La destruction psychologique, une regrettable épidémie

Est-ce qu’on vous a déjà traitée d’«irrationnelle»? Dit de vous que vous aviez des «réactions excessives»? Qu’on vous ait qualifiée de «reine de la tragédie» (dramaqueen), d’avoir «l’imagination trop fertile» ou de n’avoir pas assez le sens de l’humour pour supporter les plaisanteries, alors que vous exprimiez à quelqu’un votre opinion ou vos sentiments à propos de quelque chose? Si oui, vous n’êtes pas la seule. Il y a de fortes chances que vous ayez été victime du phénomène qu’on nomme aujourd’hui la «destruction psychologique».

Jusqu’à tout récemment, je n’avais encore jamais vraiment entendu cette appellation. Un ami m’a envoyé un article traitant de ce sujet, et ce même article m’a ouvert les yeux sur la manière dont nous nous traitons mutuellement dans nos relations amoureuses, dans nos groupes de travail, de même qu’en famille ou entre amis.

Donc, qu’est-ce que c’est, exactement, la destruction psychologique? En gros, c’est de la manipulation émotionnelle. Le but recherché est d’amener une personne à s’interroger sur ses propres réactions à une situation, en l’amenant à se considérer comme irrationnelle, folle ou autre. En gros, les personnes qui font de la destruction psychologique ne veulent pas assumer les conséquences de leurs actes, alors ils blâment injustement d’autres personnes.

Voici quelques exemples:

Votre copain ou votre mari arrive avec une heure de retard, sans avoir téléphoné, un soir où vous aviez planifié une activité ensemble. Alors que vous lui demandez des explications, il vous répond: «Tu es tellement trop sensible, tout le temps; tu réagis toujours de façon exagérée; ce n’est pas un drame que je sois en retard!»

Au bureau, Mary collabore avec Charles sur un projet. Pendant une réunion avec le patron, on s’aperçoit que Charles n’a pas terminé sa section du projet. Afin de protéger son image devant le patron, Charles ment en prétextant: «J’attendais de recevoir les données de Mary pour pouvoir terminer ma section du projet. Ce n’est quand même pas de ma faute si elle ne m’a pas partagé sa partie du travail, et qu’elle travaille mal en équipe.»

Fait intéressant: le terme anglais désignant la destruction psychologique, gaslighting, provient d’une production cinématographique de suspense de 1944, intitulée Gaslight. Dans le film, un mari tente par tous les moyens de faire croire à sa femme qu’elle est en train de sombrer dans la folie, et ce, dans le but de lui voler des choses. L’une de ses tactiques consistait à diminuer les flammes des lampes à l’huile de la maison jusqu’à ce qu’elles vacillent, mais disait à sa femme qu’il ne voyait absolument pas les flammes vaciller. Sa femme finit par se questionner sur sa santé mentale et sur sa perception de la réalité.

Il existe différentes sortes de destruction psychologique. Dans l’exemple du film Gaslight de 1944, il est question de destruction intentionnelle, où des paroles sont dites dans l’intention de manipuler l’autre. Un commentaire pour illustrer cette catégorie pourrait être: «Tu es tellement idiote, personne d’autre que moi ne voudrait de toi.» Par contre, la plupart du temps, les commentaires émis sont beaucoup plus subtils, et peuvent même se camoufler sous le manteau d’une excuse: «Je suis désolé, mais c’est de ta faute si je…»

Même si, dans une certaine mesure, nous sommes tous et toutes capables de faire de la destruction psychologique avec les autres, nous constatons malheureusement que les hommes sont souvent les «destructeurs» et les femmes, les «détruites».

La destruction psychologique dirigée vers les femmes est présente partout autour de nous; autant dans les émissions de télévision et les films que nous regardons que dans la musique que nous écoutons. Ça fait maintenant partie de notre culture populaire d’attribuer aux femmes une image d’hypersensibles et de dépendantes affectives. Et c’est très malheureux.

Nous ne serons donc pas surpris d’apprendre que la destruction psychologique est aujourd’hui considérée, par les professionnels de la santé mentale, comme une véritable «épidémie» de société. Est-ce que ça vous étonnera, désormais, lorsque vous entendrez parler de telle ou telle femme qui n’a pas eu assez confiance en elle pour accepter une promotion au travail, pour devenir sa propre patronne, ou d’une autre qui n’est même pas convaincue que son opinion VAUT quelque chose alors elle n’ose pas émettre son opinion? Ça me fait tant de peine lorsque j’entends des femmes qui s’excusent avant même d’avoir parlé…

Cette épidémie est de toute évidence liée à la manière dont nous éduquons les jeunes garçons et les jeunes filles à être dans la société, et des stéréotypes de genres qui se transmettent d’une génération à l’autre. Le premier pas à faire pour stopper ce phénomène, c’est d’abord de prendre conscience qu’il existe.

Je suis très contente d’en avoir appris davantage à propos de la destruction psychologique. Je serai maintenant beaucoup plus alerte concernant les comportements des gens qui m’entourent… et envers ma propre attitude.