Obama et le défi du climat

Après le passage de l’ouragan Sandy, le maire de New York, Michael Bloomberg, a tenu des propos convaincants au sujet des changements climatiques. Il est difficile de savoir l’impact de ses observations sur les résultats des élections américaines. C’est facile de surestimer ce genre de choses. Il reste que la marge de victoire du président Barack Obama était si mince dans plusieurs États que l’intervention de dernière minute de Bloomberg a vraisemblablement été décisive. Ce qui est clair comme de l’eau de roche est le fait qu’Obama a évité d’aborder le sujet lors de la campagne.

Bloomberg, réagissant à la dévastation dont il a été témoin à New York, a mis cartes sur table.

«Notre climat change. L’augmentation du nombre d’événements météorologiques extrêmes qui se produisent ici et ailleurs dans le monde peut être liée ou non au changement climatique, mais la possibilité que cela soit le cas (…) devrait suffire pour que tous les dirigeants élus prennent des mesures immédiates.» (traduction libre)

Il a tenu ces propos cinq jours seulement avant les élections, au lendemain d’une catastrophe nationale qui pourrait fort bien être attribuable au climat. Alors, Obama a-t-il saisi l’occasion qui lui était offerte? Absolument pas. À part une brève remarque sur le fait que les changements climatiques «menacent l’avenir de nos enfants» dans un seul discours, il s’entête à garder le silence.

À tort ou à raison, Obama et son équipe sont convaincus depuis quatre ans que le sujet des changements climatiques est un véritable suicide politique. D’ailleurs, il n’a pas fait grand-chose: sa seule grande initiative s’est résumée à établir des normes de rendement énergétique plus rigoureuses.

Il va de soi que, de son côté, Mitt Romney n’a pas soufflé mot des changements climatiques. Il est impossible de prendre ce problème au sérieux et de conserver sa crédibilité au sein du Parti républicain actuel. Alors, toutes les spéculations impromptues sur la façon dont l’ouragan Sandy aurait enfin sensibilisé les Américains aux menaces posées par les changements climatiques n’étaient-elles que des vœux pieux? Pas nécessairement.

Obama entreprend rarement des luttes qu’il n’a aucune chance de gagner. Dès le moment où il est entré en fonction en 2009, il était clair qu’il n’arriverait jamais à faire adopter des mesures législatives liées au climat par le Congrès. Dans quelle mesure sa réélection a-t-elle changé la donne?

Les présidents en deuxième mandat, n’ayant plus à se soucier d’une réélection, agissent souvent avec plus d’audace que lors de leur premier mandat. La reprise de l’économie américaine est manifestement au rendez-vous, ce qui lui donnera plus de latitude pour intervenir sur d’autres enjeux. De plus, les catastrophes environnementales de la dernière année pousseront peut-être enfin les Américains à reconnaître que la menace des changements climatiques existe bel et bien.

On soutient depuis longtemps que la condition nécessaire pour vaincre la résistance du public américain quant aux mauvaises nouvelles liées aux changements climatiques est une catastrophe climatique QUI TOUCHE DUREMENT LES CITOYENS DES ÉTATS-UNIS. Même si l’ouragan Sandy n’était peut-être pas directement attribuable au réchauffement de la planète, il fait l’affaire. Il réussira peut-être à attirer l’attention des démocrates une fois pour toutes.

Rien ne garantit qu’il en sera ainsi. Chaque année, le risque augmente que la température moyenne planétaire finira par monter de plus de 2 °C (3,6 °F) et provoque un réchauffement irrépressible et effréné. D’ailleurs, les républicains dominent toujours la Chambre basse du Congrès. L’espoir fait vivre, et enfin, il existe une lueur d’espoir.

Au cours des deux dernières semaines, nous avons assisté à une rencontre d’événements inattendus et prometteurs: un phénomène météorologique susceptible de faire flancher le déni des Américains par rapport aux changements climatiques et la réélection d’un président qui comprend la situation et qui est désormais libre d’agir sur le plan politique en fonction de ses convictions. Comme Businessweek (un magazine appartenant à Michael Bloomberg) l’a présenté à la une de son édition du 1er novembre: «It’s global warming, stupid». (C’est une question de réchauffement planétaire, espèce d’idiot)