La sexualité de nos aïeux: tabous, mythes, préjugés

La société vit-elle dans les boules à mites concernant la sexualité de ses aïeux? Au final, fait-elle de ce troisième âge une population asexuée? Quels sont les tabous, mythes et préjugés?

Les mythes sont des croyances que nous entretenons à l’égard de quelque chose, sans pour autant avoir de preuves tangibles de leur existence. Des croyances acceptées par la majorité donnant l’impression d’être vraies. Si tout le monde le dit, le pense, ce doit être vrai. Les préjugés vont un peu en ce sens, quand il s’agit de porter un jugement sans avoir toutes les informations qui pourraient objectiver le point de vue. Êtes-vous certain du jugement que vous portez à l’égard de l’autre?

Ou à l’égard de la génération âgée?

Des tabous persistent
Les gens qui aujourd’hui forment la société du troisième âge n’ont pas eu, pour la plupart, une éducation à la sexualité dans leur famille et encore moins à l’école. Parler de sexualité avec des gens âgés demeure, en général, un sujet délicat. On ne parlait pas de sexualité parce qu’elle était réservée à l’intimité et la religion ne le permettait pas non plus. La sexualité s’apprenait avec les amis et les premiers amours. Le sexe demeure quelque chose de tabou pour cette génération. Une sexualité voilée donnait l’impression aux enfants que les parents n’avaient pas de sexualité et encore moins les grands-parents. Alors, bien difficile pour les générations suivantes de conceptualiser la possibilité d’étreintes sexuelles.

Les mythes les plus connus

1. La sexualité est l’apanage de la jeunesse. – C’est faux, car les gens âgés qui ont connu une sexualité active demeureront actifs sexuellement.

2. Beauté égale jeunesse. – Faux. Chaque âge a sa beauté surtout si vous choisissez des partenaires de votre âge, le regard évolue. La difficulté est parfois due au décalage des âges. Un corps de 10 voire 20 ans de moins que le partenaire peut porter atteinte à l’image de l’autre, qui se voit plus vieux ou plus vieille qu’elle ne l’est en réalité.

3. Une personne âgée n’est pas désirable. – C’est faux, elle n’est peut-être pas désirable pour la personne de 10 ans de moins, mais pour la personne de son âge, oui. 

4. La sexualité ce n’est plus de leur âge, c’est immoral, ce sont «de vieux cochons». – C’est faux. Une sexualité morale n’appartiendrait qu’aux jeunes, qu’aux adultes, mais pourquoi donc? On ne devient pas de marbre ou de bois en vieillissant. Il est donc moral, voire normal, de continuer à faire et à aimer la sexualité au troisième âge.

5. La sexualité s’éteint. – Faux. Il y a un déclin, un ralentissement, mais la sexualité demeure toujours vivante. 

6. La tendresse pour les vieux, la génitalité pour les jeunes. – Faux. Comme s’il suffisait à des gens âgés de se prendre la main, de se regarder tendrement, de s’offrir des étreintes pour être satisfaits sexuellement. La génitalité est aussi pour les gens âgés. Les hommes et les femmes éprouvent encore des orgasmes à un âge avancé.

7. La ménopause égale la perte de désir. Faux. Ce n’est pas la ménopause qui occasionne la perte de désir, mais bien d’autres facteurs psychologiques et environnementaux. Chez les femmes, les troubles les plus fréquents associés à la ménopause sont une baisse d’hormones oestrogènes qui conduit à l’atrophie des organes reproducteurs. Le vagin perd de son élasticité et les muqueuses vaginales ont tendance à s’assécher, d’où l’importance d’utiliser des lubrifiants (pas de vaseline) pour faciliter les rapports sexuels. 

8. L’impuissance c’est normal quand on est âgé. Faux. Bien que 60 % des hommes éprouvent certaines difficultés à obtenir des érections après 60 ans, ces difficultés sont parfois reliées à la santé, aux facteurs psychologiques, environnementaux et moins au vieillissement. Dans bien des cas, le Viagra peut donner un coup de pouce, alors pourquoi s’en priver?

9. L’amour-passion n’existe pas chez les gens âgés. – Faux. Des enfantillages, disait un fils à sa mère de 75 ans complètement étourdie par l’amour. L’amour-passion existe, il est aussi secouant, enivrant, troublant que chez les jeunes. Le besoin d’aimer et d’être aimé demeure une émotion omniprésente chez l’être humain, ce besoin ne s’éteint jamais. «L’impétuosité de l’ardeur évoquait les émois juvéniles, l’incapacité de les révéler me rappelait sans cesse que je n’avais plus l’âge d’être aimée, encore moins par quelqu’un qui avait la vie devant lui.»(1)

Les tabous, mythes et préjugés discréditent la réalité sexuelle des gens âgés. Ils ont même tendance à devenir des réalités pour beaucoup d’entre eux, qui suivent et adoptent les comportements attendus de la société. Ces mythes et préjugés viennent brimer les possibilités de vivre une sexualité épanouissante. Le dédain à regarder les gens âgés vivre une sexualité et l’inconfort cache une appréhension d’une société qui a de plus en plus peur de vieillir.

Bonne nouvelle

La fonction sexuelle est la dernière à vieillir. Les récepteurs aux sensations de plaisir restent fonctionnels, même parfois hautement satisfaisants, contrairement à une jeunesse trop empressée et axée sur la performance. En vieillissant, on prend le temps de faire les choses. Les besoins d’intimité, d’excitation, d’avoir du plaisir, d’obtenir des satisfactions sexuelles, demeurent présents chez l’être humain durant toute sa vie.

Que pensez-vous de la sexualité de nos aïeux?
• Normal
• Difficile à conceptualiser
• Choquant, surtout chez les vieillards
• Indécent
• N’est plus de leur âge
• Indifférent

Désirer et se sentir désirable au troisième âge, est-ce possible?
Si vous avez des suggestions, des commentaires ou des questions, je me réjouis d’y donner suite. Pour une consultation, me contacter au 260-1907 ou par courriel.

* 1 – Haentjens, Brigitte, Une femme comblée, Éditions Prise de parole, 2012, p. 74