Automne bien-aimé

Notre première vraie rencontre remonte en 1997. Nous nous étions donné rendez-vous à Pré-d’en-Haut, sur les rives de la Petitcodiac. Pendant toute une semaine, nous nous sommes apprivoisés et appréciés. Je m’étais promis de rester fidèle à sa beauté toute nue. Cette fois-là, même la rivière Petitcodiac m’avait semblé si claire et limpide. Mais comme dans toute histoire d’amour, j’en suis venu à ne plus remarquer ses bienfaits. La routine et les habitudes ont le malheureux pouvoir d’éteindre les flammes pourtant si ardentes au commencement.

Cette année, j’ai retrouvé novembre dans toute sa splendeur. Je me suis jeté dans ses bras, dans ses jours, et j’ai été comblé. Il m’a donné autant de rêveries que les poudreries de février, autant de promesses que les verts tendres de mai et autant d’abondance que les récoltes de septembre.

Novembre est là pour faire la récolte de l’été. Puisque la belle saison a comblé bien des attentes cette année, l’abondance des fruits permet une cueillette exceptionnelle.

Les arbres en novembre nous montrent leur beauté à l’état brut. Ils ont laissé tomber leurs bijoux et leurs objets d’apparat. Sans fards à joues, ils sont dans toute leur splendeur. Leurs mains et leurs doigts sont levés vers le ciel. Remplis de feuilles, les arbres sont un écran qui nous empêche de voir ce qu’il y a de l’autre côté. Dépouillés, ils sont la plus belle image d’une personne qui laisse passer la lumière à travers elle pour révéler ce qu’il y a de l’autre côté.

Les matins de novembre sont parmi les plus beaux de l’année. Les matins si froids de novembre. Ils sont beaux à cause du givre au bord des fenêtres et sur les toits. La pelouse et les arbustes sont recouverts de ce voile blanc qu’une mariée de l’été a étendu et laissé là. Celui qui ose se pencher pour admirer l’herbe gelée assiste à un spectacle digne des plus grandes scènes.

Dans le brouillard du matin qui se déchire, il y a la lumière tamisée de novembre. Dans cette lumière, une sobriété qui pacifie. Les couleurs permettent l’intériorisation aussi bien que les techniques modernes de relaxation cherchant à le faire. Les couleurs sont belles, parce que sans éclats. Même le bleu de Chartres ne peut rivaliser avec la beauté du ciel de novembre.

Lorsque le soleil tire sa révérence, il y a les soirées de novembre. Les belles longues soirées. Les plus belles de l’année. En été, on n’a pas de soirée! On a seulement des journées qui durent… jusqu’à la nuit. Mais entre les deux, nada! En novembre, on a droit à de belles longues soirées qui permettent ce qu’on néglige souvent: l’intimité du foyer, les repas entre amis qui s’éternisent, la lecture des livres qui ont attendu patiemment, etc.

Je pourrais aussi parler des saveurs de novembre. De ses odeurs aussi. Et des souvenirs qu’il inspire. Ce temps de l’année a tellement pour charmer celui qui veut voir, sentir et entendre la beauté du monde.

Pour encore une semaine, je le cri: ce mois-ci est le plus beau des mois. Il l’est tant que le suivant n’est pas arrivé. Lorsque celui-ci arrivera, il me fera la cour. Et il réussira probablement à conquérir mon cœur. Heureusement que les mois ne sont pas jaloux les uns des autres.

Quelques évènements de la semaine

Reçu de l’information sur les activités à La Solitude de Pré-d’en-Haut. Une oasis pour vivre une expérience de silence en pleine nature. Pour goûter le moment présent et reprendre contact avec son être profond, les gens sont logés dans des maisonnettes modestes, sans électricité ni eau courante. Ce dépouillement extérieur enrichit l’être intérieur.

Rencontré une personne qui revenait d’un séjour à La Solitude. Nous avons échangé sur la puissance du silence et du partage pour retrouver la sérénité. À Pré-d’en-Haut, les gens qui le désirent peuvent être écoutés et accompagnés par un guide. Pour consulter la programmation et les réalisations d’un conseil d’administration dévoué, vous pouvez visiter Internet (www.lasolitude.ca).

Savouré des huîtres. Même si nous pouvons les déguster à l’année, c’est l’automne qu’elles sont meilleures selon moi. Aucun autre mollusque ne réussit à contenir la mer comme l’huître. En l’ouvrant, le vent de l’air salin et les cris des goélands envahissent l’espace. Elles nous font voyager, tout en nous gardant à la maison.

Marché avec mes neveux pour ramasser quelques branches de bois mort et de pin toujours vert. Installées dans un gros pot, elles me rappellent la beauté de cette saison et m’enlèvent toute envie d’installer un sapin de Noël en novembre. Décembre ne marche pas sur les pieds de son voisin chez moi.