«Résoudre le problème de l’intimidation requiert une solution à multiples facettes où tout le monde met la main à la pâte.» Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-Brunswick parlait ainsi lors de l’annonce récente sur les changements de lois et de politiques concernant l’intimidation dans le système scolaire.

Je souscris à ses paroles, mais j’aimerais que ces changements s’appliquent au-delà de l’intimidation en milieu scolaire. Il est malheureux que l’action gouvernementale se limite à contrer l’intimidation du monde scolaire.

Parler de l’intimidation dans les écoles est de nos jours sur les lèvres de tout le monde.

Les histoires de ses victimes ont fait les manchettes des médias ces derniers mois. Et les écoles organisent des marches pour sensibiliser les gens à ce problème.

Voilà un progrès, voilà de bonnes nouvelles.

Mais le problème de l’intimidation ne s’arrête pas avec la fin des classes et avec la remise des diplômes des jeunes.

Qu’est-ce qui advient des petits tyrans après la remise des diplômes? Où vont-ils?

Vous savez comme moi que le problème de l’intimidation ne disparaît pas tout simplement. Ces tyrans sont présents dans notre société et dans nos milieux de travail. Nous ne faisons qu’ignorer le problème.

Ou, ne serait-ce pas parce que nous sommes incapables de le reconnaître pour ce qu’il est? Quelquefois, on le décrit comme un conflit de personnalités, comme le fait d’une personne qui n’entend rien à la plaisanterie ou qui est trop sensible.

À quoi ressemble donc l’intimidation (on dit aussi harcèlement psychologique) en milieu de travail? Comment la reconnaître?

Selon un rapport préparé en 2007 par le Conseil consultatif sur la condition de la femme (CCCF) pour le Comité d’étude indépendant sur le système de la santé, de la sécurité et de l’indemnisation des accidents au travail du Nouveau-Brunswick – l’intimidation en milieu de travail prend plusieurs facettes:

• faire des remarques offensantes ou propager des rumeurs au sujet de l’apparence, des habitudes, des idées ou de la vie privée d’une personne;

• formuler de façon constante des critiques sévères devant les autres, dissimuler des renseignements ou refuser des ressources nécessaires à l’exécution du travail, retirer des responsabilités ou imposer des échéances impossibles à respecter en guise de punition;

• ignorer la victime pour l’isoler et inciter d’autres à se retourner contre elle;

• se liguer entre collègues de travail contre un employé, une pratique parfois appelé persécution collective», le forçant même à quitter son emploi.

À bien y penser, cela ressemble à l’intimidation présente dans notre système scolaire.

Alors jusqu’à quelle limite l’intimidation en milieu de travail est-elle répandue?

L’Organisation mondiale de la santé a décrit le stress relié au travail comme une épidémie mondiale. En l’an 2000, un sondage canadien d’employés syndiqués trouva qu’au-dessus de 75 % des répondants avaient été témoins de harcèlement et d’intimidation en milieu de travail. Plus de 75 %, c’est énorme.

À son tour, le Conseil de sécurité du Canada a trouvé que l’intimidation est quatre fois plus fréquente que le harcèlement sexuel ou la discrimination en milieu de travail. Et ce même Conseil de sécurité a rapporté que 75 % des victimes quittaient leur emploi à la suite de l’intimidation.

Quoique l’intimidation en milieu de travail soit maintenant reconnue comme un problème, les victimes ont très peu de recours disponibles. De là le sentiment d’avoir à endurer l’épreuve financière d’une démission pour que l’intimidation cesse. Ou, comme les participants (toutes des personnes victimes d’intimidation) de discussions d’ateliers organisés par le CCCF sur le sujet ont dit en 2007: «Je me suis fait dire que si je déposais une plainte, je serais renvoyé pour insubordination.»

«Je suis allé à la direction pour me plaindre des abus verbaux dont j’étais l’objet par mes camarades de travail, elle me dit que j’avais une mauvaise attitude.»

«Je ne m’opposerai plus jamais aux personnes qui font de l’intimidation. Le prix à payer pour moi et pour ma famille a été trop élevé. La prochaine fois que je serai victime d’intimidation, je me tairai.»

La recherche appuie ces anecdotes. Une étude faite en 2010 par l’Institut d’intimidation en milieux de travail, aux États-Unis, révéla que seulement 1,6 % des personnes intimidantes ont perdu leur emploi pour toutes sortes de raisons, tandis que 43,5 % des victimes d’intimidation en milieu de travail avaient perdu leur emploi (31,3 % perdirent leur emploi à la suite d’un licenciement, d’une cessation de travail ou d’une démission et, en plus, 12,3 % se trouvèrent en congé psychologique.)

Les personnes qui font de l’intimidation se trouvent dans toutes sortes de milieux de travail. Personne n’y échappe. Il y a de l’intimidation dans le secteur public, dans le secteur à but non lucratif, dans le secteur privé.

Certains gouvernements provinciaux font le choix de faire quelque chose au sujet du problème sérieux qu’est le harcèlement en milieu de travail et l’intimidation. Par exemple, le Québec a été la première province à adopter une loi pour protéger les victimes de l’intimidation. La loi est en vigueur depuis 2004. En 2007, la Saskatchewan décida de prendre une route similaire: par sa Loi du travail, de la santé et de la sécurité, elle interdisait l’intimidation.

En juin 2010, la province de l’Ontario adopta des changements à sa Loi sur la santé et la sécurité au travail afin de renforcer les protections contre le harcèlement en milieu de travail. La loi définit le harcèlement en milieu de travail comme suit:

«Fait pour une personne d’adopter une ligne de conduite caractérisée par des remarques ou des gestes vexatoires contre un travailleur dans un lieu de travail lorsqu’elle sait ou devrait raisonnablement savoir que ces remarques ou ces gestes sont importuns.»

Avant qu’il ne soit dissout par le gouvernement provincial, le Conseil consultatif sur la condition de la femme du Nouveau-Brunswick demanda au gouvernement de prendre une orientation similaire.
D’autres organisations représentant les travailleurs et travailleuses du Nouveau-Brunswick l’incitent à faire de même.

L’intimidation en milieu de travail est une question de santé et de sécurité. Cependant, les employeurs n’ont pas à attendre que la législation provinciale entre en vigueur. Quelques employeurs ont déjà agi ainsi. Ces milieux de travail reconnaissent que l’intimidation signifie une perte de productivité.

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