«Faites-leur sentir…»

«Faites-leur sentir qu’ils constituent une richesse pour nous tous et qu’ils sont membres à part entière de la nation québécoise.»

Lors de la présentation de son Conseil des ministres, le 19 septembre dernier, c’est ainsi que la première ministre du Québec, Pauline Marois, formulait le mandat qu’elle donnait à son ministre responsable de Montréal, Jean-François Lisée, afin de «tisser des relations étroites» avec ses citoyens anglophones.

Attention. La première ministre n’a pas dit: «Les anglophones du Québec constituent une richesse…», mais bien: «Faites-leur sentir qu’ils constituent une richesse…».

C’est moi qui souligne. Parce qu’il y a une nuance énorme.

Certes, l’intention exprimée par Mme Marois est louable, mais quelle gaucherie dans la manière de l’affirmer! Surtout de la part d’un premier ministre. «Faites-leur sentir…»

Dans cette expression, j’entends tellement le fameux «eux» et le non moins fameux «nous» qu’on reproche souvent aux souverainistes!

Si pour Mme Marois, dans sa tête et dans son cœur, les anglophones sont vraiment des «membres à part entière de la nation québécoise», pourquoi ne pas s’adresser directement à eux, en leur disant: «Vous constituez une richesse…», plutôt que d’envoyer un de ses ministres le leur «faire sentir».

Ce genre de phrase mal tournée est d’autant plus regrettable que le Parti québécois a souvent projeté l’image d’un parti qui n’était pas très à l’aise avec les Québécois d’autres origines que canadienne-française catholique de souche.

Et si les chefs du PQ continuent d’envoyer des messagers leur «faire sentir» quelque chose, au lieu de le leur dire eux-mêmes, les Québécois anglophones et allophones ne sont pas prêts de les croire.

En revanche, beaucoup d’anglophones du Québec croient, à tort, que les souverainistes ne veulent tout simplement pas d’eux dans la province. Même si c’est probablement le cas de quelques souverainistes, cette anglophobie n’est certainement pas partagée par tous les Québécois!

De toute façon, même si on parvenait à oblitérer la présence anglaise au Québec, et qu’il n’y avait plus d’écoles, de cégeps, d’hôpitaux, de télés, de radios, de journaux, de librairies, de restaurants, de cinémas anglais au Québec, et même si tous les anglophones s’en allaient, le français serait menacé quand même. Car le Québec demeurerait un îlot francophone fragile dans une mer anglophone parfois déchaînée.

«Faites-leur sentir…»: un petit détail, diront certains.

Oui. Justement le genre de petit détail qui alimente de grandes confusions.

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LES BÉATITUDES D’OBAMA

Hier, j’entendais le président américain, Barack Obama, grimpé sur la tribune de l’ONU, adressant son message de paix au monde entier. En l’écoutant, j’avais l’impression étrange d’assister à un remake du Sermon sur la montage.

Barack déclinait les Béatitudes du XXIe siècle.

«La violence et l’intolérance n’ont pas de place aux Nations Unies», a-t-il affirmé. «Nous avons le choix entre les forces qui pourraient nous diviser et les espoirs que nous partageons… La liberté et l’autonomie ne sont pas l’apanage d’une seule culture… Il n’y a pas de valeurs strictement américaines ou occidentales: les valeurs sont universelles… Partout sur la planète, les peuples se font entendre et insistent sur leur dignité intrinsèque et le droit de déterminer leur propre avenir… Dans chaque culture, ceux qui apprécient leur liberté doivent se demander quel espace de liberté ils sont prêts à tolérer chez les autres… L’arme la plus efficace contre le discours haineux, ce n’est pas la répression, mais encore plus de discours: les voix de la tolérance s’unissant contre le fanatisme et le blasphème… Les leaders de tous les pays ont l’obligation de dénoncer avec force la violence et l’extrémisme… Nous avons le choix entre les promesses du futur ou les prisons du passé… Nous devons ensemble travailler pour un monde où nous sommes renforcés par nos différences et non pas définis par elles.» (ma traduction)

L’intention est très bonne, certes, et on ne peut soupçonner Obama de manquer de générosité et de compassion. Mais cela n’empêche aucunement des pays membres de l’ONU de se faire la guerre, ou d’en menacer d’autres! Car les Béatitudes d’Obama ne trouvent pas preneur dans tous les coins de la planète.

Surtout dans le monde musulman où les Américains ont le dos large! Quand ils interviennent dans un pays en soulèvement contre une dictature qui a trop duré, on les accuse d’ingérence dans les affaires des autres. Et lorsqu’ils n’interviennent pas, on les accuse d’être sans cœur!

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OCCUPATION DOUBLE

La nouvelle fournée de belles poupounes et de beaux pétards d’Occupation double nous a été présentée dimanche et lundi soir, dans des mises en scène quétaines dramatiques et faussement hollywoodiennes d’un kitsch absolu.

À ce sujet, quelques questions lancées dans l’univers: les producteurs sont-ils obligés de choisir des candidats et des candidates qui semblent uniquement préoccupés par leur body et la blancheur de leurs dents?

Les filles sont-elles obligées de lancer à tout bout de champ des p’tits cris d’orfraie, de striduler comme des cigales en chaleur, en essayant de faire des phrases à la française? Soyez naturelles, les filles!

Si c’est possible.

Les gars sont-ils obligés de passer leur temps à se faire des «give me five», pis à se donner des p’tits coups de poing sur les épaules en disant «yeahhh» pour démontrer leur virilité?

Y a d’autres manières de nous le prouver, boys!

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Une phrase malhabile, un discours sans suite, une émission inutile.

Mais tout est dans le regard de l’un sur l’autre. Pauline sur les anglos. Obama sur les musulmans. Les poupounes sur les pétards. Et le chroniqueur sur tout ça.

Pauline veut faire sentir aux anglos que le Québec les accepte. Obama veut faire sentir aux musulmans que le monde les comprend. Les poupounes et les pétards d’Occupation double veulent nous faire sentir… euh… intelligents?…

Faut faire le tri, choisir le meilleur, espérer que tout finisse par s’arranger avant la fin du monde.

Qu’on le veuille ou non, qu’on aime ça ou non: tout cela reflète notre réalité. Tout cela est donc politique. Politique d’ouverture, politique de survie, politique de séduction.

On dirait une fuite en avant, han, Madame?