Un «road movie» pour l’enfance

C’est sur cette base que se construit la pièce La Ville en rouge, un texte de Marcelle Dubois produit par le Théâtre populaire d’Acadie et le Théâtre du Gros Mécano, en collaboration avec le Théâtre Pupulus Mordicus, qui s’adresse aux enfants âgés de 9 à 12 ans.

Flé (Joanie Lehoux) convainc ses amis Paty (Annick Landry), Minus (Israël Gamache) et Léo (Sylvain Ward) de quitter l’ennui de leur village pour se confronter avec l’idéal que représente cette ville dont tout le monde parle, mais où personne ne semble avoir été. L’intrigue se fonde sur les péripéties qu’ils vivront et les questions qu’ils se posent.

On est donc face à une fugue de quatre enfants qui se croient capables d’assumer leur autonomie en vivant leur rêve. On pourrait parler, comme le suggère le site du Gros Mécano, d’un «road movie pour l’enfance», d’autant plus que la pièce est formée de scènes très courtes, ce qui crée un effet de vidéoclip.

Si l’intrigue est amusante et nourrie de rebondissements, c’est la quête des enfants qui est fondamentale. Ils veulent trouver ce monde qui leur semble idéal et qui leur permettra d’échapper à ce qu’ils croient être la médiocrité de leur destin. En chemin, ils se lieront avec Galy (André Robillard), un jeune délinquant de presque 16 ans habité par une révolte qu’il n’arrive pas à canaliser.

Le metteur en scène, Martin Genest, a su donner du rythme à l’ensemble et éviter les temps morts qui auraient pu naître à cause de la très courte durée des scènes. Quant aux comédiens, ils sont tous excellents. Ils ne jouent pas aux enfants, ils créent des personnages qui sont des enfants. Leur jeu est légèrement distancié, jamais chargé. Ces enfants sont aussi des êtres humains, peu importe leur âge, qui cherchent à se dépasser, à se confronter avec l’inconnu pour ainsi se réaliser. Et si pour eux cette quête est celle de leur passage de l’enfance à l’adolescence, elle est aussi passage pour chacun d’entre nous.

Les enfants atteindront la Ville en rouge, mais ils seront rattrapés par la police au grand soulagement de leurs parents. La pièce se structure autour de leur témoignage au poste de police: ils viendront individuellement témoigner de leur aventure à certains moments clés de l’intrigue.

La production donne toute sa force au texte. Un plateau tournant sur lequel est fixé un écran qui est mis en relief par les éclairages (une scénographie de Christian Fontaine), des projections vidéo (œuvres de Daniel Faubert assisté de Louis Tremblay), l’utilisation de marionnettes et de maquettes (de Pierre Robitaille, en collaboration avec Vano Hotton) qui reproduisent les lieux que les enfants croisent, une musique toujours évocatrice (de Jean-François Mallet).

Cette pièce dispose de moyens imposants et illustre où en est rendu le théâtre pour l’enfance. On comprend alors la nécessité de coproduire afin de répartir les coûts, mais aussi d’augmenter la diffusion en se fondant sur les circuits que chacune des compagnies a développés au fil des ans.

De la même façon que la littérature jeunesse aborde des thèmes sérieux sans faire de morale, La Ville en rouge nous propose un questionnement. Ces enfants qui fuguent parce qu’ils se sentent mal où ils sont, que veulent-ils nous dire? Leurs parents sont sans reproche et leur école n’est ni meilleure ni pire que les autres. Et pourtant, ils veulent faire leur «révolution». Brandissant fièrement le drapeau (rouge évidemment) qu’ils se sont donné, ils partent, un peu par défi, un peu pour suivre leur chef, cette Flé qui est persuadée de trouver là-bas, plus loin que l’horizon, la réalisation de ses rêves.

L’aventure ne se termine pas après leur arrestation. Ils se seront prouvés à eux-mêmes qu’ils sont capables de dépassement, tout en acceptant qu’ils ne soient pas prêts à voler de leurs propres ailes, mais ce n’est que partie remise: un jour, ils seront prêts. Une belle leçon de vie.