Tous les tunnels ont une fin

La justice réparatrice vise la guérison de la victime et de l’agresseur. Chacun se voit libéré des entraves du mal subi ou commis. Un de ses piliers est le pardon. Je ne vous apprends rien de neuf en disant que le pardon permet de poursuivre la route en se libérant d’un poids difficile à porter.

Or, le pardon est tellement bienfaisant qu’on peut parfois le présenter comme une solution miracle à toutes les blessures. Pourtant, il peut arriver que le pardon ne soit pas possible dans l’immédiat. Parfois, la blessure est trop grande du côté de la victime. Un pardon prématuré ne réussirait pas à guérir jusque dans les profondeurs.

Le pardon est aussi difficile lorsque l’offenseur n’est pas conscient du mal qu’il a fait ou refuse de reconnaître les conséquences de sa faute. Comment faire le don de la libération à quelqu’un qui le refuse?

Lorsque le pardon se fait attendre
Le chemin vers le pardon peut être long et difficile. Si le pardon libère l’autre du mal qu’il a fait, il est aussi un chemin à emprunter pour se libérer soi-même du mal subi. Dans quelle direction aller?

Quelles ressources restent-ils à la personne qui ne peut pas accorder le pardon à son agresseur? Comment retrouver une certaine paix intérieure et être soi-même libéré du ressentiment qui nous ronge?

Certains vont trouver une manière (parfois symbolique) pour exprimer leur peine et leur colère. Ils vont éviter de se retrouver dans des situations qui les mettent en présence d’un offenseur qui nie le mal qu’il fait.

Un autre chemin est aussi ouvert lorsque, ne pouvant pardonner à l’autre, on accepte de remettre le fardeau entre les mains d’un Autre. Ce «lâcher-prise» n’est pas le pardon proprement dit, mais il peut rendre libre l’offensé par rapport à l’offenseur. Au lieu de nourrir des effets négatifs, l’énergie de la personne peut alors s’exprimer différemment et servir à la croissance d’un monde plus juste.

La lumière au bout du tunnel
Lors d’un différend ou d’un conflit difficile à résoudre, on a l’impression d’être en face d’un fleuve impossible à traverser ou d’une montagne insurmontable.

Lorsqu’on traverse alors un tunnel, on est dans l’obscurité. On emprunte un tunnel parce que sans celui-ci, la traversée serait périlleuse. Le tunnel du Mont-Blanc en France permet ainsi de traverser la montagne sans avoir à l’affronter de face. Le tunnel Lafontaine à Montréal permet de traverser le fleuve sans être submergé par les eaux.

Au bout du tunnel, on revoit la lumière. Et forcément, un paysage différent. Il y a des gens qui croient qu’à l’autre bout du tunnel ce sera comme avant. C’est toujours quelque chose de nouveau qui nous attend au bout du tunnel. On doit apprendre à vivre dans un nouvel environnement parce qu’on a fait un passage. Cela devrait nous réjouir.

Quelques événementsde la semaine
Animé un séminaire sur le pardon et le long chemin à parcourir pour offrir ce don à celui qui en a besoin. À partir de plusieurs auteurs chrétiens, de saint Augustin à Poujol, nous avons cherché à clarifier le rôle de chacun pour vivre une démarche de pardon qui libère.

Cherché dans les Écritures des composantes du pardon. Un pardon accordé à une personne qui ne reconnaît pas sa faute peut être perçu comme un cautionnement du mal et peut empêcher l’autre d’apprendre à être juste (Is 26, 10). Le pardon est accordé à celui qui reconnaît son mal (Lc 17; Mt 18), comme Dieu lui-même pardonne à celui qui reconnaît et regrette son péché.

Distingué entre le pardon et la réconciliation. Ce processus vient après et va au-delà du pardon. Il vise à rétablir des relations harmonieuses entre les personnes. Hélas! Cela n’est pas toujours possible. Même sans atteindre l’idéal de réconciliation, le pardon est déjà une étape libératrice à valoriser et à célébrer.

Proposé Martin Luther King comme exemple de la colère qui s’exprime dans un militantisme concret lorsque le pardon se fait attendre. Ne pouvant pardonner à ceux qui pratiquaient la discrimination raciale (puisqu’ils ne reconnaissaient pas leur mal), le pasteur King a transformé sa colère en un travail pour la paix, la justice et la coexistence des peuples.

Utilisé l’image du tunnel pour illustrer la difficulté intrinsèque de faire face aux changements dans nos vies. Nous imaginons retrouver sur l’autre rive ou sur l’autre versant le même paysage, la même vie. Or, le passage nous ouvre sur d’autres réalités, insoupçonnées parfois.