La fin de la centralité

Maintenant, la nouvelle absurde du moment. La British Broadcasting Corporation (BBC) a interdit une émission de télévision scientifique, de peur de déclencher une invasion interstellaire.

Normalement, les dirigeants du réseau n’interdiraient pas une émission créée par Brian Cox. Il est une vedette de la BBC: un physicien des particules jouissant de la popularité d’une vedette rock qui est aussi en mesure de se faire comprendre par le commun des mortels. Ils lui ont simplement interdit de faire l’épisode de Stargazing Live au cours duquel il prévoyait diriger le radiotélescope Jodrell Bank vers une planète découverte récemment qui tourne autour d’une autre étoile.

Dans le scénario, il espérait entrer en contact avec une civilisation extraterrestre. Les dirigeants de la BBC ont refusé que Brian le fasse, sous prétexte que, étant donné que personne ne savait ce qui pourrait se passer, le réseau risquait d’enfreindre les lignes directrices en matière «de santé et de sécurité».

Cox savait ce qui arriverait vraiment: absolument rien. Même s’il existe des extraterrestres hostiles, l’espace est si vaste qu’il faut quatre années avant que la lumière provenant de l’étoile la plus près atteigne la Terre. Il ne faisait qu’apporter son infime contribution à la campagne scientifique menée depuis des siècles afin de prouver aux gens qu’ils ne sont pas le centre de tout.

Les cadres de la BBC, qui eux insistent bel et bien pour être le nombril de tout, n’acceptaient pas ce fait. Si les extraterrestres existent et qu’ils découvrent notre présence, leur première réaction sera probablement de s’amener ici et de manger nos enfants. Alors, on blâmera la BBC. Désolé, Brian. Lâche le radiotélescope et sors lentement de l’observatoire.

Les cadres méritent fort bien tout le ridicule dont ils se sont couverts. En revanche, s’il existe vraiment de la vie ailleurs, alors nous ne sommes plus le centre de tout.

Nous avons longtemps pensé que l’univers tournait littéralement autour de nous. Est alors arrivé Copernic. Mais nous avons continué à penser que nous sommes très spéciaux, que notre seule existence donne un sens à l’univers.

Or, petit à petit, la science a dissipé toutes nos illusions traditionnelles au sujet de notre propre centralité. Voilà une autre tuile qui nous tombe sur la tête.

Il y a 20 ans, nous n’étions même pas certains que d’autres étoiles étaient dotées de planètes. Nous connaissons désormais l’existence d’environ 800 «exoplanètes». La plupart de ces planètes sont des géantes gazeuses, comme Jupiter ou Saturne, ne ressemblant absolument pas à la Terre. La raison est simple, les géantes sont plus faciles à repérer. Ce que nous recherchons vraiment, ce sont des planètes comme la nôtre, car nous SAVONS que la vie est féconde ici.

Des astronomes de l’Observatoire européen austral au Chili en ont trouvé une. Elle est rocheuse, comme la Terre, et elle orbite son étoile à une distance suffisante pour que l’eau y reste liquide. Elle s’appelle HD 40307g et elle tourne autour d’un petit soleil orangé à 42 années-lumière de nous. Les conditions régnant sur cette planète sont certainement compatibles avec l’existence de vie.

Notre galaxie, la Voie lactée, compte entre 200 et 400 milliards d’étoiles et sans doute autant de planètes. Si une planète sur 100 abrite la vie, alors il existe deux milliards de planètes habitables. Nous ne sommes pas seuls. Nous sommes aussi vulgaires que la saleté.

Douglas Adams a un jour écrit: «Si la vie devait exister dans un univers aussi immense, une chose que cette vie ne pouvait se permettre de posséder, c’est le sens des proportions». (traduction libre) Or, c’est précisément ce que nous sommes en train d’acquérir, et cela ne nuit vraiment à personne.

Nous pouvons être conscients de notre propre insignifiance cosmique et aimer encore nos enfants. Même s’ils sont eux aussi insignifiants.