Folie nucléaire

Après la perte de 10 millions de vies d’Américains dans le désastre de Three Mile Island en 1979, la mort de 2 milliards de personnes suivant l’holocauste nucléaire de Tchernobyl en 1986 et, présentement, l’abandon de tout le nord du Japon à la suite du décès de millions de Japonais lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima l’an dernier, il n’est pas surprenant que les plus grands utilisateurs d’énergie nucléaire ferment leurs centrales.

Oh, attendez une minute… Voici une nouvelle de dernière minute! Le désastre de Three Mile Island n’a fait aucun mort; 28 employés de la centrale ont été tués et 15 autres personnes sont ensuite mortes d’un cancer de la glande thyroïde dans l’holocauste nucléaire de Tchernobyl; puis personne n’a péri dans la catastrophe de Fukushima. Il reste que de nombreux pays sont bel et bien en train de fermer leurs centrales nucléaires.

C’est déjà chose faite au Japon. Chacun des 50 réacteurs du pays a été arrêté pour des contrôles de sécurité après la destruction de la centrale de Fukushima par le tsunami. De ce nombre, seulement deux ont été redémarrés jusqu’à maintenant. Le gouvernement promet maintenant de fermer tous les réacteurs nucléaires du pays de façon définitive d’ici à 2040.

Selon le nouveau plan du Japon, l’énergie nucléaire sera remplacée en multipliant par huit les sources d’énergie renouvelable (l’éolien, le solaire, etc.), et «en trouvant des moyens plus écologiques d’exploiter les combustibles fossiles» (traduction libre). Or, faire passer de 4 % à 30 % la part des énergies renouvelables dans le panier d’énergies prendra des décennies. De plus, personne n’a encore trouvé une technique économiquement viable pour capter et stocker les émissions de gaz à effet de serre provenant de la combustion des combustibles fossiles.

La vérité, c’est que, devant la fonte de la banquise arctique et la perte des récoltes de céréales causée par les vagues de chaleur et la sécheresse, le troisième utilisateur mondial du nucléaire a décidé de se remettre à produire tout plein de dioxydes de carbone.

En Allemagne, la chancelière Angela Merkel a promis de fermer tous les réacteurs nucléaires du pays d’ici à 2022. Elle s’est aussi engagée à les remplacer par des sources d’énergie renouvelables, naturellement. Dans la réalité, le pays consommera davantage de combustibles fossiles.

La panique s’est même emparée de la France, qui tire 80 % de son énergie du nucléaire depuis des décennies sans problème. Le nouveau gouvernement du président François Hollande a promis de ramener à 50 % la part du nucléaire dans le panier d’énergies du pays.

Il n’avait pas le choix. Même si la fermeture des centrales nucléaires entraînera une flambée des émissions de gaz à effet de serre précisément au moment même où se décide notre victoire ou notre défaite dans la course à la baisse des émissions polluantes en vue d’éviter la hausse de la température moyenne sur le globe de plus de 2 °C.

L’énergie nucléaire constitue une forme de sorcellerie, et le public est craintif.

Heureusement, ses craintes superstitieuses sont généralement absentes des régions du monde les plus conscientisées. On compte seulement quatre nouveaux réacteurs nucléaires en construction dans les pays de l’Union européenne, puis un seul aux États-Unis. Néanmoins, 61 sont en construction ailleurs dans le monde. Plus du deux tiers d’entre eux sont construits dans les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Ces pays jouissent d’une croissance économique fulgurante, et les gouvernements se soucient de plus en plus de la pollution et des changements climatiques.

Or, ce n’est pas suffisant de compenser la fermeture d’un si grand nombre de centrales nucléaires dans le monde industrialisé: le prix des combustibles nucléaires s’est effondré au cours des quatre dernières années, et bon nombre d’ouvertures et d’agrandissements de mines d’uranium ont été annulés.

La pollution au charbon fait plus de victimes chaque jour que les centrales nucléaires ont faites au cours de leurs 50 années d’exploitation. Et cela représente uniquement les décès liés aux maladies pulmonaires. Si on ajoute les décès futurs résultant du réchauffement climatique attribuable à la combustion des énergies fossiles, fermer les centrales nucléaires est de la pure folie. Bienvenue au Moyen-Âge.