Les montagnes russes

La semaine dernière, vous l’aurez remarqué, j’étais indignée de voir notre Acadie marginalisée par quelques pontes québécois qui tremblaient à l’idée de «s’acadianiser», comprenez «s’assimiler». Vu vos réactions, je me suis exprimée pour beaucoup d’entre vous. Mais si c’est bon parfois de piquer une colère, disons que c’est le genre de polémique qui ne fait de bien à personne.

Cela dit, la vie nous réserve souvent de très belles surprises. Ainsi, le jury des Prix du Gouverneur général a eu l’excellente idée de remettre son prix du roman à France Daigle pour Pour sûr, une œuvre «magistrale», de s’enthousiasmer le jury. Bravo France! Un jour traînée dans la boue, la semaine suivante louée, l’Acadie est sur les montagnes russes.

Je n’ai pas encore lu Pour sûr, je le regrette, mais on dit qu’il fait large part au chiac. Misère! Le jury sera-t-il remis à l’ordre par nos deux voisins bien-pensants? J’espère que non. Car ce prix souligne, à point nommé d’ailleurs, que les niveaux de langue, les parlures, les acadianismes ou québécismes, les tournures de phrase, enrichissent notre langue, lui donnent sa couleur, sa provenance, sa signature.

À ce propos, je me permets de vous suggérer une autre lecture – le tome 2 de Chroniques d’une île de la côte, de Jules Boudreau – un tout nouveau petit bijou qui conjugue admirablement un français classique et impeccable et des dialogues dignes de la Sagouine. L’Acadie c’est ça, c’est ce mélange de la tradition française et de l’oralitude, et toute personne qui ose nous donner des leçons de langage insulte ces artistes, des plus fêtés aux plus discrets, qui au fil des jours nous tissent un patrimoine culturel de plus en plus riche.

En Francophonie des Amériques, nous sommes si peu nombreux que plutôt que de nous déchirer au nom d’une langue idéale, nous devrions bien plutôt nous serrer les coudes et célébrer nos accents, car, comme le disait un poète provençal, «avoir l’accent enfin, c’est parler du pays en parlant d’autre chose», et notre pays francophone… c’est le monde!