Les 100 ans de l’autre monument

Samedi dernier, je vous ai parlé des 100 ans de notre monument national à Rogersville. En cette fin de semaine, c’est un autre monument phare dans l’histoire du peuple acadien qui est mis en valeur: l’Académie Sainte-Famille. C’est fête à Tracadie-Sheila pour les anciens et anciennes de cette institution et pour la population de la région.

En mettant en valeur ce monument, c’est l’œuvre des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph qui est célébrée. On associe souvent leur présence à Tracadie-Sheila aux soins qu’elles ont apportés aux lépreux et aux malades depuis 1868. Dans ce domaine, elles ont fait œuvre de pionnières dans l’établissement d’un service de soins de santé marqué par la compassion et l’accueil inconditionnel de l’autre.

Dans le domaine de l’éducation
Ce qui est souvent moins connu, c’est le travail de ces religieuses dans le monde de l’éducation. Le centenaire de l’Académie me permet de découvrir une autre facette de l’engagement fécond des hospitalières dans ma région d’origine.

Au même moment qu’elles se donnaient corps et âme aux soins des malades, elles ont eu le souci de la formation des jeunes. Ainsi, dès 1873, elles ouvrent l’externat Saint-Joseph qui accueille une cinquantaine d’élèves; l’externat fermera ses portes en 1885. En 1889, c’est un orphelinat qui est ouvert au sein de l’Hôtel-Dieu. Tout cela préparait la voie pour l’Académie Sainte-Famille qui accueille ses premiers élèves en septembre 1812.

Après deux années de planification et de construction sous la direction des sœurs Doucet et Sormany, de l’architecte Nazaire Dugas et du directeur des travaux Sylvain Arsenault, l’édifice de quatre étages en forme de croix grecque ouvre ses portes. Ils sont plus de 200 enfants (pensionnaires et externes) à les franchir sous le regard attentionné de sœur Sormany, connue sous le nom de Mère La Dauversière.

L’habileté et le dévouement de cette femme d’exception et de ses consoeurs ont été mis en valeur dans la dernière version de Tracadie Story. Ce spectacle musical nous a aussi permis d’imaginer la vie des pensionnaires et des étudiants de l’Académie jusqu’en 1967, année pendant laquelle l’enseignement privé fait place à une école élémentaire et secondaire gérée par le ministère de l’Éducation.

En 1976, l’Académie met fin à sa carrière enseignante. Depuis, plusieurs organismes y ont établi leurs bureaux. Ainsi, l’édifice abrite aussi le Musée historique de Tracadie, qui demeure un incontournable pour connaître l’œuvre des hospitalières dans l’histoire de la région. Depuis quelques années, le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick loue des espaces pour offrir des cours, ce qui permet à l’édifice de renouer avec sa vocation première.

Legs des hospitalières
Lorsqu’elles ont quitté l’Académie, en 1978, les hospitalières qui y oeuvraient se sont installées sur la rue de l’Anse, à Tracadie. En 2000, elles sont allées rejoindre les sœurs de l’Hôtel-Dieu. Aujourd’hui, les hospitalières présentes à Tracadie forment une seule communauté: la communauté Saint-Joseph. Elles habitent une partie de l’édifice voisin de l’hôtel de ville, qui abrite aussi l’Accueil Sainte-Famille, un dernier legs des religieuses à la région de Tracadie-Sheila et à toute la Péninsule acadienne.

Quand on pense aux édifices qu’elles ont bâtis et administrés (de l’Académie à l’Hôtel-Dieu), on reconnaît aisément que ces femmes ont forgé la physionomie et la personnalité de Tracadie. À leur manière, avec leur charisme et surtout leur ardeur au travail, elles ont participé activement au développement socio-économique de la région. Par elles, l’Église était présente dans tous les domaines de la société.

Aujourd’hui, le lieu modeste qu’elles habitent est à l’image de ce qu’elles sont dans la région: elles ne dominent plus dans le paysage. Humblement, elles occupent la place de témoins de notre histoire et de veilleuses sur le patrimoine immatériel et bâti. Si leur engagement est humble, il peut aussi être assumé avec beaucoup de fierté. Elles sont les héritières d’une histoire de dévouement et de sollicitude dont l’Académie Sainte-Famille est l’illustre témoin.