Des contes pour les jeunes lecteurs

Le conte permet toutes les fantaisies à ses auteurs et tous les possibles à ses personnages. Comme lecteur ou auditeur, il suffit d’en accepter la convention pour se laisser emporter dans un monde aux contours aussi surprenants que le permet l’imaginaire de l’auteur. La collection lune montante de Bouton d’or Acadie, qui s’adresse aux jeunes lecteurs âgés de 8 ans (et plus), s’y consacre.

Ni queue ni tête, du cinéaste et poète Léonard Forest, premier titre publié dans cette collection en 2004, en donne l’esprit. Une histoire amusante d’un chien «si long que pendant que son nez était à Paris, sa queue était à Marseille». Les illustrations en noir et blanc d’Anne-Marie Sirois sont tout à fait dans l’esprit du texte.

Cette collection comprend 14 titres tous intéressants et permet un bel apprentissage de la lecture. La présentation graphique est aérée et les thèmes sont aussi diversifiés qu’il y a d’auteurs. On peut également les lire aux enfants qui en sont à leurs premiers pas dans la lecture, ce qui les familiarise avec l’écriture tout en les enchantant. Puisqu’il faut choisir, voici mes préférés.

Avec La petite fille qui sauva les arbres (2006), Benoit Doyon-Gosselin nous présente un conte écologique dans lequel un vieux saule pleureur raconte à Pleurnichard, son petit-fils, comment les arbres en sont venus à avoir des anneaux de croissance. En arrière-plan, la nécessité de préserver la nature. Le tout est joliment illustré par Véronique Briand.

Les deux contes du Franco-Ontarien Michel Ouellette ont en commun l’utilisation de l’humour et des évocations distanciées de contes traditionnels. Dans Diane et le loup (2008), il a choisi un univers fantaisiste, mais fondé sur la réalité. Les parents de Diane sont divorcés, mais un ensorceleur les a transformés en «une méchante sorcière» et «un monstre terrible». Avec l’aide d’un vieux loup, prisonnier d’un zoo, Diane réussira à vaincre ce méchant sort. Les parents demeureront divorcés, mais au moins l’harmonie sera revenue. Ouellette s’amuse à intégrer dans son récit plusieurs contes traditionnels. Dans le ventre de l’ogre (2011), Arnaud, qui n’a pas le droit d’aller au parc seul, s’échappe en compagnie de son dragon personnel, Portagne des Montagnes. Les deux rencontrent un ogre. Le conte est plus humoristique qu’épeurant, les personnages sympathiques et la fin remettront le tout dans l’ordre.

Les deux livres sont superbement illustrés par Réjean Roy.
Moïka, la petite Amérindienne qui aimait tant les étoiles (2010), de Françoise Citot-Delehanty, raconte l’histoire de «Petite fleur» (c’est le sens de Moïka), qui rêve de «pouvoir tenir une étoile dans le creux de [s]a main et regarder de près comme elle brille». Il se dégage du conte un grand amour pour la nature qui coïncide avec la recherche de la beauté et de l’absolu qui habite Moïka. Un beau conte, écrit avec délicatesse et joliment illustré par Denise Paquette.

Diane Ricard a choisi de traiter de la fragilité de la vie dans Le cœur de la petite fée (2011). Cette petite fée a un cœur fragile qui l’empêche de voler: il lui faut un nouveau cœur. L’intrigue raconte son périple jusqu’à la greffe et, enfin, la joie de voler. Conte animalier, elle reçoit l’aide de différents animaux, chacun l’aidant en fonction de ses habilités. Le problème posé est important et ce livre peut être l’occasion d’aborder avec ses enfants la fragilité de la vie et la notion de la mort. En passant par un conte à la fois merveilleux et animalier, Diane Ricard adoucit le propos sans lui enlever sa pertinence. Délicatement illustré par Denise Paquette, le texte est bien écrit, bien construit et animé par de nombreux dialogues. 

En 1999, Marguerite Maillet fait face à un amusant problème: elle veut publier un livre, mais n’arrive pas à lui trouver, ni même à concevoir une collection. Elle crée alors la collection «hors collection», qui regroupe aujourd’hui 19 ouvrages.

Si la plupart des livres de cette «collection» sont des albums, certains sont des récits ou des contes pour jeunes et moins jeunes, comme Les trois pianos (2003), de Léonard Forest, Blanc-Bec et Anthracite (2010), d’Ivan Vanhecke, le premier illustré par Jocelyne Doiron, le second par Anne-Marie Sirois, ou encore Cendrillon des quatre continents (2011), qui regroupe cinq versions fort différentes de ce conte qu’on retrace jusque dans l’Antiquité dont une version acadienne. 

Tous les albums de cette collection sont intéressants. Je retiens ceux illustrés par Réjean Roy pour souligner la qualité de son travail et sa capacité de créer des illustrations qui viennent appuyer d’une façon imaginative le texte.

Dans De la tourmente au doux vent (2004), Roy a insufflé rythme, vigueur et couleurs au poème, un véritable chant de vie de Marguerite Maillet, qui utilise les éléments naturels comme source de sa métaphore.

Dans les yeux de Nathan (2006), de Pauline Gill, raconte une histoire touchante, bien servie par la délicatesse des illustrations: elles sont douces, aux couleurs fluides, ce que l’aquarelle permet par ce délicat glissement d’une couleur à l’autre et cet aspect de mouillé qui les texture. Le départ de Julie (2009), de Marie-France Comeau, est un beau récit empreint de douceur qui évoque la Déportation. Les illustrations de Roy enrichissent le récit de teintes pastels et de cette finesse si caractéristique de son style. Hautes en couleur, les illustrations de Ti garçon à papa (2011), de Pascal Lejeune, mettent en scène le ti garçon en lui joignant un minimum d’éléments, et transposent parfaitement le climat créé par le texte, une chanson amusante qui raconte l’histoire d’un garçon en trois couplets, chaque couplet représentant un âge de sa vie: enfant, adolescent, jeune homme. Le disque compact de la chanson accompagne l’album.

À partir de 2005, Marguerite Maillet crée des collections particulières pour certains auteurs. Ce sera le sujet de la prochaine chronique.