Injure aux musulmans

Innocence of Muslims (Innocence des musulmans) est une production ridicule, mais tout à fait ignoble. Dans une des premières scènes du film, on voit des musulmans furieux courant dans les rues, mettant des choses en miettes et tuant des gens. Alors, que se passe-t-il lorsqu’un extrait du film doublé en arabe circule sur Internet? Des musulmans en colère courent dans les rues, mettent des choses en miettes et tuent des gens.

C’est aussi simple que cela: il suffit de toucher la bonne corde sensible, et les personnes visées feront exactement ce que vous souhaitez. Des chrétiens extrémistes ont décidé de provoquer les musulmans extrémistes pour les inciter à la violence, ce qui discréditerait l’Islam aux yeux de l’Ouest – et, bien sûr, cela a fonctionné.

Il est possible que les chrétiens extrémistes ne saisissent pas que leur film sert les intérêts de ceux qui souhaitent renverser les gouvernements modérés et démocratiquement élus – islamiques et laïques – qui ont pris le pouvoir lors du «printemps arabe». Ou peut-être qu’ils en sont bien conscients et qu’ils souhaitent que la violence suscitée par le film porte les musulmans extrémistes au pouvoir dans ces pays. Après tout, il est plus facile de mobiliser l’opinion des pays occidentaux contre des fanatiques purs et simples.

Les personnes raisonnables tentent de maîtriser la situation.

Le grand mufti d’Arabie saoudite, le cheikh Abdoul-Aziz al Cheikh, la plus haute autorité religieuse du pays a affirmé que les musulmans se doivent de dénoncer le film, mais en faisant preuve de retenue: «Les musulmans ne doivent pas se laisser entraîner par la fureur et la colère et transformer les manifestations légitimes en agissements interdits, (car) en agissant ainsi, ils réaliseront, à leur insu, certains objectifs du film».
Exactement. Sauf que les chefs des gouvernements postrévolutionnaires du monde arabe marchent sur une corde raide.

Ils doivent à la fois dénoncer le film et les manifestations violentes contre celui-ci, car ils sont en concurrence avec les extrémistes musulmans pour obtenir l’appui du même groupe d’électeurs pieux et socioconservateurs.
«Nous, les Égyptiens, refusons tout type d’agression ou d’insulte à notre prophète», a déclaré le président de l’Égypte, Mohamed Morsi le 13 septembre dernier. «Néanmoins, nous affirmons en même temps que cela ne peut justifier l’attaque d’ambassades ou de consulats ni justifier le meurtre d’innocents.» (traduction libre)

Pour Barack Obama, cette condamnation de la violence manquait de fermeté. Le même jour, le président des États-Unis a affirmé: «Je ne pense pas que nous puissions considérer l’Égypte comme un allié, mais nous ne la considérons pas comme un ennemi non plus». (traduction libre)

Obama doit protéger sa propre aile droite et ne peut pas se permettre de reconnaître en public que les dirigeants arabes élus disputent aux illuminés islamistes l’appui de la population, et doivent ainsi bien peser leurs mots. Les électeurs américains ne veulent rien savoir de cela.

Dans le même ordre d’idées, la plupart des électeurs arabes ne veulent pas entendre que la Constitution américaine garantit la liberté d’expression et que le gouvernement américain ne peut pas simplement interdire les attaques grossières contre l’Islam par des citoyens américains. Les dirigeants arabes élus doivent exiger que le gouvernement américain fasse disparaître le film et punisse les réalisateurs.

Ce ne sont pas les États-Unis qui ont dénigré l’Islam, ni même «Hollywood»; il s’agit de l’oeuvre d’une poignée d’Américains motivés par des visées politiques et religieuses. Ce n’est pas l’«Égypte» ou la «Libye» qui a attaqué des missions diplomatiques américaines et d’autres pays occidentaux, mais un groupe restreint d’extrémistes islamistes inspiré par ses propres visées politiques et appuyé par un nombre plus important de croyants naïfs.

Cette situation ne représente pas un «tournant décisif» dans les relations de l’Occident avec les pays arabes ou le monde musulman dans son ensemble. Toute l’affaire va se tasser après un certain temps, comme ce fut le cas des violentes manifestations contre le quotidien danois ayant publié des caricatures de Mahomet il y a six ans. C’est une tempête dans un verre d’eau.