Un homme dévasté (partie 2)

Je lui criais, suppliant qu’elle ne me quitte pas, parce que je l’aimais éperdument, que ma vie sans elle était réduite à néant, que je ne pourrais pas survivre à cette épreuve. Finalement, je mis en boule au fond de la poubelle.

Pourquoi?

L’émancipation des femmes peut-être, arrivées vers l’âge de la quarantaine, elles ont besoin de plus de considération, de plus de liberté peut-être, aussi de changement de vie. Je n’ai pas le sentiment que ce bel oiseau avait été enfermé un jour.

Changer de vie? Pour quelle raison, puisqu’à mes yeux tout tourne rond dans notre couple? Elle m’en aurait parlé avant. Par contre, il est vrai que durant ces vingt-trois années de vie commune, je ne lui ai pas assez montré à quel point je la considérais, je l’appréciais, je l’admirais, je l’aimais tout simplement. L’orage tenait maintenant par un fil.

Dans une angoisse qui me prenait les tripes, je lui ai demandé: «As-tu quelqu’un d’autre?»

Je réalise trop tard!

Je viens de perdre l’être le plus cher au monde. Avec une froideur qui me donne encore des frissons, elle m’annonce solennellement: «Je reste sur ma décision. Je veux que nous nous séparions». Les femmes en général, une fois qu’elles n’aiment plus, rares sont celles qui font marche arrière. Face à mon manque de culture émotionnel, je restai de marbre, aucune faiblesse ne s’échappait; étais-je si dur, à ne pouvoir laisser transparaître la moindre défaillance? Elle devait avoir cette idée depuis belle lurette! Depuis combien de temps résiste-t-elle à cet appel de liberté, cette envie d’ailleurs qui la taraude? C’en était trop, de ces vingt-trois années de compromis, oui, d’amour mal donné, mal reçu, un joug subi sans raison voudrait aujourd’hui la forcer à penser sa vie autrement quelle ne l’entend! Un enfant, un appartement, les courses du samedi, épuisée de ses journées de travail, le train-train quotidien, un mari jamais présent, quelque part aussi égoïste. Une vie maussade!

Elle me répond: «Non», c’est parce que tu m’opprimes! Torturé pendant des mois par ce mot, cherchant la définition dans le dictionnaire pour y trouver des similitudes vis-à-vis elle. En toute franchise, je ne me suis jamais rendu compte. Que répliquer à un tel aveu? De toute façon, je n’avais aucun moyen pour la ramener à la raison maintenant! Là, tout de suite, elle a des ailes, elle peut s’envoler loin de cette vie maussade. Laisser tomber tout son passé, fuir les soirées trop pleines de solitude. Fini de vivre ainsi à contre-courant.

Elle peut s’en aller maintenant et très vite!

L’urgence affleure, cette soif sauvage de liberté se manifestait depuis ces derniers mois par une langueur sans raison, un détachement, une usure du cœur. Elle a construit un rempart de glace tout autour de son cœur.

Moi j’étais là, sans mot, triste, mes jambes ayant du mal à me maintenir debout, ne comprenant toujours pas son entêtement à vouloir m’effacer. Là tout de suite rien n’était vivant dans mes mots, tout était bloqué, j’étais paralysé. Le supposé tyran que j’étais devenait soudainement esclave. Je m’engluais dans mes émotions qui s’emmêlaient entre peur, colère et culpabilité, j’étais impuissant. Les battements de mon cœur se firent plus violents. Me prenant du fond du ventre, le chagrin me submergea. Un chagrin énorme, disproportionné.

Une larme file le long de ma joue, puis une seconde et un flot intense accompagné de sanglots insensés. Ma raison se laissait emporter par la violence de mes émotions, incapable de contenir ce flot de désespoir.

L’affront!

Le jour du divorce, elle s’est pointée avec son mec, ce qui m’a rendu furieux, j’étais fou de rage. «Elle a vite fait de prendre un remplaçant», m’avait-on dit. Vingt-trois ans de vie commune effacée comme un rien. Moi qui avais bien préparé mon discours: je m’étais bien ancré dans la tête de ne pas lui faire de cadeau, de lui lâcher tout ce que j’avais sur le cœur quitte à la blesser profondément. Je répétai inlassablement ces quelques phrases pour être sûr de ne rien oublier. «Tu m’as largué. Je suis blessé d’avoir été ainsi déposé, en plein amour, si soudainement que mon orgueil m’interdit de continuer à dialoguer avec toi. D’ailleurs quelle relation pourrions-nous avoir? Tu voudrais que nous soyons amis. Je ne t’ai pas choisie comme telle. En voilà une belle amitié d’ailleurs, moi qui te croyais sincère, c’était au moins une qualité que je ne pensais pas pouvoir te renier. Je découvre que tout ça, c’est du toc. Ah! tes beaux discours, tu peux les remballer! Mais va donc au diable si tu veux toi et ton «oppression»!

Mais il en fut autrement. Lorsqu’elle arriva, je fis mine de ne pas la voir. J’eus un pincement, comme des crampes au cœur… Elle s’approcha, bonjour! «Tu ne veux vraiment plus me parler»? J’avais la gorge nouée, incapable de lui lâcher tout ce que j’avais sur le cœur. Fais-le pour notre fille, me dit-elle! Je faillis m’étrangler. Penser à notre fille? Pourquoi, elle avait pensé à notre fille en prenant cette décision?

Moi qui croyais la vie trop courte, désormais je la trouvais trop longue. – JC

Homme disparu en mer

JC a quitté la terre ferme en septembre 2010, il a été porté disparu en mer. Quitté une existence qui devenait de plus en plus lourde à porter. Était-ce de l’amour véritable? De l’amour réalisé trop peu, trop tard! Des regrets d’avoir tenu pour acquis une femme, un couple? Des remords de ne pas avoir vu venir la séparation? Était-ce de la dépendance affective, si savamment utilisée, si souvent utilisée? Était-ce un trouble d’adaptation à une situation de stress intense qui trouble l’esprit? Certains hommes largués retournent la colère contre eux ou contre le partenaire, pourquoi?

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