Bouton d’or: des contes amérindiens aux romans pour adolescents

D’une année à l’autre, Bouton d’or développe de nouvelles collections, parfois thématiques, parfois en fonction des groupes d’âge, variant formes et fonds. Marguerite Maillet veut couvrir les différents champs d’intérêts des enfants et des adolescents tout en continuant de mettre de l’avant l’Acadie, sans pour autant s’y limiter.

En 2002, elle crée la collection Léa et Laurent, des albums pour les 6 ans et plus, mais qui sont aussi d’agréables albums à lire aux tout-petits. Écrits par Denise Paquette, ils racontent les aventures des deux enfants. Le texte est simple, précis et amusant. Les illustrations de Denise Bourgeois reprennent la fantaisie du texte et sont d’un réalisme stylisé aux couleurs vives. Léa et Laurent doivent avoir environ 6 ans et sont d’une belle curiosité. Les quatre volumes de cette collection sont
fidèles au modèle adopté dans le premier, La terre à aimer (2002): un thème fondé sur la nature – campagne, mer (Une journée à la mer, 2002), rivière (Bonjour la rivière, 2006) et bois (Quatre saisons dans les bois, 2006) -, deux enfants, un chien qui apparaît à partir du deuxième album, la famille. Simplicité et mise en relief de la joie de vivre.

Toujours en 2002, Maillet lance la collection wabanaki, du nom que se donnaient les Algonquins de l’est de l’Amérique du Nord. Elle y publie des contes amérindiens qu’elle présente en trois langues: français, anglais et langue amérindienne de la Première Nation qui a créé ces contes.

Les cinq titres de la collection sont intéressants, mais pour les besoins et les limites de cette chronique, je retiens Comment la rivière Petitcodiac devint boueuse (2005), une adaptation de Marguerite Maillet traduite par Allison Mitchum (anglais) et Serena M. Sock (mi’kmaq) et illustrée par le peintre Raymond Martin, dont le style est caractérisé par l’utilisation de larges traits qui délimitent les formes et un dessin d’inspiration naïve. La légende est belle, les tableaux (car ce sont plus que des illustrations) bien liés au récit.

En créant la collection météore, Maillet veut rejoindre les adolescents. La collection prend lentement son envol avec deux titres qui paraissent entre 1998 et 2002.

Le roman de Denise Paquette, Gribouillis barbares, inaugure en 1998 la collection. L’action se déroule à Grande-Digue et met en scène deux garçons, Simon (le narrateur) et Benoît. Ils vivront une série de mésaventures qui maintiennent l’intérêt du lecteur. La lecture est aisée, le rythme vif, les illustrations vivantes et pertinentes.

Paquette publie en 2003 un deuxième roman, Annie a deux mamans, qui est un des meilleurs romans acadiens publiés pour la jeunesse (et un excellent roman tout court). Il raconte l’histoire d’Annie qui lentement découvre que la mère de son amie vit une relation amoureuse avec une autre femme. Paquette a su trouver une grande justesse de ton dans la façon dont Annie (la narratrice) finit par comprendre qu’effectivement Annie a deux mamans comme elle a une maman et un papa. Ce roman a mérité le prix Hackmatack (2004) et a été sélectionné par Communication-Jeunesse.
Deuxième roman de cette collection, Placide, l’homme mystérieux à New York de Paul, pseudonyme de Gilbert Buote, avait été publié en feuilleton en 1904. L’historienne de la littérature acadienne qu’est Maillet ne pouvait ignorer ce premier roman policier acadien qui demeure très amusant à lire.

Parmi les autres titres, je retiens les deux romans de Françoise Enguehard, Le trésor d’Elvis Bozec (2002), qui raconte l’histoire d’Elvis, 11 ans, qui se passionne pour les histoires vraies que lui raconte son papy Bozec et dont l’action se passe dans la péninsule de Port-au-Port (Terre-Neuve), prix Hachmatack 2003, et Le pilote du Roy (2007), un roman historique qui se déroule à Saint-Pierre (l’île natale d’Enguehard) en 1822 dont l’intrigue est passionnante, d’autant plus que l’auteure a su rendre de manière vivante la façon de vivre des habitants.

Les trois romans de Diane Carmel Léger, liés thématiquement par la Butte à Pétard, sont intéressants tant pour leurs intrigues que pour la façon dont elle évoque «sa» vallée de Memramcook: La Butte à Pétard, d’abord publié par les Éditions d’Acadie en 1989, a remporté le prix Hackmatack à la suite de sa réédition par Bouton d’or en 2003. Si l’action du premier roman se déroule en 1755, les deux autres, Retour à la butte à Pétard (2008) et Échos de la butte à Pétard (2011), se passent aujourd’hui et racontent l’histoire de Sara, une jeune Américaine âgée de 12 ans qui cherche sa famille biologique, ce qui la conduira en Acadie. Ces deux romans entremêlent réalisme et fantastique.

Enfin, Lola et le fleuve (2009) d’Édith Bourget met en scène une famille française qui passe une année à Edmundston. De retour à Paris, Lola, une adolescente, écrit un journal intime qui raconte l’année qui s’est écoulée. Le ton est légèrement distancié: aux anecdotes s’intègrent des réflexions nées du regard qu’elle porte alors qu’elle écrit sur son vécu. Cet aspect donne une profondeur intéressante au personnage. De plus, cette technique d’écriture permet à Lola de ne retenir que ce qui est porteur de sens puisqu’elle sait maintenant ce que ce séjour lui a apporté. Un beau petit roman, sympathique et attachant qui s’adresse aux 10-13 ans.

En 2004, Maillet lance la collection lune montante, qui veut rejoindre des enfants un peu plus jeunes que «météorite» et développe ce qui devient «hors collection», ce qui sera le sujet de la prochaine chronique.