Le chant du cygne de Chavez?

C’est concevable – incertain, mais certainement possible – qu’Hugo Chavez, l’homme fort du Venezuela depuis 1998, perde les élections présidentielles de demain. Les plus récents sondages révèlent que son adversaire, Henrique Capriles, a su réduire l’écart qui existait entre les deux à seulement 5 % ou moins des suffrages exprimés. Si Chavez est défait, cèderait-il vraiment le pouvoir de façon pacifique?

Il prétend que oui, bien sûr. Toutefois, il ajoute aussi que la question est sans importance, parce que c’est naturellement lui qui va gagner. «Cela est écrit», affirme-t-il à ses partisans sur un ton rassurant. Sauf que rien n’est écrit, Chavez pourrait bel et bien être défait cette fois-ci.

Lors des élections précédentes, l’opposition vénézuélienne a dénoncé le «socialisme» et le marxisme de Chavez et a perdu. En revanche, Capriles promet de conserver la plupart des politiques d’assistance sociale de Chavez, lesquelles ont injecté près 300 milliards $ dans des programmes pour augmenter la littératie, améliorer les soins de santé, construire des logements pour les sans-abri et même subventionner les épiceries.

Capriles promet tout simplement de dépenser l’argent plus efficacement et de réduire la corruption. Beaucoup de gens lui font confiance: être plus efficace que l’administration bancale de Chavez serait facile. De plus, même si le régime de Chavez est venu en aide aux pauvres de maintes façons, ils sont toujours pauvres. L’économie du Venezuela a enregistré une croissance beaucoup plus faible que celle de ses voisins sud-américains, bien qu’elle ait profité de substantielles exportations de pétrole et d’un décuplement des cours mondiaux de pétrole.

Effectivement, le peu de croissance enregistrée dans l’économie du Venezuela sous Chavez est presque entièrement attribuable à la hausse du cours du pétrole. Et même si les recettes pétrolières – 980 milliards $ durant la présidence de Chavez – parviennent à couvrir les subventions, elles ne suffiront jamais à transformer l’économie tout entière.

Il est possible de faire le calcul sur le dos d’une enveloppe. Le Venezuela compte près de 30 millions d’habitants. Même si la totalité des 980 milliards $ avait été distribuée aux Vénézuéliens au cours des 12 dernières années, chaque habitant aurait reçu environ 3000 $ par année. Étant donné que les recettes pétrolières servaient aussi à couvrir toutes les dépenses, de la construction routière à la défense, le montant exact serait plutôt de l’ordre de 1000 $ par personne par année. C’est un montant agréable à avoir, sauf qu’il ne transformera pas des vies. En réalité, bien des gens estiment aujourd’hui qu’ils perdent du terrain encore une fois. Le taux d’inflation est d’environ 1000 % depuis 1998, soit dix fois pire que celui des voisins du Venezuela. Qui plus est, les tablettes des épiceries subventionnées par le gouvernement sont vides la plupart du temps. Alors, même les fidèles à Chavez pourraient bien être attirés par un politicien qui promet de conserver les subventions, mais d’éliminer le dogmatisme marxiste dépassé qui paralyse l’économie. Henrique Capriles est justement ce politicien. Et s’il remportait les élections?

L’évolution probable de la situation serait la suivante, une passation des pouvoirs à contrecoeur, mais pacifique. Le discours de Chavez est souvent virulent – il a traité Capriles de «porc» et de «fasciste». Néanmoins, contrairement aux anciens États communistes de l’Europe, il a toujours tenu de véritables élections.

S’il est défait, il sait que l’État providence qu’il a créé survivra à son départ. Il est conscient que sa santé est peut-être trop fragile pour tolérer une longue crise postélectorale.