Le monde vieillit

Voici la statistique la plus étonnante qu’il m’ait jamais été donné de voir: depuis les années 1840, l’espérance de vie dans les pays développés a progressé de trois mois par année. Ce taux d’augmentation s’applique encore aujourd’hui. S’il ne s’écarte pas de façon significative de cette tendance historique, datant aujourd’hui de près de deux siècles, les enfants nés en l’an 2000 ont probablement une espérance de vie d’environ 100 ans.

Cela semble si extrême qu’il faut décortiquer les chiffres avant de pouvoir les accepter. Voyons voir. Environ 160 ans nous séparent de 1840. L’espérance de vie aux États-Unis et en Grande-Bretagne était d’environ 40 ans en 1850. Aujourd’hui, elle est d’environ 80 ans. Cela représente une augmentation de 40 ans en 160 années – oui, c’est trois mois supplémentaires chaque année.

Bien sûr, vous présumez tout de suite qu’il y a un facteur initial caché dans cette statistique: que la majorité de l’augmentation de la longévité moyenne s’est produite durant le premier siècle de cette période, soit l’époque où l’introduction d’aliments de meilleure qualité, de l’eau potable et d’antibiotiques ont permis l’éradication des maladies infectieuses à l’origine d’un nombre élevé de décès chez les enfants. Que c’est en fait ce phénomène qui a fait grimper l’espérance de vie dans les premières décennies de la période. Pourtant, le taux est demeuré stable jusqu’à aujourd’hui.

En 1971, les maladies de l’enfance étaient en grande partie enrayées. Du même coup, l’espérance de vie des hommes britanniques, par exemple, est passée à 68 ans. Ainsi, la majorité du prolongement supplémentaire de l’espérance de vie pouvait seulement être attribuable aux progrès médicaux et aux modifications des habitudes de vie ayant augmenté les taux de survie au cours des dernières décennies de vie.

Or, l’allongement d’espérance de vie à la naissance a continué de progresser. Elle est désormais de 77 ans pour un homme britannique. Les Britanniques vivent dix ans de plus qu’en 1971, époque qui remonte à seulement 42 ans. Donc, la longévité moyenne augmente toujours au même rythme: trois mois par an.

Et les bonnes nouvelles ne s’arrêtent pas là: l’incidence de maladies invalidantes et des invalidités est encore un phénomène se produisant dans la dernière décennie de vie. En effet, les démographes établissent désormais une distinction entre les «jeunes vieux» (les septuagénaires et octogénaires, qui sont pour la plupart encore autonomes et dans une forme physique raisonnable) et les «très âgés»(les nonagénaires et les centenaires, en général fragiles et ayant besoin de soins).

La même évolution se produit dans les pays connaissant une industrialisation rapide, comme la Chine et l’Inde. Effectivement, à l’instar du processus d’industrialisation lui-même, elle s’est produite à un rythme encore plus rapide. Pas plus tard qu’en 1950, l’espérance de vie en Chine était de seulement 42 ans. Elle est aujourd’hui de 75 ans, cela représente une augmentation de SIX mois par année pendant la majeure partie de cette période. Toutefois, elle a connu un ralentissement pour atteindre le même rythme que les pays développés traditionnels.

Bien sûr, un assez gros problème économique se cache dans ces statistiques. La proportion de la population adulte de plus de 65 ans, qui formait autrefois une infime partie de l’ensemble de la population, atteint presque le tiers de la population totale. Il est tout simplement impossible pour tout ce beau monde de «prendre sa retraite» avec le soutien du deux tiers de ceux «en âge de travailler».

Il faut sacrifier certaines choses, et une de ces choses est probablement l’âge de la retraite. Un nombre croissant de personnes de plus de 65 ans continuent de travailler, au moins à temps partiel. En fait, selon les plus récentes statistiques britanniques, près de la moitié des emplois créés depuis le début de la récession de 2008 sont occupés par des gens de plus de 65 ans. Il s’agit en grande partie de travail indépendant ou à temps partiel.

Bienvenue dans le nouveau monde.