Petit débordement hors normes

J’imagine le scénario: c’est le printemps, des gars s’en vont pêcher la truite.

France Daigle
fradaigl@nbnet.nb.ca

Ils prennent un coup pendant leur excursion, c’est prévisible. Pour un moment, l’un fixe sa canne à pêche de manière à pouvoir s’en éloigner, ce qui est contre la loi. À bien y penser, cela a du sens. Sinon, comment empêcher une personne d’installer une multitude de lignes et de s’en aller pour revenir les vérifier plus tard, ce qui outrepasserait le concept de pêche sportive ou de pêche d’agrément?

L’incident commence à me faire sourire lorsque les gardes de pêche remarquent que le contrevenant est en état d’ébriété, mais tâchent quand même de lui lire ses droits: sourire de commisération à l’égard des gardes de pêche, qui doivent en avoir marre parfois d’être aussi polis. Et puis l’individu, qui ne prend pas leur petit laïus au sérieux, refuse de s’identifier, lance des insultes, s’énerve encore, se débat lorsqu’on lui met la main au collet, finit par mordre un des gardes. Ce n’est pas drôle pour le garde, mais franchement, un adulte qui pense à mordre pour se défendre, c’est plutôt clownesque, non? Décidément, il a du caractère celui-là! Puis, lorsqu’on lui demande dans quelle langue il veut être servi, il répond «in Spanish». Et là, j’éclate, franchement émerveillée. À côté d’un type comme celui-là, moi, je suis une marionnette.

Admettons que j’aie même tenté une aventure de pêche, il ne faudrait pas que survienne un gros pépin pour que je m’alarme, un petit pépin suffirait. Et puis, si le pépin était dû au fait de contrevenir à la loi, j’aurais filé doux, simplement pour ne pas envenimer la situation. Mais le comble – si on m’avait demandé dans quelle langue je voulais être servie, il est certain que je n’aurais pas eu assez de présence d’esprit pour penser qu’il existe d’autres langues que le français et l’anglais!

Il faut admirer ces individus réfractaires, même s’ils nous donnent du fil à retordre. Ma misérable trouille ne vaut pas mieux que leur insoumission. Leurs coups de gueule finissent souvent par mettre en perspective ce en quoi la plupart d’entre nous sont conformes, automates, plus ou moins robotisés.

«In Spanish»… Non, je ne suis pas à la veille de l’oublier celle-là.