Lettre ouverte à Lino A. Saputo Jr

Je suis une consommatrice de vos produits (sans toujours le savoir, car vous possédez de nombreuses filiales), produits que j’estime de qualité acceptable et que je suppose salubres.

Or, quand je passe devant le siège de votre entreprise à Dieppe, dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, je me surprends à souhaiter que l’apparence de votre établissement ne reflète pas son aspect intérieur. En autres mots, pour une société de votre envergure – dans le domaine agroalimentaire de surcroit! – ce bâtiment fait pitié à voir. Qui plus est, en soirée, tout y est sombre, et seulement le périmètre de l’enseigne est illuminé.

Il serait facile de prétexter une période économique difficile, mais il y a plusieurs années maintenant que la parure de votre immeuble a besoin d’être renippée. Je vous concède que ce doit être plus amusant de créer de nouveaux fromages tels vos Portneuf et DuVillage, qui n’en manquent pas, eux, de fini et de distinction.

Je regrette d’avoir à rendre cette lettre publique en même temps que je vous la fais parvenir, l’expérience et la déception m’amènent à procéder ainsi.

Il y a quelque temps, lorsque la société Alimentation Couche-Tard a fait l’acquisition des dépanneurs liés aux stations d’essence Irving ici, dans les Maritimes, je lui ai envoyé un mot exprimant mon plaisir de voir une autre grande entreprise francophone s’installer chez nous. J’imaginais déjà notre paysage parsemé de dépanneurs Couche-Tard, créant un effet sympathique comparable à l’arrivée des pharmacies Jean Coutu. Mais je ne reçus même pas d’accusé de réception. Évidemment, je compris pourquoi lorsque je vis surgir un peu partout les dépanneurs K – pourquoi pas X, tant qu’à y être?

Bon, ce n’est pas votre problème, j’en conviens. Vous êtes de souche italienne et j’adore Nanni Moretti, alors nous devrions bien nous entendre. Vous avez vu son dernier film Habemus Papam (Nous avons un pape)? Je vous le recommande chaudement.

Sur ce, espérons que nous verrons bientôt reluire le plumage de Saputo à Dieppe, mais de grâce, ne faites pas comme le corbeau, ne laissez pas tomber le fromage.