Sainte Colère

J’admire ceux et celles qui répondent avec calme et «sans rancune» aux sorties de Pierre Harel et de Christian Rioux, ces ardents Québécois, défenseurs d’une langue française «parfaite» (la leur), et pourfendeurs des artistes acadiens qui, selon eux, la minent. En ce qui me concerne, je suis en «beau joual vert», pardon, «très en colère».

Acadienne, je sais que rien n’est pire que l’ignorance; ces faiseurs de leçon ignorent tout de nous, de ce qui n’est pas le petit monde raréfié d’un Québec pure laine qui ne sait s’affirmer qu’en attaquant le Canada dont ils affirment qu’il est anglais. Ne leur déplaise – et il semble bien qu’on leur déplaise -, nous sommes là, debout, fiers et, pour ma part, en c…..

L’Acadie, c’est l’ouverture sur le monde et, malgré notre statut de peuple sans état et parfois la précarité de notre situation, nous agissons. Nous sommes «encore là», oui, en Francophonie internationale que «nous tirons vers le haut», ne craint pas de dire le président de l’OIF, Abdou Diouf, et dans la Francophonie des Amériques! Car nous n’avons pas l’option, c’est heureux, de nous replier sur nous-mêmes.

En tant qu’auteure, enfin, je hais les donneurs de leçons de style et d’accents. Radio Radio sont les héritiers de la langue superbe, rabelaisienne, de la baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, qui dit encore «point» pour dire «non» et «quérir» pour «chercher» et qui a donné voix à Georgette Leblanc. Si cette dernière n’était pas classée, comme tous les auteurs acadiens, dans la section «littérature étrangère» des librairies québécoises, ces ignorants auraient pu se faire une vision plus globale de notre culture avant de la jeter sommairement à la poubelle.

La seule chose qui me console, bien imparfaitement, c’est que si on nous attaque c’est qu’on dérange et si on dérange c’est qu’on prend de la place. Il faudra s’y faire, au Québec comme ailleurs, car l’Acadie est en marche avec sa langue, ses parlures (excusez le québéquisme), ses accents et ses régionalismes. Nous sommes bien prêts à partager nos richesses, mais pas à les étouffer pour satisfaire le désir de supériorité de quelques bien-pensants qui, il n’y a pas si longtemps, se faisaient ridiculiser, eux, par la France.