La guerre civile en Syrie

La Syrie a désormais un gouvernement en exil qui, paraît-il, réunit tous les groupes cherchant à renverser le régime sanguinaire du président Bachar al-Assad. Or, si c’est là tout ce qu’ils peuvent faire, Assad sera encore au pouvoir l’an prochain, et peut-être même pendant un bon bout de temps après.

Il a fallu une semaine de marchandage au Qatar pour réunir tous les groupes rebelles syriens indisciplinés. Essentiellement, les pays arabes du golfe et les États-Unis ont déclaré aux rebelles syriens qu’ils devaient faire front commun s’ils voulaient continuer à recevoir de l’argent et des armes.

Alors, c’est ce qu’ils ont fait, d’une certaine façon. Néanmoins, la fragilité et les divisions profondes du nouveau gouvernement en exil se reflètent dans son nom boiteux: la coalition nationale syrienne de l’opposition et des forces révolutionnaire. En fait, il s’agit simplement d’une collaboration nébuleuse entre les divers groupes sectaires et ethniques affichant des objectifs ultimes très différents.

Le pays est désormais engagé dans une véritable guerre civile; les jours du mouvement démocratique syrien non violent qui cherchait à reproduire les révolutions pacifiques en Égypte et en Tunisie sont passés depuis longtemps. De plus, rien ne garantit qu’Assad et son régime baasiste seront un jour défaits.

Le gouvernement de la Syrie n’a pas assez de troupes pour instaurer une domination militaire permanente sur territoire rural dans un pays comptant 24 millions d’habitants. En revanche, il est assez puissant pour écraser toute initiative visant à asseoir une autorité rivale dans ces zones rurales. Qui plus est, il occupe toujours la plupart des villes: les lignes de front à Alep n’ont guère changé depuis l’été dernier.

Comment Assad a-t-il réussi à rester au pouvoir aussi longtemps alors que d’autres dictateurs arabes ont été renversés aussi rapidement au début du «printemps arabe»? C’est en partie attribuable au fait qu’il n’est pas un régime à lui seul. Le parti Baas qu’il dirige est une organisation comptant près de 50 ans d’expérience du pouvoir. Puis, les alaouites qui occupent les hautes sphères du parti craignent un génocide s’ils perdent la mainmise sur le pays.

L’autre élément qui joue en la faveur d’Assad est la nature très fragmentée de la société syrienne. Les musulmans sunnites forment 70 % de la population, mais les chiites, les alaouites, les Druzes et les chrétiens représentent le 30 % qui reste, et toutes ces minorités sont nerveuses à l’idée d’une domination musulmane sunnite dans une Syrie post-Assad.

En fait, le champ de bataille syrien, après une seule année de combats intenses, commence déjà à ressembler au champ de bataille libanais en 1976, après une année de guerre civile là-bas. De vastes portions de campagnes sont alors sous la tutelle militaire du groupe religieux ou ethnique formant la majorité locale, tandis que les lignes de front dans les grandes villes se figent en frontières semi-permanentes. Par la suite, la paralysie se prolongea jusqu’en 1990.

Il va sans dire qu’il existe des différences entre les situations au Liban et en Syrie. Néanmoins, elles sont trop faibles pour justifier la moindre assurance que l’avenir de la Syrie ne ressemblera pas au passé du Liban. L’Iran et la Russie vont continuer à fournir des armes et de l’argent à Assad, puis il n’y aura aucune intervention militaire massive de l’extérieur pour faire pencher la balance fermement d’un côté ou de l’autre.

Une scission au sein du parti Baas ou un coup militaire serait susceptible d’ouvrir la voie à une réconciliation nationale s’ils se produisaient très prochainement, mais cette situation est peu probable. En dehors de cela, le seul événement qui pourrait vraiment chambarder tous ces calculs et débloquer l’impasse est une attaque israélienne de l’Iran et un embrasement général du Moyen-Orient. Il s’agit là d’un prix que personne n’est prêt à payer.