Misère!

La Commission de délimitation des circonscriptions électorales de la Nouvelle-Écosse a déposé, cette semaine, son rapport final. On serait presque désolé pour ces commissaires contraints de trouver un moyen d’enlever aux Acadiens et aux Noirs leur poids électoral.

Françoise Enguehard

Déboutés pour avoir suggéré, en juin dernier dans leur rapport préliminaire, d’ajouter des circonscriptions dans la capitale néo-écossaise sans pour autant léser les circonscriptions minoritaires, les commissaires ont été forcés de trouver une issue acceptable. Leur choix: ajouter des circonscriptions à Halifax et garder les circonscriptions acadiennes et la seule circonscription noire de Preston, mais en les agrandissant: joignant par exemple Argyle (communauté acadienne) à Shelburne (anglophone), Clare à Digby et diluant du même coup la représentativité et le pouvoir politique des deux groupes minoritaires.

En voulant sortir la tête haute de ce gâchis, la commission va mécontenter tout le monde – à part le premier ministre Dexter qui espère maintenant s’assurer une majorité avec les voix en zone urbaine à la prochaine élection –, parce qu’en forçant les 45 % des électeurs restants à se regrouper, c’est le monde rural et tous ceux qui y vivent, peu importe leurs origines, qui seront marginalisés.

Je salue bien haut le courage du seul commissaire acadien de ce groupe, Paul Gaudet, qui a refusé de se joindre à ses collègues et qui a fait opposition, disant tout haut ce que peu de gens osent formuler: qu’il s’agit là «d’un simulacre de consultation indépendante», que le gouvernement s’est ingéré là où il ne devait pas le faire et que c’est un bien mauvais jour pour la démocratie, en Nouvelle-Écosse.

N’oublions pas non plus qu’il y a des cas semblables ailleurs en Acadie – une circonscription acadienne provinciale à l’Île-du-Prince-Édouard et deux circonscriptions fédérales protégées au Nouveau-Brunswick – à Tintammar et Miramichi –, et qu’il faut rester vigilant puisqu’il est évident que ce qu’on croit acquis ne l’est souvent pas.

Le gouvernement Harper nous avait déjà fait la leçon en annulant le programme de contestation judiciaire, mais je m’attendais à tellement mieux d’un gouvernement néo-démocrate! Jack Layton doit se retourner dans sa tombe.