Le féminisme et vous!

Pensez-vous que les femmes et les hommes ont le droit de participer pleinement à la société?

Si vous avez répondu «oui», je vous félicite… vous êtes un ou une féministe.

Je sais, je sais, bien des gens ne se reconnaissent pas dans ce mot, même s’ils sont d’accord avec la philosophie qui l’inspire.

Essentiellement, le mot «féminisme» illustre la notion selon laquelle les femmes peuvent exploiter leur plein potentiel sans que leur sexe les en empêche.

En me préparant pour cette chronique, j’ai découvert que l’expression «les féministes» est d’abord apparue en France et aux Pays-Bas en 1872.

Elle sert à décrire le mouvement féminin depuis 1882.

Il n’existe pas de version universelle du féminisme. Comme c’est le cas dans tous les autres mouvements, les personnes impliquées dans le mouvement des femmes débattent de différentes idées et ont des divergences d’opinions. En réalité, le concept du féminisme se présente sous plusieurs formes, les diverses parties prenantes ne s’entendent pas nécessairement sur les enjeux ou sur les meilleures voies à suivre. Les femmes participent activement à l’avancement de leurs droits dans de nombreux secteurs, par exemple, sur la scène politique et en politique publique, dans les milieux juridiques, à titre d’employées, ainsi que dans les milieux sociaux, économiques et culturels.

Un élément que l’on retrouve dans l’ensemble du mouvement féminin est la prise de conscience que l’expérience de vie des femmes diffère de celle des hommes. Il est plus juste de parler de plusieurs types de féminisme plutôt que d’un seul.

Le concept du féminisme fait l’objet de discussions dernièrement.

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick (RFNB) a récemment lancé une série de présentations intitulées «Féministe 101». La première a eu lieu à Moncton la semaine dernière, une autre est prévue la semaine prochaine à Shippagan, puis une troisième aura lieu à Edmundston à la mi-octobre. L’activité à Moncton a attiré beaucoup de monde. Cinquante jeunes femmes y ont assisté pour discuter la façon dont elles peuvent «clarifier, démystifier et se réapproprier le mot féminisme».

Les participantes discuteront et réfuteront certains mythes entourant le féminisme, par exemple les mythes voulant que toutes les féministes soient lesbiennes, détestent les hommes et veuillent dominer le monde.
Ces mythes expliquent en partie pourquoi bien des gens essaient de se dissocier du mot «féministe».

Comme c’est le cas pour toutes les idées, le féminisme a évolué avec le temps.

Dès qu’une victoire était obtenue (par exemple le droit de vote) grâce au travail acharné de nos aïeules, on entamait une autre lutte. Certaines luttent ne sont pas encore terminées, car elles mettent en doute des stéréotypes tenaces. 

L’idée de la pleine participation des femmes dans le monde du travail me vient à l’esprit. Est-ce possible pour les femmes d’être le principal soutien de famille d’un ménage? Nous savons tous que la réponse est oui et que bien des femmes jouent déjà ce rôle. N’empêche que cette situation familiale va à l’encontre de la notion de masculinité et de féminité de bien des gens.

Certains gains ont été obtenus au fil des ans pour appuyer les femmes sur le marché du travail. Il n’y a plus deux salaires minimums, soit un pour les femmes et un pour les hommes. Les femmes ne perdent plus leur emploi lorsqu’elles se marient ou tombent enceintes. Certaines femmes sont admissibles à des prestations de maternité et à des congés parentaux après la naissance de leur enfant. La plupart des employées, mais pas toutes, reçoivent le même salaire que leurs collègues masculins pour le même travail effectué. Il s’agit de victoires importantes. 

Cependant, il reste du travail à faire dans quelques secteurs en vue de soutenir la participation des femmes sur le marché du travail.

Le travail des femmes a-t-il moins de valeur que celui des hommes? C’est actuellement le cas dans certains domaines. De nombreux emplois traditionnellement féminins sont moins bien payés que ceux traditionnellement masculins, même lorsque la même valeur est attribuée aux deux emplois. Il s’agit du concept d’équité salariale: un salaire égal pour un travail qui est différent, mais de valeur égale. Historiquement, les emplois à prédominance féminine, par exemple celui de secrétaire, sont moins bien rémunérés que les emplois à prédominance masculine, comme le poste de technicien.

La pénurie de services de garde à l’enfance abordables et accessibles constitue un autre obstacle à la pleine participation des femmes à la société. Les résultats des recherches sont disponibles. Nous connaissons les éléments nécessaires à la création d’un système de garderies offrant des programmes de qualité accessibles et à un coût raisonnable pour les familles. Ce genre de programme est déjà en place dans de nombreux pays. Il s’agit simplement de prendre des mesures concrètes maintenant au Canada. Selon moi, les stéréotypes et l’ambivalence bien ancrés dans notre pays au sujet du rôle des femmes dans la cellule familiale et la société expliquent en partie pourquoi un système de garderies national n’existe toujours pas.

Parfois je me demande si le concept du féminisme a fait son chemin. Les femmes sont sur le marché du travail pour y rester, et de plus en plus d’entre elles font des percées dans les coulisses du pouvoir dans le monde des affaires et de la politique.

Puis je m’ouvre les yeux sur la réalité.

Nous vivons à une époque où la plupart des diplômées postsecondaires sont des femmes. Malgré tout, l’écart salarial persiste. D’après le Profil Égalité 2012 publié par le gouvernement du Nouveau-Brunswick, pour chaque dollar gagné par un homme, les femmes touchent 88,3 sous. Pour ce qui est de la participation des femmes au gouvernement, le Canada se classe au 45e rang parmi les 190 pays évalués. À l’Assemblée législative du N.-B., moins de 15 % des députées sont des femmes, et environ 25 % des députées fédérales sont des femmes. La situation n’est guère mieux au sein des grandes entreprises canadiennes. Seulement 14,5 % des membres des conseils d’administration des 500 plus grandes entreprises du pays sont des femmes.

Comme vous le voyez, il reste d’énormes progrès à faire dans ces domaines. 

Je termine la chronique de cette semaine avec quelques citations sur le féminisme: «Le féminisme est la notion radicale que les femmes sont des personnes.» – Cheris Kramarae et Paula Treichler

«Vous n’avez pas à être anti-homme pour être pro-femme.» – Jane Galvin Lewis

Et voici ma préférée (que j’ai lue pour la première fois sur un autocollant de parechoc, en anglais): «Alors vous êtes féministe… n’est-ce pas adorable!»

Absolument!