Lune immaculée d’automne

Il n’y a pas si longtemps, ce jour ne passait pas inaperçu au calendrier. C’était jour de congé un peu partout à cause de la fête de l’Immaculée-Conception. Pour une journée, on prenait congé de l’avent en fêtant comme si Noël était déjà là. Les diocésains d’Edmundston et de Saint-Jean avaient une raison de plus de célébrer: leur cathédrale est placée sous le patronage de l’Immaculée-Conception.

Aujourd’hui, il reste l’Université Laval qui a gardé le 8 décembre comme jour de congé. Mais je serais prêt à parier que la majorité des étudiants ignore que cette journée était à l’origine un jour de fête mariale, et non un jour de magasinage en vue des Fêtes. Dans la société, on ne célèbre plus Marie comme on le faisait autrefois. Et en église, on n’en parle plus comme on l’a déjà fait.

Comment parler de Marie aujourd’hui?

Peu de lignes de la Bible sont consacrées à Marie. Des écrits chrétiens et profanes des premiers siècles parlent d’elle. Il y a aussi les documents de la Tradition de l’Église qui nous parlent de Marie: la constitution dogmatique sur l’Église du concile Vatican II présente Marie à sa juste place en ne la séparant jamais de son point de référence indispensable: le Christ.

La liturgie nous permet aussi d’approfondir la vie de Marie et ses mystères. La réforme liturgique a voulu centrer davantage la prière publique de l’Église sur le Christ et le mystère pascal. La place faite aux saints ne doit jamais être plus grande que celle faite aux mystères du salut. Marie a cependant une place particulière dans le culte rendu aux saints. L’Église la vénère avec un attachement particulier, toujours en référence au Christ.

La révision du calendrier liturgique (au cours des années 1960) montre d’ailleurs une évolution des fêtes de la Sainte Vierge en mettant davantage l’accent sur Jésus. Ainsi, on ne parle plus de l’Annonciation à la Vierge Marie (le 25 mars), mais de l’Annonciation du Seigneur; on ne parle plus de la Purification de la Vierge (le 2 février), mais de la Présentation du Seigneur. Lorsque la Vierge est célébrée, ce n’est pas pour elle-même: elle est là pour montrer celui qu’elle porte et donne au monde.

De plus, lors de la réforme, il semble y avoir eu une préoccupation de recentrer sur la vie de Marie, plutôt que sur des considérations comme les apparitions, la douleur, l’octave, etc. Il ne s’agit pas d’écarter la Vierge Marie, mais de la mettre à sa vraie place!

Saint Louis-Marie Grignon de Monfort, dans son classique La vraie dévotion à la Sainte Vierge, montre bien le rôle de Marie: «Elle n’est pas le soleil, qui, par la vivacité de ses rayons, pourrait nous éblouir à cause de notre faiblesse; mais elle est belle et douce comme la lune, qui reçoit sa lumière du soleil et la tempère pour la rendre conforme à notre portée».

Pour lui, elle est comme la lune. Pour notre peuple, elle est comme l’étoile de la mer. Définitivement, elle appartient à la nuit. Celle qui guette l’aurore avec la confiance du veilleur. Celle qui accompagne l’Église de l’avent vers le jour de lumière et de paix.

Événements de la semaine

Admiré la lune et ses reflets sur la baie des Chaleurs. C’était la fin de semaine dernière. Elle perdait sa rondeur. La lune d’automne est si belle et évocatrice de la vie chrétienne: refléter la lumière qui lui vient d’un Autre.

Cité cette phrase de saint Augustin: «Il est plus important pour Marie d’être restée disciple du Christ que mère du Christ.» Au cours de son ministère, Jésus a présenté Marie comme modèle de vie chrétienne à cause de sa fidélité à la Parole.

Appris, moi aussi, que le couple royal attendait un enfant! Coïncidence: l’annonce a été faite le premier dimanche de l’avent. Les reportages de la BBC montrent le peuple anglais qui attendait cette nouvelle et qui prépare la venue de l’enfant. Le couple change son style de vie pour le bienfait du nourrisson à venir. Si on agit ainsi pour un enfant des hommes, il est normal que Dieu ait voulu préparer pour son Fils une demeure digne de Lui: un peuple choisi qui l’attendait, et issue de ce peuple, l’Immaculée-Conception.

Mis en valeur dans mon coin de prière l’icône de la Vierge Marie peinte par Edna Hébert. La tradition iconographique est ancrée dans la liturgie orientale. Cette prière, tournée vers la louange, place Marie si proche de son Fils qu’on la loue avec le Seigneur et qu’on la prie comme si elle disposait de sa puissance.

Fait la recension d’un livre de Fourastier (Paris: 2012) qui montre Marie présente à tous les moments importants de la vie de son Fils. Depuis l’annonciation jusqu’à l’attente de l’Esprit-Saint au cénacle, en passant par les pèlerinages au temple et la croix, Marie est «parfaite image de l’Église à venir, aurore de l’Église triomphante» (préface de l’Assomption).