Encore Pâques!

«Encore Pâques!», se disent certains en expirant. Pour eux, Pâques a le même poids que Noël. Parce que la fête arrive avec des cadeaux à acheter, un repas de famille à préparer et peut-être une messe à laquelle il faudrait bien participer.

Oui, encore Pâques qui revient. Au moins, Pâques apporte un jour (ou deux) de congé dont nous ne voudrions pas nous passer. Si la dimension religieuse de la fête ne prime pas, pour avoir le sentiment de célébrer quelque chose, on se rabat sur le printemps et les beaux jours qui pointent le bout du nez.

La fête va passer. On va la regarder passer. En ne se demandant même plus ce qu’elle peut changer dans notre vie. En chemin, on a oublié que Pâques peut ranimer l’espérance d’une vie belle et joyeuse malgré tous les malheurs qui nous accablent.

L’appel à une vie en abondance cherche à se faire entendre; le drame, c’est que nous ne l’entendons même plus. Nous continuons notre routine quotidienne en croyant que la vie n’est qu’une suite d’événements où chacun essaie de tirer son meilleur parti.

Nous avons besoin de cette fête pour éveiller la joie de vivre souvent enfouie en nous et masquée par des insatisfactions ou des épreuves qui nous gardent dans le passé.

Thérapie pascale
Pâques est une thérapie du printemps qui guérit nos blessures. Pâques nous apprend à devenir plus humains en éveillant des ressources insoupçonnées en nous.

De nombreuses démarches thérapeutiques cherchent en permanence de nouvelles méthodes pour nous approcher de nos blessures parfois refoulées. Mais il ne faut pas en rester là, sinon nous tournons en rond et nous désespérons de nous-mêmes. Après cette étape nécessaire, la vie peut jaillir même à partir de nos blessures et de nos plaies.

Prendre le chemin de la résurrection, c’est refuser de ressasser les souffrances passées. C’est accepter de nous libérer de ce qui nous retient et de tout ce qui nous entrave, y compris nos illusions. C’est ouvrir son cœur et ses mains comme voile au vent pour se laisser conduire au large. C’est faire l’expérience d’une vie simple et ouverte. Suivre le chemin de la résurrection, c’est définitivement une mentalité à vivre.

Pâques nous oriente vers la joie. «Notre joie n’est pas une joie qui naît de la possession de nombreux biens, mais du fait d’avoir rencontré une personne, Jésus.» (François, dimanche des Rameaux 2013). Depuis le premier dimanche de Pâques, le Christ est uni à chaque personne, qu’elle en soit consciente ou non. Lorsqu’elle est accueillie, cette présence change une vie.

Après le congé pascal, nous allons retourner à nos occupations et découvrir que tout est resté semblable. Pourtant, tout est différent pour ceux qui écoutent comme en écho un murmure transmis de génération en génération depuis deux mille ans. Un arbre écorché reste un arbre écorché, une rivière sinueuse reste une rivière sinueuse et un cœur humain reste capable de choisir entre le bien et le mal. Avec le regard de la foi, tout est renouvelé: l’arbre bourgeonne, la rivière recommence à couler, la personne est inspirée et soutenue parce qu’elle peut se reposer sur Dieu.

Le geste de Dieu
À la fin de ce jour du samedi saint, le soleil va se coucher sur le monde. Il fera noir. Ce sera comme au théâtre lorsque les lumières s’éteignent. Demain, lorsque l’aube nouvelle va se lever, nous serons témoins de ce qui s’est passé dans l’obscurité du monde: la lumière du jour va révéler un tombeau vide.

Et nous serons debout, comme des ressuscités, en train d’applaudir le geste de Dieu. Et comme nous le faisons à la fin d’une grande mise en scène, après avoir été satisfaits par les artistes, nous pourrons crier haut et fort, «ENCORE! ENCORE! ENCORE!» Encore la fête. Qu’elle recommence. Qu’elle soit sans fin.

Oui, ENCORE PÂQUES! Sinon, vaut mieux mourir. Plutôt: à cause de Pâques, il est tout aussi bon de vivre… que de mourir.

Quelques événements
de la semaine
Parlé de Pâques comme de la fête de la justice. Par un tribunal d’hommes, l’Innocent avait été condamné, mais Dieu a cassé ce jugement en ramenant Jésus à la vie. Dieu ne laisse pas la méchanceté avoir le dernier mot. Notre espérance est remplie de justice.

Envoyé des souhaits et des cadeaux à mes filleuls. Je voudrais qu’ils gardent dans leurs souvenirs d’enfance une fête à la saison du printemps qui rappelle que rien n’est impossible pour ceux qui espèrent.

Reçu des fleurs qui annoncent le printemps. Pour moi, pas de doute: Pâques et printemps vont de pair. La résurrection renouvelle aussi la création. Pâques est le véritable printemps qui fait pour nous ce que le soleil permet aux bourgeons.

Renouvelé mon engagement à recréer le monde. La foi en la résurrection nous dit que tout ce qui a été créé l’a été non pour être gaspillé, mais pour être transformé en des cieux nouveaux et en une terre nouvelle. Le vois-tu, ce monde nouveau?

Présidé des funérailles en exprimant ma conviction que les moments de joie, aussi petits soient-ils ici-bas, sont un avant-goût de la joie éternelle. Cette joie à laquelle goûtent en plénitude Donat, Cécile, Martin et les autres.