Lectures d’été pour les enfants

Il y a quelque chose de magique dans le monde des albums pour enfants. Les auteurs comme les illustrateurs peuvent laisser libre cours à leur imagination, tout comme ils peuvent se fonder sur des faits réels. Ainsi sont les albums récemment publiés en Acadie.

On connaît Pascal Lejeune comme chanteur. Le voici auteur de Ti garçon à papa (Éditions Bouton d’or Acadie). Mais le musicien n’est pas loin: le texte est une chanson que le disque compact qui complète l’album nous offre. Une chanson dans l’esprit de ce qu’il fait pour les grands, ce coup-ci mâtiné de musique traditionnelle.

Le texte est humoristique et raconte l’histoire d’un garçon en trois couplets, chaque couplet représentant un âge de sa vie: enfant, adolescent, jeune homme. Chaque couplet porte sur le fait qu’il est «ben découragé»: pas de bonbons, il est obligé de manger des fruits, bicyclette brisée, obligé de marcher, désire avoir une voiture, obligé de travailler. La vie n’est pas drôle! Il est amusant de noter deux écarts entre le texte de l’album et celui du disque. Il veut une voiture pour «se balader» (texte) ou «cruiser» (chanson). Une petite morale se greffe au texte que la chanson «oublie».

Les illustrations de Réjean Roy sont (comme d’habitude) superbes. Hautes en couleur, elles mettent en scène le Ti garçon en lui joignant un minimum d’éléments, et transposent parfaitement le climat créé par le texte. Un album pour tous.

Réjean Roy a également publié Le maître Glooscap transforme animaux et paysages (Bouton d’or Acadie), dont il signe le texte français et les illustrations. Ce texte s’inscrit dans la collection Wabanaki qui reprend des légendes amérindiennes.

Les illustrations sont très différentes de celles du Ti garçon. Elles sont dominées par des couleurs fauves et elles expriment la richesse de la nature que Glooscap crée.

Ici, il est question de la création des animaux et de la façon dont Glooscap envisage le rapport entre les humains et les animaux. Le texte est présenté en trois langues (français, micmac et anglais), comme tous ceux de cette collection. Un bel ouvrage qui passionnera ceux qui s’intéressent à la culture amérindienne.

Bouton d’or a publié trois autres albums. Le grand ménage d’Alice l’écrevisse, de Martine Richard, raconte l’histoire d’un jeune garçon qui s’aperçoit que son écrevisse a quitté sa carapace. Comme les autres membres de la famille, elle a fait son grand ménage.

Les illustrations de Lisa Lévesque sont douces, proches de la bande dessinée et viennent agréablement appuyer le texte. Si l’histoire est intéressante en ce qu’elle montre que les crustacés changent de carapace, on peut regretter que l’auteure ne nous dise pas pourquoi ils le font. Il aurait été si simple de préciser que c’est parce qu’ils grossissent.
Coin-Coin nous revient pour une sixième aventure dans Une baleine, une maison et une fleur. Une histoire comme un clin d’œil à l’intelligence rusée de Joséphine, la grenouille. Le texte de François Dimberton, court et concis, est mis en relief par les dessins inventifs de Jean-Claude Bauer.

Une histoire amusante qui saura plaire aux tout-petits.
Émerise LeBlanc-Nowlan signe une gentille histoire avec À la recherche du merisier spécial. Un conte qu’elle a également illustré et qui semble inspiré de son enfance puisque le personnage principal porte son prénom. Son père l’a nommée ainsi pour rappeler le merisier, un arbre qu’il aimait beaucoup. Après sa mort, Émerise se souvient de ce que son père lui disait. Elle décide de trouver un merisier. Mais l’arbre qu’elle découvre est en piètre état: «Son écorce est terne et rugueuse, ses feuilles sont flétries et ses branches sont dénudées.»

Déçue, elle retourne chez elle sans comprendre ce que son père voulait dire. Le printemps suivant, elle retourne voir l’arbre qui est plein de vie. Elle va le voir durant tout l’été, découvrant qu’il produit de jolis fruits rouges.

LeBlanc-Nowlan a cru nécessaire d’introduire dans son conte un renard doué de la parole qu’Émerise apprivoise. Ce n’était pas vraiment nécessaire: la beauté du récit tient dans la mémoire du père.

De plus, comme c’est le cas dans ses précédents albums, ses illustrations sont efficaces sans plus. Il n’en demeure pas moins que son personnage est touchant. Un texte à lire aux petits et pour les premiers lecteurs.
Marie-France Comeau nous raconte Une amitié au temps des sucres (Éditions La Grande Marée). L’histoire est simple: une jeune Française vient passer une semaine dans la famille du grand-père de Maxime qui exploite une érablière. C’est l’occasion de présenter les différentes étapes de la récolte de l’eau d’érable et de sa transformation en sirop. La volonté pédagogique est évidente, mais cela n’enlève rien au charme de l’album.

Les illustrations de Gilles Cormier sont minimalistes: elles servent le propos, mais n’apportent rien de plus au récit. Le texte est long et s’adresse à des lecteurs déjà à l’aise avec la lecture, à moins que les parents ne leur lisent.

Tous ces albums pourraient servir de lecture d’été. Une façon agréable d’envisager la belle saison!

Ma chronique fera relâche pour les mois de juillet et août. Je vous retrouverai donc en septembre. D’ici là, je nous souhaite un bel été!