Un folklore, trois approches

Avec Mosaïk, Vishtèn approfondit sa démarche. La source est toujours le folklore, mais c’est la façon dont il l’aborde qui est intéressante. Les trois membres du groupe, Emmanuelle LeBlanc, Pastelle LeBlanc et Pascal Miousse, ont une belle complicité, tant dans la façon dont les voix se complètent que dans la mise en valeur des arrangements.

Je pars pour un voyage me semble caractéristique de leur cheminement. La chanson vient de la collection du père Anselme Chiasson et trouve son origine aux Îles-de-la-Madeleine. Une ligne mélodique mémorable, un rythme de ballade qui balance, les voix des deux femmes en harmonie, une guitare acoustique en écho, un solo de flûte évocateur du destin des personnages, tout est douceur dans cette chanson d’amoureux séparés: il est marin, elle est femme. Autre chanson des Îles, Le vieux pi la vieille, d’Érica Pomerance, qui eut son heure de gloire aux Îles et ailleurs. Une amusante histoire d’une vieille qui mène son mari par le bout de son balai chantée par Miousse, lui-même Madelinot.

Plusieurs autres chansons sont superbement rendues. L’Âme à p’tit Jean, dont l’arrangement introduit des sonorités contemporaines sans jamais gommer son origine folklorique; Les yeux noirs, une complainte d’origine cajun, rythmée par la podorythmie et aérée par une guitare qui semble voguer au-dessus de la mélodie. Et les instrumentaux qui s’inscrivent entre les chansons introduisent d’autres facettes, parfois plus langoureuse (La Brunante), parfois joyeuse (Tutti Flutti, et la flute qui dialogue avec le piano).

Tout en préservant la qualité dansante des chansons rapides, ce disque est fait pour être écouté, plus que pour inciter à la danse. Le réalisateur, Éloi Painchaud, Madelinot lui aussi, a su mettre en relief les instruments et les voix, ce qui contribue à créer un univers sonore aux textures riches et complexes. Le titre est bien choisi: il s’agit bien d’une mosaïque musicale.

La Virée est un groupe de party. Une musique dynamique qui vous fait taper des mains et vous entraîne dans une atmosphère joyeuse. La chanson d’ouverture, L’Alexandra, donne le ton: «On timera toute la nuit» avant de rejoindre le bateau et de repartir en mer. Levons nos verres est une variation sur le même thème: vaut mieux fêter que s’apitoyer sur «ceux qui nous ont quittés». Un rythme bien marqué qui me rappelle le groupe breton Soldat Louis, cornemuse incluse. Et tout l’album se déroule à un train d’enfer.

Le violon se lance, la batterie appuie, les autres instruments s’inscrivent dans les interstices, tandis que la voix raconte de petites histoires fondées sur le quotidien. On ne peut pas dire que cette musique est raffinée, mais on peut certainement dire qu’elle est dynamique et que sa simplicité a le mérite de chanter la joie de vivre: «Y’a rien de mieux qu’une vieille guitare un beau p’tit feu pis un violon», affirment-ils dans Une vieille guitare.

Deux des chansons proviennent des cahiers Chansons d’Acadie: La courte paille, une chanson à répondre sur le thème du mousse qu’on sacrifie, mais qui voit la terre au moment fatidique, et Père capucin, une chanson humoristique bien interprétée. Bayous d’Acadie est un beau blues qui apporte une autre couleur à l’album. Demeurant dans la Louisiane, le groupe reprend une chanson d’Iry Lejeune, ce musicien louisianais décédé en 1955 à la suite d’un accident à l’âge de 26 ans.

Dans Acadie Nord Acadie Sud, Hert LeBlanc reprend, lui aussi, une chanson d’Iry Lejeune, L’acassine spécial, du nom de la ville où il a vécu. Lejeune était un accordéoniste et c’est l’accordéon qui domine le dynamique arrangement de LeBlanc.

La vivacité cajun domine tout le disque, que ce soit avec La valse de la petite rivière rouge de Bruce Daigrepont ou encore Adelida, interprétée en anglais et popularisée par George Strait dont la version est plus country que cajun. Il reprend également le célèbre Jolie Louise de Daniel Lanois, en accentuant le côté country de la chanson. Et puis, il y a des compositions originales, dont Dis plus jamais non, un vibrant hommage à la résistance des Cajuns face à l’assimilation. Tout l’album est fidèle à ce qu’on connaît de LeBlanc, qui résume sa philosophie dans Changer mon attitude sur un air country bien senti.