Multitasking olympique

Selon un ami, le spectacle de l’ouverture des Jeux olympiques de Londres était à ce point grandiose et poignant qu’il devrait être diffusé partout sur la planète, afin de sensibiliser l’humanité à la confraternité inhérente qui l’habite et qui devrait être une réalité universelle, alors que ce n’est pas tout à fait le cas, c’est le moins qu’on puisse dire.

Quoi qu’il en soit, ce n’est certainement pas pour la prestation de la reine qu’on devrait procéder à cette diffusion tous azimuts, car à voir sa moue régalienne, ce soir-là, on aurait pu jurer que Sa Majesté faisait la baboune.

En effet, tandis que les athlètes faisaient leur entrée dans le stade, les caméras nous l’ont même montrée en train d’examiner sa manucure. Voulait-elle priver de son royal regard une équipe nationale composée de deux athlètes issus de quelque ancienne colonie émancipée du temps où l’empire ne se couchait jamais avant le soleil, ou quelque chose du genre?

Boudait-elle parce qu’on avait interdit l’accès au stade à ses corgis? On sait qu’elle craque pour ses ti-chiens. Elle possèderait cinq corgis, onze dorgis (un croisement), des labradors et des épagneuls. En plus de ses dizaines de chevaux de course, de sa flopée de pigeons voyageurs, de plus de quatre-vingts cygnes sur la Tamise, et même de tous les esturgeons, les dauphins et les baleines habitant les eaux territoriales du Royaume-Uni! Sans oublier ses vers à soie.

En fait, j’y pense, plutôt que de bouder, peut-être se faisait-elle du souci pour savoir qui ferait le train ce soir-là, vu que le reste de la famille royale était juché avec elle dans les gradins?

Remarquez que c’est peut-être tout simplement son saut en parachute avec l’agent 007 au début des cérémonies qui l’a décontenancée. Quelle idée aussi d’arriver là en parachute! Surtout qu’on voyait le frison de ses bobettes!!!

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Bien sûr, on a eu droit à une récapitulation syncopée de l’histoire du Royaume-Uni. Y compris les vallons verdoyants, la révolution industrielle et les infirmières de la Première Guerre mondiale. Pis une chorale d’enfants qui ont essayé de chanter le God Save the Queen.

Bref, tout ce tralala pour finir par hisser bien haut dans le stade olympique cinq anneaux incandescents qui semblaient avoir été coulés drette là, sous nos yeux. OK, c’était impressionnant. Mais on était loin des prouesses de la Chine, il y a quatre ans.

Ensuite, que des steppettes, avec un hommage étendu – que dis-je: in-ter-mi-na-ble! – à la musique pop britannique. Mais c’était du déjà-vu. Pour ne pas dire du déjà entendu: j’ai eu exactement les mêmes tounes à mon soixantième anniversaire! Yé.

C’est bien beau Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band, mais où étaient les personnages illustres? Où était Robin Hood? Où était Braveheart? Où étaient Henri VIII et sa demi-douzaine de femmes décapitées? Où était Twiggy for God’s sake?

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Cela dit, arrivons à l’essentiel des Jeux olympiques: les costumes des athlètes.

HABILLEZ-LES QUE’QU’UN!

Même les Américains, qui ont pourtant le moyen de s’acheter du linge, portaient les anciens blazers de leurs parents! Pis avec des… bérets! Ouiiiii! Des bérets… à la française! Ils se pensaient en France!
Quand on vous dit aussi que les Américains ne sont pas forts en géographie et en culture générale!

Bon, c’est vrai que pour les États-Unis, tous les pays et toutes les frontières de tous les pays ne représentent que les cases d’un échiquier sur lequel ils jouent une partie d’échecs sans fin, ne ménageant aucun coup de cochon à l’adversaire du jour. 

Et sans reine, de surcroît, puisqu’elle est à Londres!

Et depuis dix ans, ils ne peuvent malheureusement plus compter sur leurs deux tours, disparues dans des circonstances absolument inouïes. Ils ne peuvent même plus roquer maintenant.

Ils misent donc beaucoup sur leurs pions, et ce n’est pas ça qui manque dans son entourage quand on est la première puissance du monde et que l’échiquier nous appartient. Du moins, pour quelque temps encore, car ça sent l’échec et mat à l’horizon.

L’autre particularité costumière qui peut interpeller tout amateur de jeux, qu’ils soient olympiques ou autres, c’est la différence de conception de costumes entre les filles et les gars qui jouent au volleyball de plage.
Premièrement, il n’y a pas de plage à Londres. Strike one!

Les filles portent ce qu’on pourrait appeler des mini strings, paraît que c’est aérodynamique et que ça leur permet de sauter plus haut pour faire une salade. Foul ball!

Les gars, par contre, sont empêtrés dans de grandes tchulottes qui flottent à tout vent, comme des focs de catamaran. Ils seraient aussi bien de faire la course Vendée Globe. Strike two!

C’est vrai qu’ils n’ont pas besoin d’être très aérodynamiques et de sauter bien haut, car c’est plutôt rare de voir un homme faire une salade. Leurs femmes s’en plaignent souvent d’ailleurs. Strike out!

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Bon, maintenant que les choses sérieuses sont derrière nous, permettons-nous un peu de légèreté.

Plus de deux cents pays sont représentés aux Jeux cette année. Même des pays en guerre!

C’est d’autant plus fascinant que cela contredit l’esprit olympique. Mais il y a des lustres que personne ne rouspète plus devant ce manque de respect.

Le dernier qui a rouspété, et pas à peu près, c’était saint Ambroise, élu évêque de Milan malgré lui et qui, en 394, convainquit le roi Théodose 1er d’interdire les Jeux olympiques, trop païens à son goût.

Encore un évêque qui nous interdit d’avoir du fun! Zut!

Théodose, plus catholique que le pape, c’est le cas de le dire, en profita pour faire exterminer tous les païens du coin. Il condamnait déjà à mort tous les homosexuels, anyway. (Mais ils se reproduisirent quand même!

Ce qui semble être pour l’Église l’un des plus grands mystères qui soit.)
Pendant les Jeux olympiques de l’antiquité, les pays belligérants observaient une trêve pour permettre à leurs athlètes de concourir. Ah! le bon vieux temps!

Aujourd’hui, plus besoin de trêve: le multitasking (le mode multitâche) permet aux uns de tuer du vrai monde pendant que d’autres font des salades sur des plages virtuelles!

On viendra dire après ça qu’on n’est pas évolué! Han, Madame?