Attention, terrain miné

Un automne, en rangeant ses meubles de jardin, Paula constate le temps venu de les remplacer. Certaines pièces tombent en morceaux, des chaises plus confortables seraient d’agrément. Le printemps suivant, Paula change d’idée, décide d’utiliser son mobilier pour une autre année. Sa famille et ses voisins vont-ils l’accuser d’avoir reculé, d’avoir trahi leurs espoirs, de ne pas les avoir prévenus?

Je ne sais pas ce qui nous fait croire qu’un gouvernement – notre gouvernement – n’a pas le droit de changer d’idée, ou de mettre en place une nouvelle manière de faire. Chaque fois qu’il revient sur une décision, il se trouve toujours quelqu’un pour le lui reprocher: le gouvernement fait volte-face, fait marche arrière, recule, revire, bref, des mots qui charrient un bagage négatif. Quant à entreprendre quelque chose de nouveau, gare à lui s’il ne l’avait pas annoncé deux ans plus tôt, ou pendant la campagne électorale. À ce compte-là, c’est à se demander pourquoi des gens veulent encore se faire élire, le terrain est miné de tous bords tous côtés. On ne peut ni avancer, ni reculer. Elle est où, la marge de manœuvre?

Il se perd beaucoup de temps et d’énergie à tourner nos gouvernements en dérision, et les gouvernements en perdent autant à se défendre. Pourtant, même lorsqu’il a dérivé du côté de l’erreur, un gouvernement doit avoir le droit de changer d’idée sans qu’on le lui reproche. Cela s’appelle un rajustement.

Comme citoyens et citoyennes, nous sommes devenus terriblement exigeants. Parfois avec raison, parfois simplement parce que le changement brime notre confort. Soyons réalistes, un gouvernement ne peut pas toujours faire dans la dentelle. Il ne peut pas, non plus, être toujours transparent. S’il l’était absolument, il disparaîtrait aussitôt. Qui peut être absolument transparent? Ni vous, ni moi, ni lui.

Où je veux en venir avec tout ça? Disons que j’exprime un sentiment: que nous sommes durs envers nos élus, que gouverner n’est pas chose facile, qu’entre vouloir et pouvoir s’interpose la dure réalité… et la nature humaine. Il faut savoir prendre sur soi quand c’est le temps.