Circonscriptions perdues

C’est chose faite: le gouvernement néo-écossais vient de rayer de sa carte électorale la circonscription noire de Preston et les trois circonscriptions acadiennes d’Argyle, de Clare et de Richmond. Toutes les protestations et manifestations n’y feront rien, malheureusement, ainsi vont la démocratie et le pouvoir de nos gouvernements majoritaires. Reste la voie des tribunaux que la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse a déjà annoncé qu’elle prendrait. On la comprend pleinement: il y va, en effet, d’une question cruciale pour la communauté acadienne qui ne peut accepter de perdre le poids politique qu’on lui avait donné en reconnaissance de son rôle historique et présent dans le développement de la province.

Le général de Gaulle a dit un jour qu’on peut juger de la grandeur d’une nation à la façon dont elle traite ses minorités. À cette jauge, le premier ministre Dexter n’est pas à la hauteur et les tribunaux ne manqueront sans doute pas de le souligner. Donneront-ils raison aux Acadiens? Je le crois. Mais les tribunaux pourront-ils forcer un retour au modèle précédent? Je n’en suis pas certaine du tout.

Dans ce contexte, il me semble essentiel – tout en préparant sa bataille juridique – que l’Acadie de la Nouvelle-Écosse réfléchisse à un nouveau modèle représentatif pour sa population qui, elle aussi, a évolué. Pourquoi ne pas envisager trois représentants acadiens pour la province? Un pour le Cap-Breton, un pour le centre et un pour le Sud? Ainsi, les gens de Chéticamp, de l’île Madame, de Pomquet, de Halifax et d’ailleurs auraient la possibilité de faire entendre leur voix en votant pour ces supradéputés qui, ensemble, représenteraient tous les Acadiens et Acadiennes de la Nouvelle-Écosse.

Je réalise bien que cette solution ne sourit sans doute pas aux électeurs d’Argyle, de Clare et de Richmond, mais le mal est fait et il me semble qu’il faut tenter à présent de tourner ce coup bas du gouvernement Dexter en tremplin vers l’avenir. L’Acadie, on le dit souvent, a prospéré par détermination et créativité, en entrant par la fenêtre lorsque la porte était fermée, en étant toujours là où on ne l’attendait pas. Aujourd’hui encore, c’est, à mon sens, une approche gagnante!