De beaux printemps à venir?

Je ne sais pas si vous l’avez noté, perspicaces lecteurs zé lectrices, mais le titre générique de ma chronique est revenu! De tout et de rien.

Et j’en suis ravi. Je me sentais nu sans ce petit titre qui chapeautait mes chroniques. 
 

Bon, avant que je vous donne des idées de fantasmes à m’imaginer tout nu, comme le prince Harry, ou, pire!, que je vous gâche votre journée par la terreur que cela pourrait vous inspirer, je m’empresse d’ajouter que je suis présentement habillé.
Habillé en colon, soit, pis ça fait coti, mais on s’en fiche, parce qu’on parle de tout et de rien, là, bon.

Cela dit, c’est la rentrée. Toutes sortes de rentrées. Scolaire, universitaire, parlementaire. Parlons-en.

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LA RENTRÉE UNIVERSITAIRE
J’ai lu l’entrevue que le nouveau recteur de l’Université de Moncton, Raymond Théberge, a accordée au journal, récemment.
 

Déprimant!
 

D’emblée, il nous prévient qu’il faut être réaliste. Quand on commence en disant ça, c’est qu’on a de mauvaises nouvelles à transmettre.
Effectivement, le recteur affirme du même souffle que l’Université a peu de pouvoir sur la question des droits de scolarité et, comme si cela ne suffisait pas, il ajoute qu’il n’y aura plus de hausse d’inscriptions. L’Université serait rendue au top du top.
 

Pas de pouvoir et pas d’augmentation d’étudiants! Ça commence bien un quinquennat!
 

C’est peut-être réaliste, mais ce n’est pas très inspirant.

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J’ai été vraiment étonné que pour sa première grande sortie dans les médias, le recteur Théberge ne paraisse pas plus peppé sur le devenir et l’avenir de l’Université de Moncton, et qu’il donne l’impression d’avoir baissé les bras à peine trois mois après le début d’un mandat de cinq ans!
 

Surtout que, lors de sa nomination en avril dernier, il s’était déclaré «enthousiaste de pouvoir se pencher sur les questions qui font vibrer les divers intervenants de l’institution».
 

Diantre! J’espère que ce ne sont pas ces mauvaises nouvelles qui l’enthousiasment et qui font «vibrer» nos vaillants zintervenants zuniverstaires!
 

Certes, M. Théberge a également fait état de projets qu’il nourrit en ce qui a trait au renforcement des études acadiennes. Et aussi au développement dans le domaine de la santé, «une mine d’or», selon lui.
Bien sûr qu’on se réjouit de ces initiatives, mais pourra-t-on assurer l’avenir de l’Université si l’on s’en tient à des concentrations sectorielles qui ont plus à voir avec la conjoncture qu’avec un véritable avenir multidisciplinaire à créer?

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Pour cette première apparition sur la place publique, il aurait été de mise, me semble-t-il, que le nouveau recteur réaffirme avec «enthousiasme» le rôle essentiel de l’Université dans le développement de l’Acadie et qu’il salue l’impressionnant réservoir de talents des intervenants universitaires, en faisant appel à leurs compétences, justement, pour dresser un plan d’action face aux défis de l’Université, plutôt que d’adopter une attitude apparemment défaitiste qui ne peut que démobiliser les gens, lors même qu’il faut, au contraire, mobiliser toute la communauté pour faire face à ces défis.
 

Il aurait été plus stimulant que le nouveau recteur affiche une foi inébranlable dans les capacités collectives de l’Acadie, dans la nécessaire synergie de ses forces vives. Qu’il affirme haut et fort un idéal, même si cet idéal devait, de temps à autre, être bousculé par la réalité. Bousculé, mais non renversé.
 

Cela dit, ces propos sans fioritures viennent confirmer, si besoin en est, que l’Université de Moncton vit une autre crise de croissance, à la différence que cette fois on nous prévient que la croissance est finie!
Ça devient mêlant! Un jour on apprend que l’Université «rayonne» en Afrique, et le lendemain on apprend qu’elle est au bout du rouleau en Acadie.
 

Peut-être y aurait-il lieu d’envisager la tenue d’États généraux sur l’éducation postsecondaire en Acadie, afin que les Acadiens puissent, par ce brassage d’idées, avoir un portrait clair de la situation, qu’ils puissent bien identifier les problèmes de l’Université et, surtout, qu’ils puissent ensemble trouver les solutions nécessaires appropriées, des solutions marquées sous le sceau de la créativité?

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LA RENTRÉE PARLEMENTAIRE
C’est aussi la rentrée parlementaire à Ottawa. Juste à penser que Stephen Harper revient en Chambre, je trouve ça épeurant.
Son gouvernement autoritaire et buté entraîne présentement le Canada dans une spirale de décisions politiques qui vont à contre-courant de toutes les valeurs de démocratie, de justice sociale, d’ouverture sur le monde et de diplomatie dont le Canada était devenu un symbole.
Et comme si cela n’était pas suffisant, le gouvernement Harper a sorti le bulldozer pour écraser toute velléité d’opposition. La manière indécente avec laquelle il a profité de sa majorité (et de la faiblesse des partis d’opposition) pour imposer son programme, y compris cette fameuse loi omnibus à ce point surchargée qu’elle défie le sens commun, et dont on n’a pas fini de découvrir les conséquences négatives, est non seulement un détournement pervers de notre système parlementaire, mais également une insulte à l’intelligence des Canadiens.

Et on annonce qu’il a déjà concocté un autre projet de loi mammouth pour nous faire avaler d’autres couleuvres. C’est un abus de pouvoir. Il n’y a pas d’autre façon de décrire ce comportement. Un abus de pouvoir qui finira par enlever à ce gouvernement toute légitimité, s’il continue à ignorer l’opinion de la majorité des citoyens canadiens et à outrepasser le bien commun.

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LA RENTRÉE DES POTS DE FLEURS
C’est aussi la rentrée des pots de fleurs mortes d’une overdose d’été sur la terrasse. À leur place s’installera le vide angoissant des premiers jours de l’automne, quand on sent que la nature nous abandonne, qu’elle meurt devant nous et que nous n’y pouvons rien, et que notre seule consolation demeure l’espérance d’un éventuel printemps qu’on souhaite tout vert, tout vert.

Un beau printemps universitaire aussi. Et un beau printemps parlementaire.

Mais c’est peut-être trop demander, han, Madame?