Mitt Romney fait-il partie du 47 %?

Les personnes possédant des opinions bien arrêtées ont toujours eu de la difficulté à accepter les règles de la politique électorale. Une de ces règles les oblige à ne jamais exprimer le fond de leur pensée en public. En effet, il y a de fortes chances que les politiciens d’aujourd’hui soient filmés à leur insu, même lors de rassemblements privés. Pour cette raison, ils ne doivent JAMAIS révéler ce qu’ils pensent vraiment.

La plus récente victime de cette règle est Mitt Romney. Le candidat républicain aux élections présidentielles des États-Unis devait donner de la substance à son discours aux convives d’un dîner-bénéfice à 50 000 $ le couvert en mai dernier en Floride. Certes, la plupart d’entre eux sont persuadés que les Américains démunis sont paresseux, que les Palestiniens sont l’incarnation du mal et que les Iraniens sont des fanatiques désaxés, et ils n’avaient certainement pas ouvert leur porte-monnaie pour qu’on remette en question leurs opinions. Romney aurait quand même pu se retenir un peu.

Rejeter toute la responsabilité de l’échec de 19 ans de négociations pour arriver à un règlement pacifique du conflit israélo-arabe sur les Palestiniens ne le plongerait pas dans le pétrin aux É.-U.

«Les Palestiniens ne veulent pas la paix», a-t-il affirmé. Dans la plupart des régions du monde, cette déclaration est perçue comme une déformation de la vérité, sauf qu’elle ne causera pas de tort à Romney au niveau national.

Les choses ont dérapé lorsqu’il a déclaré:

«Quarante-sept pour cent (des Américains) voteront pour le président quoi qu’il arrive», faisant allusion aux Américains moins nantis qui ne paient pas d’impôt sur le revenu.

«Il y a 47 % des gens qui sont avec lui (Obama), qui dépendent du gouvernement, qui se prennent pour des victimes, qui croient que c’est la responsabilité du gouvernement de s’occuper d’eux, qui pensent qu’on leur doit l’assurance-maladie, l’alimentation, le logement, et j’en passe.» (traduction libre)

Les participants à l’activité de financement sont manifestement de cet avis. C’est possible que Romney y croie aussi. Or, ces énoncés sont complètement faux.

Si le 47 % des Américains ne versant pas d’impôt sur le revenu vote automatiquement pour Barack Obama et le Parti démocrate, alors il est impossible pour les républicains de remporter des élections. Sauf si TOUS LES AMÉRICAINS payant des impôts votent pour le Parti républicain, ce qui me semble très improbable.

Romney a agi de manière très irréfléchie en formulant l’ensemble de son message sous le rapport des personnes qui paient de l’impôt et de celles qui n’en paient pas. Ces propos viennent d’un homme qui a refusé de rendre publiques ses propres déclarations fiscales remontant à plus de deux ans. Pourquoi essuyer toutes ces critiques pour ne pas avoir diffusé ses déclarations des cinq dernières années, par exemple, s’il n’y avait rien à cacher dans celles des années antérieures? Comme la possibilité que Romney n’ait pas payé d’impôt du tout dans ces déclarations précédentes.

Aux États-Unis, les personnes qui ne paient pas d’impôt sont les plus démunies et certains des bien nantis. Romney tombe certainement dans la deuxième catégorie. De plus, s’il n’a payé aucun impôt en 2007, 2008 et 2009, il aurait fait partie des 47 % ces années-là. Devrions-nous donc conclure qu’il a voté pour Obama en 2008?

C’est peu probable. Nous pouvons sympathiser un peu avec un homme dont les propos censés être faits en privé et tournés de façon à plaire à un public ultra-riche et ultra-conservateur ont été rendus publics. Sauf qu’il aurait dû faire preuve de plus de discernement. Présent dans la salle était un autre groupe de gens qui n’étaient pas riches du tout, et ce groupe est passé inaperçu, soit les personnes qui servaient aux tables des fortunés.

C’est très vraisemblablement un de ces ilotes qui a filmé son allocution. Ces gens-là s’infiltrent partout.