région tire de notre terreau le meilleur et nous invite à faire partie de ces persévérants sans qui l’identité est compromise.

Acheté un billet pour le spectacle musical S’émoyer de l’Acadie, qui sera présenté au théâtre Richard-Denys les 21 et 22 juillet et les 3 et 4 août. En entendant les jeunes artistes de cette production, je sais que l’avenir est prometteur: un arbre qui se nourrit à des racines profondes porte du fruit.