La belle époque du mouvement pour l’égalité des femmes

Imaginez un monde où vous perdez votre emploi lorsque vous vous mariez ou vous avez un enfant. Imaginez un monde où vous n’avez pas le droit à la propriété et une société qui ne vous considère pas comme une personne à part entière. Imaginez un monde où votre partenaire a le droit de vous frapper et que ce geste est jugé normal et non pas un crime.

Ces réalités décrivaient la vie des femmes il n’y a pas si longtemps. Fort heureusement, les choses ont évolué depuis la «belle époque» où on traitait mal les femmes. Aujourd’hui, les femmes ont le droit de propriété, d’occuper un emploi (peu importe leur situation familiale). Même si des femmes sont toujours victimes de violence aux mains de leur partenaire intime, il existe des services pour les aider à quitter ces situations de violence.

Si vous pensez que ces progrès sont le résultat de l’évolution naturelle de la société, vous avez tort. Ces changements sont le fruit d’un travail acharné, le travail de femmes dévouées et visionnaires. Ces femmes ont oeuvré à l’amélioration de la condition de la femme pour elles-mêmes, pour leurs filles, leurs nièces, leurs voisines et leurs petites-filles; des femmes qui se sont organisées et ont travaillé ensemble.

Certes, elles ont réussi à mener à bien de nombreux changements. Il semble toutefois que nous devrons travailler ensemble pendant encore un certain temps. Un sondage mené en 2009 a révélé que 53 % des Néo-Brunswickois estiment que gifler sa femme après une querelle n’est pas un crime; que 42 % jugent que battre sa petite amie si elle a flirté avec un autre homme n’est pas un crime. Oui, on a fait un bout de chemin, sauf qu’il reste encore beaucoup à faire au niveau des attitudes de la société au sujet de la violence contre les femmes.

Il reste d’autres inégalités à corriger. Voici quelques exemples: même si les femmes gagnent sensiblement le même salaire que les hommes pour l’exécution des mêmes tâches, les emplois traditionnellement féminins sont encore sous-estimés et sous-payés; même si les femmes conservent leur emploi lorsqu’elles ont des enfants, les soutiens offerts pour les aider à concilier leurs responsabilités professionnelles et familiales sont insuffisants. Il faut l’admettre: la part du lion du travail non rémunéré à la maison se fait encore par les femmes.

Ces enjeux ne datent pas d’hier. Ils ont été cernés pour la première fois par les femmes dans les années 1960 et 1970. Une partie de ces femmes ont organisé «Nouvelles perspectives pour le Nouveau-Brunswick: un congrès à l’intention des femmes», qui s’est tenu les 26 et 27 octobre 1974 à Memramcook.

Ce congrès historique a rassemblé 200 femmes de diverses origines (anglophones, francophones, autochtones). Elles ont discuté un large éventail de sujets, entre autres les conditions de travail et les débouchés pour les femmes, les connotations sexistes dans les livres pour enfants, le sexisme dans la publicité, les femmes dans les professions, les femmes et la loi. Plus de 300 recommandations ont émergé du congrès.

Les participantes ont compris que les efforts volontaires ne suffisaient pas pour réaliser les changements sociétaux et légaux nécessaires à l’amélioration de la vie des Néo-Brunswickoises. C’est pour cette raison qu’une résolution a été adoptée à l’unanimité lors du congrès. La résolution prévoyait la création d’un organisme à la fois financé par l’État et indépendant du gouvernement; un conseil consultatif sur la condition de la femme pour: 1) mener des recherches sur les questions touchant la condition de la femme 2) proposer des modifications aux lois pour améliorer la vie des femmes 3) renseigner la population sur le statut de la femme 4) recevoir un financement public suffisant pour faire un travail efficace.

Les participantes à la conférence ont formé un comité spécial afin de collaborer avec le gouvernement à la création du nouvel organisme consultatif indépendant et financé par l’État et en déterminer la structure.

Au début de 1975 (décrétée Année internationale de la femme par les Nations Unies), le premier ministre Richard Hatfield a accepté de présenter une loi créant le Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick. La loi a été adoptée plus tard en 1975, et les premières nominations ont été effectuées en 1977. Le mandat du conseil, enchâssé dans un texte de loi, ressemblait beaucoup à la résolution adoptée lors du congrès des femmes de 1974. La loi qui a créé le Conseil consultatif sur la condition de la femme au Nouveau-Brunswick stipule que le gouvernement provincial doit verser le financement nécessaire au conseil pour lui permettre de remplir son mandat.

Lors de la présentation du budget provincial, en mars 2011, le gouvernement Alward a annoncé l’élimination des fonds publics versés au conseil, mais a laissé intacte la loi qui l’a créé. Le gouvernement provincial a pris cette décision unilatérale sans consulter la population.

Même si nous avons fait beaucoup de progrès depuis les années 1970, bon nombre des 300 recommandations formulées au congrès des femmes de 1974 sont toujours pertinentes aujourd’hui. Par exemple, les participantes avaient recommandé que tous les ordres de gouvernement (municipal, provincial, fédéral) prévoient du financement public pour les programmes de garderie afin d’aider la participation des femmes à la vie active. Elles avaient aussi recommandé la mise en œuvre d’un programme de deux ans menant à un diplôme pour les éducatrices et les éducateurs de la petite enfance qui travaillent dans les programmes de garderie. D’autres recommandations visaient à rectifier l’attitude paternaliste présente dans notre système de soins de santé et à aborder la question de la nécessité de présenter des rôles sexuels plus neutres dans la littérature jeunesse.

Toutes ces recommandations sont encore pertinentes aujourd’hui et exigent un effort concerté pour garantir leur mise en place. J’espère sincèrement qu’une voix indépendante pour faire progresser les enjeux liés à l’égalité des femmes sera rétablie bientôt par le gouvernement provincial.