Des collections d’albums autour de personnages

On ne soulignera jamais assez l’importanc des albums dans l’apprivoisement des enfants à la lecture: premier contact avec le monde de l’écrit, mais aussi découverte de la force évocatrice et créatrice du dessin, et occasions de s’ouvrir au monde. Et puis, ce doux plaisir de s’asseoir avec un enfant pour lire avec lui.

Marguerite Maillet avait déjà créé, en 2002, Léa et Laurent, de Denise Paquette (texte) et Denise Bourgeois (illustrations), une première collection autour de personnages. À partir de 2005, elle va en créer plusieurs autres.

En 2006, paraît Petit Paul, le premier album de la collection Petits récits de grands bouleversements. Écrits et illustrés par Paul Roux, ces «petits récits» traitent de sujets sérieux qui s’adressent aux enfants âgés de 7 à 9 ans sur un registre dans lequel l’humour tient une bonne place. Les illustrations de Roux sont dans l’esprit de la bande dessinée: les plans sont variés, imaginatifs, enrichissant le récit de leur pouvoir évocateur.

Quand il propose cette série à Marguerite Maillet, Paul Roux est un bédéiste reconnu qui a publié de nombreux livres depuis 1989. Petit Paul, c’est un peu l’auteur qui est né à Marseille en 1959 et qui a émigré au Canada en 1967, alors qu’il avait huit ans, tout comme son personnage. Le récit traite des difficultés d’adaptation qu’il a connues.

Petite Sarah (2006) raconte l’histoire de Sarah qui refusait d’apprendre le français. L’anecdote pose le problème des familles exogames, de la difficulté de garder vivante la langue de la minorité, et se termine, bien sûr, sur une note d’espoir.

Petit Félix (2008) est un immigrant venu d’un pays qui pourrait être en Amérique du Sud. Il se sent et se sait étranger à son nouveau milieu canadien. Il compare et rien de ce qu’il vit n’est mieux que ce qu’il vivait à l’exception du niveau de vie, jusqu’au jour où il rencontre une jeune fille qui vient d’une région nordique du Canada, qui se sent également étrangère dans son nouveau milieu.

Petite Angélique (2009) raconte les premiers pas dans la vie de sa fille Angélique. L’intérêt réside dans le point de vue adopté par l’auteur: c’est à travers son regard de père que l’on découvre cette Angélique curieuse et aventurière et on sent l’amour qui unit les deux. Le «grand bouleversement» n’est pas celui de l’enfant, mais celui du père.

Petit Tout-le-Monde (2010) traite de la difficulté d’assumer peines et chagrins qui peuvent nous rendre impuissants à faire face à la vie. Construit comme une métaphore, cet album nous présente un garçon qui porte une valise invisible pour les autres dont il ne peut se libérer et qui l’empêche de participer à toutes sortes d’activités. Son poids est trop lourd. Jusqu’au jour où il fera face à cette «valise» et qu’il en laissera sortir tout le négatif qui est en lui.

Toute cette série est d’une qualité exceptionnelle et mérite de figurer dans une bibliothèque familiale. Sans jamais faire la morale, il incite le lecteur à réfléchir sur un problème de société et sur la capacité d’adaptation de l’être humain.

Moralisme qui est présent dans la collection Émy, de l’auteure et illustratrice Émerise LeBlanc-Nowlan, lancée en 2005 avec Un jeu pour Jérémie et qui comprend à ce jour quatre titres, dont l’unité vient de l’auteure. Même si les illustrations sont assez traditionnelles, les albums ont un certain charme.

Par contre, les aventures de «la bouée voyageuse», de Ginette Pellerin (texte) et Jocelyne Doiron (illustrations), évite le moralisme. Cette collection qui regroupe trois albums est une fantaisie qui raconte les aventures de Flo, une bouée dotée de vie. Si les trois aventures, qui débutent en 2006 avec Flo prend son envol, sont amusantes, on sent la difficulté de l’auteure à se renouveler. Le troisième et dernier album, Flo et les barlicocos, a paru en 2008. Les illustrations sont imaginatives et empreintes d’une douce tendresse. On sent que les deux femmes aiment la mer.

Bouton d’or n’avait pas de collection destinée aux jeunes âgés de 3 à 5 ans. En 2007, deux collections qui s’adressent à ce public naissent: Les aventures de Coin-Coin, de François Dimberton (texte) et Jean-Claude Bauer (illustrations), et de Katia Canciani (texte) et Anne-Marie Sirois (illustrations).

C’est à la suite de contacts personnels que Maillet se fait offrir Les
aventures de Coin-Coin. L’auteur, François Dimberton, scénarise et dessine depuis le milieu des années 1970. Il a, entre autres, dessiné les aventures de Pif le chien (1976), a été l’assistant de Greg de 1990 à 1999: une longue feuille de route. Jean-Claude Bauer est également connu. La présence de ces deux Français confirme la capacité de Bouton d’or d’attirer des auteurs et des illustrateurs de qualité.

Depuis ses débuts, Coin-Coin et ses amis, la grenouille Joséphine, le singe Métro et le perroquet Sherlock, ont connu six aventures qui plairont aux tout-petits. Les textes sont réduits au minimum, les illustrations, imaginatives et bien colorées, ajoutent de l’information aux textes. Enfin, les personnages sont bien typés et amusants.

Riquili est l’œuvre de Katia Canciani, une autre auteure publiée dans plusieurs maisons, et de l’illustratrice Anne-Marie Sirois. Tour à tour, Riquili apprend à compter (2007), apprend les voyelles (2008), apprend les consonnes (2009). Marguerite Maillet a préparé d’intéressants cahiers d’activités en accompagnement des albums, mais on peut très bien utiliser ces albums sans passer par les cahiers. L’objectif pédagogique est évident, mais tout passe par le plaisir. Amusant, bien illustré, c’est l’occasion de familiariser les petits enfants avec les chiffres et les lettres afin de mieux les préparer à la maternelle.

Depuis 1996, Bouton d’or Acadie a publié environ 170 ouvrages, plus les cahiers pédagogiques.

La nouvelle propriétaire de Bouton d’or, Louise Imbeault, et sa directrice littéraire, Marie Cadieux, ont entre les mains un beau et riche catalogue. À elles de continuer la démarche exemplaire de Marguerite Maillet. Merci, Marguerite.