Charles de Menou d’Aulnay

 Charles de Menou d’Aulnay ne fut pas un héros sans reproche. Mais on ne peut nier qu’il joua un rôle important dans les premiers temps de la colonie et que l’Acadie ne serait sans doute pas ce qu’elle est s’il n’y avait apporté sa contribution.

Il est né vers 1604 en France. Il a servi dans la marine sous le commandement de son cousin d’Isaac de Razilly. Lorsque celui-ci fut envoyé en Acadie, d’Aulnay l’accompagna.

La mort de Razilly en 1635, à peine plus de trois ans après son arrivée, prit tout le monde par surprise. Le développement et la mise en valeur des colonies relevaient à cette époque des compagnies, et principalement de la compagnie de la Nouvelle-France (aussi connue comme la compagnie des Cent-Associés) et la compagnie de Razilly-Condonnier. Le frère de Razilly hérita des concessions de son frère: Port-Royal, la Hève et l’île de Sable. Comme il ne lui était pas possible de quitter la France, il désigna d’Aulnay comme son lieutenant en Acadie.

Or, un autre personnage possédait des concessions sur ce territoire. Il se nommait Charles de Saint-Étienne de la Tour, était en Acadie depuis 1610, avait pris la succession de Charles de Biencourt en 1623 et détenait depuis 1631 une commission royale qui le nommait gouverneur et lieutenant-général du roi. La situation n’aurait pu être plus embrouillée: d’une part, le roi avait confié aux compagnies le développement des colonies; d’autre part, il nommait lui-même un gouverneur.

La Tour s’était plutôt bien entendu avec Razilly; peut-être le séjour de ce dernier ne fut-il pas assez long pour que la dispute éclate. Toujours est-il qu’entre lui et d’Aulnay, on peut dire que ce fut la guerre ouverte. La Tour faisait valoir, entre autres, son ancienneté, d’Aulnay son autorité en vertu du régime des compagnies. Les limites de leurs territoires respectifs n’étaient pas clairement définies. Le domaine de la Tour comprenait le cap de Sable (à ne pas confondre avec l’île du même nom), à l’extrême sud-ouest de la Nouvelle-Écosse actuelle, l’embouchure du fleuve Saint-Jean et, sujet de discorde, le fort de Pentagouet.

Comble de maladresse, une ordonnance du roi Louis XIII en 1638 accorde le territoire situé au nord de la baie Française, soit la côte sud du Nouveau-Brunswick actuel, à d’Aulnay, à l’exception du fort situé à l’embouchure du fleuve Saint-Jean, et à la Tour, toute la Nouvelle-Écosse actuelle, à l’exception de Port-Royal. C’était jeter de l’huile sur le feu.

Il y eut plusieurs affrontements entre ces deux adversaires, aussi convaincus l’un que l’autre de leur bon droit, et aussi déterminés à le faire valoir. Il y eut, entre autres, ce malheureux épisode alors que d’Aulnay attaqua le fort Sainte-Marie en l’absence de la Tour, fit prisonnière l’épouse de la Tour, qui avait pris le commandement de la garnison, et fit mettre à mort tous les soldats malgré sa promesse de leur accorder la vie sauve. Marie Jacquelin mourut en prison.

Si, malgré cette souillure à son honneur, d’Aulnay figure parmi les personnages ayant marqué l’histoire de l’Acadie, c’est qu’on doit tout de même reconnaître qu’il a apporté une contribution considérable au développement de la petite colonie. D’abord, dès les débuts de son mandat de gouverneur, il choisit Port-Royal comme chef-lieu plutôt que la Hève, à cause des terres environnantes qui étaient plus propices à la culture. Il fit venir de France des sauniers, ouvriers employés à recueillir le sel de l’eau de mer. Son but était de se procurer sur place cet agent de conservation essentiel à l’époque pour l’industrie de la pêche. Les sauniers construisirent des levées, aménagèrent des espaces qu’ils pouvaient laisser envahir par la marée, qui s’évaporait ensuite au soleil. Faut-il un grand effort d’imagination pour supposer que les colons, ayant observé ce système, aient eu l’idée de l’appliquer à la culture des terres basses de cette région aux marées exceptionnelles? Aurait-on ici l’origine des aboiteaux? Il a bien fallu que l’idée vienne de quelque part…

D’autre part, quand on consulte les ouvrages de généalogie acadienne, on remarque que parmi les plus anciennes familles acadiennes, plusieurs ont un ancêtre arrivé sous le gouvernement d’Aulnay. Il ne faisait en cela que poursuivre dans la même voie que son prédécesseur Razilly, pour qui le peuplement du territoire était de première importance.

Une erreur plutôt embarrassante s’est glissée dans la chronique du samedi 23 mars, alors qu’on peut y lire que Charles Deschamps de Boishébert peut être considéré comme acadien puisqu’il est né à Québec. Il aurait évidemment fallu écrire «canadien» plutôt qu’«acadien».

Dans une chronique sur les héros de l’Acadie, il convient de souligner le départ de monsieur Martin-J. Légère, un des grands architectes de l’Acadie d’aujourd’hui. À la famille et aux proches, nos sincères condoléances.