À la recherche de solutions concrètes pour enrayer la violence familiale!

La semaine prochaine, aux alentours du 6 décembre, des cérémonies commémoratives seront organisées pour marquer la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. On nous demandera d’observer un moment de silence et de nous recueillir sur la question.

À certaines cérémonies, on lira à haute voix le nom de chacune des 14 femmes victimes de la tuerie de Montréal en 1989. Peut-être nommera-t-on les dizaines de Néo-Brunswickoises tuées par leur partenaire depuis cette date. J’en compte 10 depuis 2010, presque un record pour notre province.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je m’interroge sur l’efficacité de ces activités commémoratives et des gestes que nous posons à longueur d’année à vraiment changer les choses. Au moment d’incliner la tête, nous ferions peut-être mieux de penser aux éléments suivants: une liste d’occasions manquées.

En 2007, on a établi à Moncton le premier «tribunal chargé des causes de violence familiale». Il s’agissait d’un projet pilote de trois ans. Après cette période, si le projet pilote donnait les résultats escomptés, il serait étendu à d’autres villes. Ce tribunal est doté d’employés ayant reçu une formation spécialisée sur la dynamique de la violence familiale, y compris la juge. Il visait à améliorer les mesures d’intervention du système de justice contre ces crimes, à mieux protéger les victimes et à amener les contrevenants à assumer la responsabilité de leurs actes. Quatre ans plus tard, on a dévoilé les résultats: le projet pilote est un succès! Grâce au tribunal, les cas de violence familiale sont mieux cernés, ce qui permet d’en faire le suivi. De plus, ces cas y sont traités de manière plus rapide et plus efficace que dans les autres tribunaux criminels de la province. Néanmoins, le gouvernement a uniquement décidé de rendre le tribunal chargé des causes de violence familiale à Moncton permanent et non de l’étendre à d’autres régions. Il s’agit d’une excellente nouvelle pour Moncton, sauf que…

Le Canada disposait d’un registre des armes à feu et d’autres mesures visant à réduire la violence armée. Il avait fallu des décennies et des millions de dollars pour les mettre en place, mais ces outils donnaient de bons résultats. Les victimes canadiennes et leurs familles les avaient réclamés. Les forces policières reconnaissaient que ces outils contribuaient à sauver des vies, y compris celles des policiers. Or, c’était trop demander aux propriétaires d’armes à feu d’enregistrer leurs armes de la même façon qu’ils immatriculent leurs voitures ou enregistrent leurs chiens. Ainsi, sur un coup de tête idéologique, le gouvernement fédéral l’a aboli. Qui plus est, dans un geste de vandalisme public malintentionné, il a même détruit les données. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick n’a pas émis la moindre protestation. Les familles des douzaines de victimes d’homicides de la province non plus. Quelle perte!

Il y a environ dix ans, le gouvernement provincial a adopté un plan de lutte contre la violence à l’égard des femmes. À l’époque, il a déclaré qu’il tiendrait une campagne de sensibilisation publique sur les attitudes «controversées» observées chez les Néo-Brunswickois à l’origine des problèmes de violence. Le gouvernement effectuerait un sondage attitudinal auprès des Néo-Brunswickois, mènerait la campagne, puis répéterait le sondage une fois la campagne de sensibilisation terminée pour en évaluer l’impact. Alors, un sondage a été mené en 2002. Parmi les attitudes ahurissantes recensées, il y avait celle où 31 % des hommes et 20 % des femmes étaient d’accord avec l’énoncé voulant que la violence à l’égard des femmes se produise souvent parce que la femme incite son partenaire à la violence en lui faisant des remarques ou en le critiquant. Aussi, d’après 59 % des Néo-Brunswickois sondés, il n’est pas un crime de gifler sa femme au visage après une dispute. Enfin, 35 % estiment qu’il n’est pas un crime de forcer son épouse à avoir des relations sexuelles. Je suppose que ces données «expliquent» nos statistiques sur la violence familiale. Néanmoins, après le sondage, aucune campagne n’a été organisée pour remettre en question ces attitudes. Pourtant, en 2009, on a mené un autre sondage! Peut-être pour évaluer si ne rien faire était la solution. Le sondage de 2009 a révélé que certaines attitudes s’étaient détériorées: désormais 34 % des hommes et 23 % des femmes étaient d’accord que la femme victime provoquait les actes de violence. Un peu moins de gens estimaient qu’il n’était pas un crime de gifler sa femme. Enfin, selon 27 % des Néo-Brunswickois, il n’est pas un crime de forcer son épouse à avoir des relations sexuelles, par rapport à 35 % en 2002. Quelqu’un est-il indigné de voir que personne n’a réagi lorsqu’on a montré que le nombre de Néo-Brunswickois estimant que les femmes battues incitaient leur partenaire à la violence était à la hausse?

Le gouvernement provincial a enfin formé un comité d’examen de la mortalité liée à la violence familiale en 2009. Au moment de l’annonce, bien des personnes étaient soulagées d’apprendre que des mesures seraient enfin prises pour prévenir certains de ces décès. Trois ans après sa création, un rapport de «première étape» a été préparé. Le rapport, publié récemment, conclut que l’information recueillie sur les cas n’est pas systématique, alors on ne sait absolument rien. Ça, tout le monde le savait déjà. Alors, la seule chose qui a changé depuis la création du comité est le nombre de femmes tuées. Environ 12 victimes se sont ajoutées depuis 2009. Le nombre s’élève à 19 si l’on compte les hommes qui se sont suicidés après avoir tué leur partenaire. Le rapport fait même état des «victimes» et des «agresseurs» de violence conjugale, comme si le sexe n’avait pas d’importance dans ce dossier.

En réalité, le nombre effarant de femmes victimes d’un assassinat et de voies de fait ces dernières années dans la province n’a pas suscité d’indignation. Même pas auprès de ceux et celles qui assurent des services aux victimes, on dirait parfois. Souvent, lorsque les médias consultent les personnes qui travaillent avec les victimes de violence pour obtenir leur réaction au sujet des statistiques ou bien à la suite d’un autre cas de violence, elles donnent à peu près la réponse suivante: «C’est parce que nous faisons un excellent travail afin de convaincre les victimes à porter plainte». On ne donne aucune preuve. Je n’arrive pas à comprendre comment ces propos expliquent notre taux d’homicides familiaux. On ne parle jamais de cet élément, ni du fait que les taux étaient déjà élevés avant la mise sur pied des quelques services aux victimes offerts. Entendre ces intervenants affirmer qu’ils «préfèrent penser» que ces statistiques sont une bonne nouvelle, perdant ainsi une occasion de sonner l’alarme, me laisse perplexe.