La solution à un État

«Tout le monde sait comment les choses vont se terminer», a écrit Nahum Barnea, un des journalistes les plus connus d’Israël, dans le quotidien Yediot Aharonot récemment. «Un (État) binational sera créé.» La «solution à deux États» est morte; vive la «solution à un État». (traductions libres)

La solution à deux États, promise par les accords d’Oslo de 1993, prévoyait la création d’un État palestinien composé du cinquième de l’ancienne colonie de Palestine qui n’est pas passée sous contrôle israélien au terme de la guerre de 1948. Ce mini-État palestinien, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, coexisterait avec Israël en paix, et la longue lutte amère pour la Palestine aurait une fin heureuse.

Or, cet État palestinien n’est plus une option viable, principalement en raison du fait qu’un demi-million de colons juifs vivent parmi les deux millions de Palestiniens en Cisjordanie et dans l’ancien territoire de Jérusalem-Est. «Je ne renonce pas à la solution à deux États pour des motifs idéologiques», a écrit le chroniqueur du Haaretz Carlo Strenger en septembre dernier. «J’y renonce parce qu’elle ne se concrétisera pas.» (traductions libres)

Le plus grand triomphe du premier ministre israélien Binyamin Netanyahu et de son prédécesseur, Ariel Sharon, a été d’empêcher la réalisation de la solution à deux États. Les deux hommes ont fait semblant d’accepter les accords d’Oslo afin de dissiper les pressions étrangères exercées sur Israël, mais les deux hommes ont travaillé avec acharnement et ont réussi à saboter les accords en faisant plus que tripler le nombre de colons juifs en Cisjordanie en 20 ans seulement.

C’est maintenant chose faite, et même les plus ardents défenseurs palestiniens de la solution à deux États se sont rendus à l’évidence. Ahmed Qurei, qui a dirigé la délégation palestinienne ayant négocié les accords d’Oslo, a récemment écrit ce qui suit: «Nous devons sérieusement songer à tourner la page sur la solution à deux États». (traduction libre)

L’État unique existe déjà dans une certaine mesure. En effet, Israël exerce déjà une tutelle militaire sur la Cisjordanie depuis la conquête de 1967. Près de 40 % des Israéliens appuient déjà une solution qui consisterait simplement à annexer la Cisjordanie à Israël de façon permanente.

Mais qu’adviendrait-il des deux millions supplémentaires de Palestiniens? Israël les grouperait au 1,5 million de Palestiniens au pays, les descendants de ceux qui n’ont pas été chassés en 1948. Alors, cela donnerait 3,5 millions de Palestiniens dans un Israël à État unique, comprenant presque tout le territoire à l’ouest du Jourdain.

C’est précisément pour cette raison qu’un nombre croissant de Palestiniens penchent en faveur de la solution à un État. Ils ont entrepris une guérilla, mais sans succès. Ils ont essayé le terrorisme, mais cela n’a rien donné non plus. Pendant 20 ans, ils ont essayé de trouver une solution au moyen de la négociation, mais cette tentative a échoué. Alors, peut-être que la meilleure stratégie constituerait à redéfinir le conflit israélo-palestinien et de le voir comme un enjeu de droits civils plutôt qu’un problème international.

Au dire des tenants de l’État unique, les Palestiniens devraient donc tout simplement accepter l’annexion permanente de la Cisjordanie par Israël. En vérité, ils devraient chercher activement à l’obtenir. Dans les faits, ils sont des sujets israéliens depuis 45 ans déjà. S’ils devenaient des citoyens israéliens alors la question de leur statut deviendrait un enjeu de droit civil, lequel devrait être résolu politiquement et pacifiquement.

Or, un nouveau sondage d’opinion publique en Israël mené par le groupe de sondage Dialog révèle que près de 70 % des juifs israéliens s’opposeraient à donner le droit de vote aux Palestiniens de la Cisjordanie même si Israël annexait le territoire où ils vivent. La seule autre option est un État d’Apartheid dans lequel seuls les résidants juifs ont des droits, mais la plupart des Israéliens semblent plutôt à l’aise avec cette solution. Les Palestiniens se dirigent probablement vers une autre impasse. En fait, toutes les issues débouchent sur une impasse.