Rêves séparatistes

Dans d’autres parties du monde, les mouvements séparatistes sont habituellement violents (p. ex. Cachemire, Sri Lanka, les nombreuses révoltes kurdes) et ils parviennent parfois à leurs fins (Soudan du Sud, Érythrée, Timor-Oriental). En revanche, dans les pays occidentaux prospères et démocratiques, les mouvements sont presque toujours pacifiques, superficiels et sans lendemain.

Prenons par exemple le cas des innombrables mouvements séparatistes de l’Union européenne. L’Écosse tiendra un vote sur l’indépendance de la Grande-Bretagne en 2014. De plus, la Catalogne et le Pays basque espagnol viennent d’élire les gouvernements nationalistes qui promettent de tenir un référendum sur l’indépendance. Néanmoins, il n’y aura probablement jamais de séparation dans ces régions.

Les Écossais, les Catalans et les Basques sont portés à se voir en victimes, sauf qu’ils sont les seuls à le faire. Ils sont autonomes dans la plupart des dossiers, à part la défense et les affaires étrangères. Ils possèdent leurs propres budgets et gèrent des systèmes d’éducation et des institutions culturelles distincts.

Le séparatisme carbure à l’émotion. C’est la raison pour laquelle sa popularité est si faible. Certes, ennoblir la défaite historique de (insérez ici le nom d’une bataille perdue il y des siècles) en déclarant son indépendance ici et maintenant vient faire vibrer la corde sensible de la population. Cependant, la plupart des gens font passer leurs intérêts économiques avant tout! Les chefs nationalistes doivent ainsi toujours promettre que l’indépendance aura un impact minime sur le plan économique.

La façon dont les indépendantistes s’y prennent en Écosse et dans les régions séparatistes de l’Espagne pour faire avancer leur cause est de maintenir que l’adhésion à l’Union européenne sera automatiquement transférée à l’État successeur. De leur côté, les opposants à la sécession soutiennent que l’adhésion n’a rien d’automatique.

Le mois dernier, lorsque le premier ministre de l’Écosse, Alex Salmond, s’est entendu sur les conditions du référendum de 2014 avec le gouvernement britannique, le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Garcia-Margallo s’est empressé de déclarer qu’une Écosse indépendante NE deviendrait PAS systématiquement membre de l’UE. Il a ajouté que n’importe lequel des 27 États membres (comme l’Espagne, par exemple) pourrait bloquer l’adhésion.

«Dans le scénario hypothétique de l’indépendance», a-t-il affirmé «l’Écosse aura à faire la queue (pour l’adhésion à l’UE), puis demander à devenir membre. L’appui unanime de tous les États membres est nécessaire pour obtenir le statut de pays candidat». (traduction libre) En septembre dernier, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a aussi affirmé qu’une Écosse indépendante devrait présenter une demande d’adhésion.

Cet état des choses a été contesté avec véhémence par Alex Salmond, qui était bien conscient que ses chances de remporter le référendum de 2014 étaient nulles si les Écossais estimaient qu’un oui signifiait voter en faveur d’un retrait de l’UE. Pendant des mois, il a soutenu qu’il avait demandé l’avis des conseillers juridiques de son gouvernement, qui avaient attesté l’adhésion automatique de l’Écosse à l’UE. Hélas, il mentait.

À la fin du mois dernier, on a appris que Salmond n’avait pas du tout demandé l’avis des conseillers juridiques. Or, la population le force à poser la question… et il n’aimera peut-être pas la réponse.

Salmond a essuyé une défaite encore plus grande dans ses négociations avec le premier ministre britannique David Cameron. En effet, il a dû consentir à ce que la question du référendum se réponde simplement par un oui ou un non: quitter ou rester? Ce genre de formulation va à l’encontre des instincts de tous les chefs séparatistes, qui privilégient une question nébuleuse, résolument optimiste et qui fait complètement abstraction du redoutable mot «indépendance».

Il est désormais fort improbable que le «Oui» remporte le référendum écossais. Pour ce qui est de la Catalogne et du Pays basque, le Parlement central de Madrid doit donner son approbation à tout référendum sur la séparation. Le gouvernement espagnol en place n’a aucune intention d’y acquiescer. Alors, dans l’ensemble, ce ne sont que des paroles en l’air et des sentiments froissés, simplement.