De la nourriture pour l’âme

Je n’ai assisté qu’à une seule projection du FICFA (Festival international de cinéma francophone en Acadie) cette année, mais j’en suis ressortie comblée. En plus, je n’ai vu aucun des films qui ont remporté prix ou mentions, c’est dire. Il s’agissait de films sur l’art, dont Nos jours absolument, doivent être illuminés de Jean-Gabriel Périot et André Lapointe espaces (ré)créatifs de Didier Maigret.

Le premier, Nos jours absolument, doivent être illuminés, évoquait les détenus d’une prison d’Orléans donnant un concert fermé aux yeux du public et aux caméras. Cependant, le concert était diffusé par haut-parleurs à l’extérieur de l’établissement.

La caméra, ne pouvant montrer les détenus-chanteurs, fixe donc longuement les visages des gens venus écouter. Un film fait de presque rien, de l’effet de ces voix donnant leur chant sur les visages de personnes les recevant. Vingt-deux minutes de flottement sur ce filon ténu, pas de pleurs ni de grincements de dents, seulement des voix, des visages et nous, spectateurs et spectatrices, voguant dans les méandres de notre propre sensibilité.

Étant donné mon faible pour le travail en art nature d’André Lapointe, je me doutais bien que j’apprécierais le film André Lapointe espaces (ré)créatifs de Didier Maigret. Mais ô combien! Ce film montre un artiste hors pair au travail, dont on se doute que peu de gens verront les oeuvres, car ses (ré)créations sont situées loin des sentiers battus, en forêt, dans des marécages ou encore le long de falaises inhabitées. D’où leur intérêt aussi, je vous dirais. Il y a quelque chose d’absolument renversant de voir la sensibilité, le travail et l’amour, oui, investis dans ces œuvres tout en finesse, aussi belles que discrètes, créées loin du monde en quelque sorte, et qui continueront ainsi à exister silencieusement, loin du fracas de nos préoccupations quotidiennes.

À la fin de la séance, j’étais éblouie. Devant des oeuvres qu’il serait facile de ridiculiser (parce qu’il ne se passe rien, parce que ça ne sert à rien) moi, j’étais nourrie. Tous avaient osé quelque chose.