La vie à vélo

J’étais presque jaloux d’eux. Non! Je peux dire que j’étais carrément jaloux d’eux: ils ont choisi de prendre une pause de quelques mois dans leur parcours d’études en médecine pour traverser le pays d’un océan à l’autre à vélo. Ils sont partis d’Ingonish, sur l’île du Cap Breton, et prévoient être à Victoria en octobre prochain.

Lundi dernier, ils ont quitté Caraquet pour pédaler l’une des plus belles routes de la province: le long des caps entre Grande-Anse et Janeville. À la fin de la journée, ivres de vent et de soleil, ils ont sonné à la porte en demandant s’ils pouvaient être hébergés ici pour une nuit. Et quelle belle soirée nous avons eue ensemble!

Ils n’étaient pas tous des étrangers pour moi: l’un d’eux est un ami de longue date. Et il m’a fait connaître ses amis qui sont aussi devenus les miens.

J’ai cherché à connaître leurs motivations pour un tel périple alors qu’il y a tant à accomplir à cet âge. Que des jeunes retraités décident de partir pour une telle aventure après de nombreuses années de travail, je peux comprendre. Mais qu’est-ce qui attire des jeunes dans un projet canalisant toutes leurs énergies pendant des mois alors qu’ils auraient tant d’autres choses à faire?

Composantes du défi

Traverser le pays d’un océan à l’autre représente certes un défi physique. Un tel exercice permet de bien comprendre son corps et de le sentir pleinement en vie. Mais je pense qu’à 25 ans, une personne en forme avec un minimum d’entraînement peut relever ce défi sans trop de difficultés. Il doit y avoir plus que le défi physique.

Ils m’ont dit qu’ils voulaient sortir de la routine et vivre sans horaires entre leur vie d’étudiants et celle de professionnels. Ils veulent aussi faire la promotion du bien-être qui passe par la bonne forme et le retour à la nature. Tout cela honore leurs efforts.

L’aventure est aussi l’occasion d’apprendre à s’adapter. On ne devient pas cyclotouriste en un jour. Une période d’adaptation est nécessaire pour le corps et l’esprit afin de pouvoir pédaler plusieurs heures par jour et vivre la proximité avec d’autres quotidiennement. Il y a aussi l’adaptation à diverses conditions météorologiques et routières.

À tout cela, s’ajoutent les conditions de vie qui changent considérablement pour des étudiants, habitués de nos jours à tant de ressources technologiques. Toutes ces adaptations permettent d’élargir sa propre zone de confort et de s’outiller pour faire face aux adversités inévitables de toute vie professionnelle et personnelle.

Spiritualité du cyclotourisme
Je pense qu’il est impossible de relever tel défi sans être transformé… de l’intérieur. D’ailleurs, certains sportifs décrivent l’état d’euphorie créé par la sécrétion d’endorphine durant l’effort physique comme un moment de grâce ou de puissance comparable à une expérience spirituelle. Mais sans être mystique, le vélo est une école de spiritualité.

Enfourcher son vélo chaque matin, pendant des mois, sans savoir où reposer sa tête chaque soir, c’est vivre dans un climat de précarité et de risques constants. C’est définitivement un pèlerinage de confiance. Et qui dit pèlerinage dit forcément destination. Mais ce qui fait la valeur d’un pèlerinage, ce n’est pas uniquement le fait d’arriver au lieu sacré (l’océan Pacifique pour eux!), mais c’est aussi tout ce qui permet d’atteindre le terme: les efforts quotidiens qui révèlent le meilleur de soi.

En faisant du vélo, tous les sens sont en éveil: l’odorat, l’ouïe et la vue sont dans une fête sans fin. Chaque tournant, chaque montée, chaque kilomètre permettent d’apprécier un paysage différent qui évoque le renouvellement constant de la vie. Il m’arrive de penser que des gens qui choisissent de passer des journées entières en pleine nature, à s’enivrer de paysages exaltants, sont des contemplatifs qui s’ignorent.

Moi-même, j’aime faire du vélo parce qu’il m’apprend à vivre d’une manière équilibrée. La seule façon de rester en équilibre sur un vélo, c’est de rouler et d’être en mouvement. Ainsi en est-il de la vie: ce n’est que dans un mouvement, dans un élan, qu’on peut rester en équilibre.

«La condition qui nous est donnée c’est une insécurité universelle, vertigineuse» (M. Delbrel). On reste debout lorsqu’on roule et file à vive allure!

Mardi matin, les randonneurs sont repartis. Pour pédaler une autre des plus belles routes de la province: longeant la baie des Chaleurs de Beresford à Campbellton, ils ont traversé les villages acadiens et anglais de la côte en admirant les montagnes de la Gaspésie. À eux et aux autres qui se préparent à partir en vélo: bonne fête des sens!

Quelques activités
de la semaine:

Trouvé que l’évangile de ce dimanche est destiné aux randonneurs. Jésus invite ses amis à voyager léger, à ne rien emporter pour la route et à accepter l’hospitalité (Mc 6, 8-12).

Fait la connaissance de Damian et Martina, deux jeunes de la Suisse alémanique que nos randonneurs ont croisés. Le vélo est propice pour faire de belles rencontres et développer des amitiés montrant que la vie est une randonnée qu’on ne fait pas seul.

Appris que le Tour de l’espoir aura lieu cette année encore. En plus d’amasser des fonds pour la campagne de l’Arbre de l’espoir, cette tournée provinciale en vélo veut faire la promotion du bien-être et de la philosophie d’un esprit sain dans un corps sain.

Monté sur mon vélo pour une première balade dans la région Chaleur. La province regorge de routes pittoresques pour tenir nos sens éveillés et nous permettre ainsi de communier à la beauté du monde. Quelle beauté pour ceux qui ont les yeux ouverts!

Surpris de lire que le vélo est un produit de beauté. Je pensais qu’il s’agissait de la couleur, des formes et de la technologie du vélo. Mais en fait, on le présente ainsi parce qu’en stimulant le métabolisme de base et en améliorant la tonicité musculaire, il est un brûleur de calories efficace faisant du vélo un produit de beauté accessible à tous.